Pauvres bouffées d’air hivernales et périphériques (de côtiers exilés à la ville), forêt de Rennes, déc./janv. 2020/21

Ma compagne et moi, nés sur la côte de Bretagne sud, vivons en ville, dans la « capitale » régionale, et la côte, ce bord de terre ferme au bord de l’immensité liquide, son espace, son horizon, le grand air, nous manquent., peut-être davantage que nous n’en avons conscience. Encore plus avec ce confinement qui n’est pas nommé ainsi : le « couvre-feu » à 18 h. Car c’est un bien un confinement, du soir, qui a été décrété : pas le droit de sortir ou d’être « à l’extérieur », sans attestation, valant justification, dument décrétée valable par le gouvernement et dont le non-respect coûte 135 €, ce qui est une somme importante quant on a 500 € de « ressources » par mois.. Or, à partir du 10 janvier environ, on voit que les jours rallongent et 18 h se met à coïncider avec les couchers de soleil, chers pas seulement aux photographes mais à tout être humain « normalement constitué » (selon moi, ce qui est, bien sûr, discutable). Alors les êtres humains « normalement constitués » que nous sommes doivent supporter cette contrainte. Les citadins que nous sommes doivent supporter cette contrainte. Les anciens enfants du bord de mer, habitués aux amples horizons bleus et changeants, aux vents iodés chargés des odeurs littorales, que nous sommes, doivent supporter cette contrainte. Triple peine. Au moins.

Alors nous sommes quand même preneurs d’escapades -pour ne pas dire évasions – en dehors de la Ville. Ici ça peut être la forêt domaniale, qui n’est qu’une version arborée de la Ville, espace quadrillé de voies géométriques où les gens se cantonnent.

Le fait que j’ai mis tant (presque 2 mois) à me décider à créer cet article est révélateur du peu d’impatience à le faire.. Je le fais aujourd’hui car, depuis, malgré le confinement de 18h qui perdure, j’ai pu repartir retrouver l’océan, ce qui m’offrira l’envie de prochains articles..

cet homme, là au centre, m’a semblé être particulièrement habitué à marcher, pas un promeneur ni un sportif du dimanche, plutôt, vu ses habits, son équipement et surtout sa démarche, un routard ou en tous cas une personne pas simplement là pour profiter de la forêt juste un dimanche matin d’hiver confiné. D’ailleurs, ce matin-là on croisa aussi un jeune homme et une jeune femme , roulant lentement en voiture – une vieille ford escort il me semble, ou une Opel – dans les allées « interdites aux véhicules non-autorisés » (sic), avec une remorque dans laquelle se trouvait 2 fourches-bêches. Ils cherchaient peut-être un jeune arbre – de Noël ? – à déterrer.
12h00
12h02
12h20
12h23

Des arbres à l’aube et au crépuscule, Ille-et-Vilaine, nov/déc.2020

Enfant j’ai eu une période où je prenais plaisir à dessiner, branche après branche, des arbres. Et pour dessiner leurs branches il fallait qu’ils soient sans feuilles. Peut-être avais-je à la même époque découvert l’adjectif « dénudé » accolé au mot arbre. Cela avait dû me plaire car j’eus une période où je me mis à dessiner des arbres en hiver, donc « dénudés » de leurs feuilles . A y repenser j’avais dû recevoir un compliment pour avoir dit ou écrit « les arbres dénudés ». Je me souviens aussi avoir rencontré et aimé le mot – qui me paraissait aussi étrange et exotique – « panorama » et je l’utilisais dès que son emploi me paraissait justifié. Sans savoir quoi a précédé quoi, j’ai dû voir aussi à peu près dans la même période des reproductions de tableaux de Bruegel l’Ancien, ces scènes villageoises pleines de détails, dont des arbres en hiver, dénudés.. Je me demande dans quelle mesure cela a à voir avec mon intérêt pour la silhouette des arbres sans feuilles en hiver que j’ai photographiés ces jours récents, au cours desquels mon envie de nature est là.

Que faire, en termes de photos, dans cette période – ce second confinement qui sera probablement qu’un deuxième – que de tenter d’entrevoir la nature depuis ses fenêtres, puisque notre liberté de déplacement est entravée ?

22 nov. 8h10

Heureusement, l’aube, relativement tardive en cette saison, se révèle parfois consolatrice..

la Binquenais, 8 déc., 17h04

.. et les crépuscules – quel drôle de mot étrange – semblent vouloir ignorer l’hiver et être déjà des soirs de mars..

idem, 17h05

Aujourd’hui samedi – après l’autre samedi magique en forêt – le besoin et l’envie d’être dans la nature nous reprit et nous partîmes (je sais, le participe présent est à mesure que le temps passe de plus en plus passé.. d’usage et de mode) à la recherche du canal d’Ille-et-Rance (mission digne de Livingstone) que nous ne fîmes (je suis espiègle quand il s’agit d’utiliser le passé simple) qu’entrapercevoir mais, dans notre quête de pouvoir le longer à pieds avant la nuit, nous eûmes la chance, rare, de croiser, avant que le soleil ne disparaisse, les arbres, probablement les seuls, où les corneilles du coin avaient élu domicile pour la nuit venante.. Cette aventure exploratoire commença à la sortie de Betton, sur la route de Chevaigné..

entre Betton et Chevaigné soudain ( 16h08) la lumière se contrasta.
1 petite heure plus tard, sans avoir trouvé le canal, je retiens ce qui me semble être peut-être les derniers rayons du soleil de ce jour (16h57). C’était sans compter sur la faveur d’une colline et d’un sursis accordé au soleil rasant par les fantasques nuages..

La « culture » – qui vous vient au gré de la vie, dans la tête vous emplit de « connaissances » qui deviennent des « références » – permet de se sentir complices avec ceux qui les (re)connaissent et ça vous imprègne surtout de manière semble-t-il indélébile le cerveau. Donc ici, évidemment, je pense aux corbeaux d’un Van Gogh qui aurait vécu pas loin de Gauguin, non pas à Arles en été mais en Bretagne en hiver et, pour ce qui est des sons, les stars de la musique dite classique – dont le nom commence paradoxalement par une instance à ne pas faire de bruit, chutt..- sont convoqués par mes neurones imprégnés : Schumann, Schubert et Chopin.

entre Dingé et Feins, 12 déc., 17h04
17h04:45

28 novembre 2020: 3 heures et 20 kms,la tangente, forêt de Rennes

On est globalement bien sages je trouve, bien obéissants : « pour la bonne cause » on nous interdit de nous balader plus d’1 h et d’1 km « sans motif valable », sans attestation écrite justifiant notre déplacement, ce qui veut dire qu’il faut aussi pouvoir montrer notre identité, notre adresse.. Tout ça est infantilisant donc insupportable. Et pourtant on supporte. On ne nous fait pas confiance. Je sais qu’il y a quelques raisons pour ne pas le faire, que trop de gens abusent.. Mais en quoi aller en forêt mettrait en danger qui que ce soit ? Alors dès qu’on a recouvré ce droit – nous, citadins – le 28 novembre, on a pris la voiture et on a flirté avec la nouvelle limite qui nous était imposés : 20 km.. et 3 heures. Ce jour-là, c’était un samedi, le ciel était bleu, le soleil brillait et l’air était doux. Banalement une envie de forêt nous titillait depuis plusieurs semaines. Les odeurs, les champignons, les arbres nous avaient manqué pendant tout le mois d’octobre. Nous ne fûmes pas les seuls à être titillés : les voitures de citadins n’en pouvant plus remplissaient les quelques parkings le long des routes en bordures de la forêt, mais celle-ci est si grande qu’il y avait de la place pour beaucoup plus de personnes, la plupart des gens se cantonnant aux larges chemins rectilignes de cette forêt domaniale. Suffisait de prendre les tangentes, les petits sentiers tortueux et les sentes animales. D’ailleurs nous fûmes surpris par le départ starting blocks d’un sanglier à une quinzaine de mètres de nous. L’impression de puissance, de force et de vivacité nous effraya, un peu. Il nous a bien fait comprendre qu’il ne souhaitait pas qu’on le prenne en photo. Donc « pas de photo ». Vous ne verrez que la quiétude du végétal qui a continué peinardement sa vie pendant que pratiquement personne ne venait fouler la forêt.

Ces photos peuvent paraître assez banales mais cela m’a fait du bien de pouvoir les faire, faute d’avoir pu voir, toucher et respirer ces simples réalités naturelles – que j’espère immuables – pendant des semaines. Le printemps avait été oblitéré, une bonne partie de l’automne aussi.

Retour dans le périmètre autorisé avec un ciel de couchant à la hauteur de cet événement..

la Cancalaise à son aise dans la Baie, 23 sept.2020, 15h/16h

Après sa pause déjeuner au port de la Houle la Cancalaise a appareillé. Vue du sentier côtier elle semble poser près des lieux emblématiques du coin : l’île des Rimains, l’île le Châtellier et le fameux Rocher de Cancale, de surfaces modestes mais culminant à près de 40 m, ce qui en fait un décor spectaculaire et photogénique.

Même si la bisquine n’a pas hissé ses 3 étages de voiles ( réservés aux parades et régates), c’est un bonheur de la voir ainsi sur les lieux où elle a été construite en 1987 et où tant d’autres bisquines ( des dizaines, selon des photos autour de 1900) ont dragué les coquilles St Jacques et les huîtres pendant des décennies.

( derrière le Châtellier et le Rocher)
Apparemment les bisquines ( de Cancale et de Granville, de l’autre côté de la Baie du Mont St-Michel, mais originaires du pays Basque) auraient été de plus en plus toilées pour plusieurs raisons : aller rapidement sur les sites de pêche, avoir une force motrice suffisante pour tirer les dragues à coquilles et à huîtres sur les fonds dans les forts courants de la Baie, revenir le plus vite possible aux ports pour être les 1ers à vendre lors de ces pêches brièvement autorisées et remporter les régates occasionnelles entre granvillais et cancalais..
Naviguant vraisemblablement seulement à la voile, le 3 mâts ( mais on pourrait dire « 5 mâts » vu la taille du bout-dehors à l’avant et du tape-cul à l’arrière) est obligé de manœuvrer par ce léger vent d’ouest, de tirer des bords pour s’éloigner du port et passer derrière le Rocher et l’îlot le Châtellier
Puis il vire à bâbord pour passer entre le Châtellier et l’île des Rimains
l’île des Rimains (cf un précédent article sur ce site) est toujours privée : achetée et aménagée par le fils du « boulanger » Poilane elle fut rachetée en 2012 (10 ans après le crash d’hélicoptère où les époux ont péri) par Pierre Kociusko-Morizet (cofondateur de Price Minister et frère de « NKM »)
.. la Cancalaise et le Mont Dol..
.. le Mt St Michel..
.. Tombelaine..
En trois quarts d’heure, la Cancalaise atteint, par petit vent, le phare de Herpin.

la Cancalaise à.. Cancale, 23 sept.20

Quoi de plus normal que de voir la Cancalaise à Cancale ? Certes, encore faut-il y aller un jour où elle navigue et même si elle navigue souvent pendant « la saison » encore faut-il être au bon endroit au bon moment. Mais ça, c’est une condition de base pour la photo. La 1ère fois que j’ai vu ce bateau il était sur ses béquilles sur la plage du port de la Houle (cf article). Cette fois-ci j’étais bien content de revoir le bateau (la dernière et première fois navigante, c’était à la Semaine du Golfe en mai 19. Magnifique, impressionnant de vitesse.)

11h36, vue de la route de la Corniche (Terrelabouët). Visiblement en pause déjeuner lors d’une journée de sortie. Moyennant une quarantaine d’euros on peut passer une demi-journée à bord de la Cancalaise (75 € une journée entière). Mais nous sommes venus pour marcher et j’espère juste qu’on pourra la revoir depuis le sentier douanier.
Au 1er plan la cale de l’Epi. A l’horizon un truc que je ne connais pas.. J’aime bien la cale de l’Epi : elle est originale, comme celle de la Fenêtre avec son nom étrange et sa structure en bois (du moins une partie) dans laquelle on pouvait encore descendre dans les années 80. Celle de l’Epi a une partie en gradins et avec ouvertures pour laisser passer l’eau. Elle me donne l’impression d’être très ancienne et les blocs de pierre ont pris une teinte ocre jaune que j’aime bien.

Le prochain article nous montrera la Cancalaise en navigation aux abords de Cancale, près du fameux Rocher de Cancale, de l’Île le Chatelier, l’Île des Rimains, du phare du Herpin.. Bref, une série de cartes postales !

Installation gratuite éphémère d’Art contemporain + ou – volontaire , la Bintinais, rennes, 24 mai 2020

( propos réactionnaires) Je suis allé 2 fois l’an dernier au FRAC, le Fond Régional d’Art Contemporain. J’y ai vu, pour quelques euros,   quelques « œuvres » ou plutôt « installations » que j’ai trouvées intéressantes, amusantes ou faisant réfléchir mais j’y ai vu aussi beaucoup de « choses » qui me semblaient sans queue ni tête, inintéressantes, vaines mais généralement enrobées, entourées, accompagnées de discours, de textes souvent assez abscons mais suffisamment écrits pour paraître être l’expression d’une profonde réflexion. Bref, pour simplifier, je l’avoue, l’Art ( avec bien sûr un grand A) dit « contemporain » m’agace souvent et me paraît trop souvent être une vaste blague de la part de personnes suffisamment habiles et branchées pour séduire – et vendre le plus cher possible (si ça n’est pas cher, ça n’est pas de l’Art) – quelques décideurs flattés d’avoir le sentiment de gargouiller à la pointe de la « modernité » artistique contemporaine (MAC, pour les intimes) et d’utiliser intelligemment de l’argent public.

Entendons-nous bien : dans l’art contemporain je ne mets pas tous les artistes et toutes les œuvres dans le même sac d’imposture (pour faire très court,  j’ai apprécié ce qu’a fait Christo mais pas Jeff Koons) mais je préfère généralement voir des installations faites sans arrière pensée et sans prétention artistique, même pas pensées esthétiquement,  réalisées dans le but de créer quelque chose d’utile (faire pousser des plantes à regarder, à respirer ou à manger par exemple).

L’angle de prise de vue, la lumière et le cadrage déplacent ces réalités dans une autre dimension. Mon autre contribution à cette co-création où les créateurs ignorent tout de l’autre sera de donner un titre ( technique et/ou pompeux, en tous cas assez incompréhensible et comportant des références culturelles implicites) à ces « œuvres », éléments déterminants pour « faire » Art..

Alors, les jardins « familiaux » de la Bintinais – univers plastique dans tous les sens du terme – autre temple de la modernité artistique contemporaine ?

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 17h55-56

« composition verticale nue aux ombres changeantes sur décor couleur de nature » (acier brut, pvc, polyester et paille naturelle)

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 17h58-39

« liaison triade de tombées azurées » (bois et polyester coloré chimiquement)

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 18h49-47

« 6 semi-aléatoires variations ondulatoires (acier galvanisé et fibres naturelles) »

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 18h51-42

« réalité cellulosique dépassant fiction plastique » ou « vaine tentative polyester humaine singeant piteusement les cellules organiques chlorophylliques » (pvc, polyester, bois naturel)

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 18h53-26

« rectangle mortuaire d’éruptions volcaniques plantifères » (polyester, pvc et papier bouilli)

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-00-56

« nostalgie disparate appauvrie des sixties » (hommage à Le Corbusier)

(ciment, acrylique et sable de rivière en crue)

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-10-44

« démonstration sans artefact des lois de Mendel appliquées à la stérilité et la fécondité d’arabesques métalliques » (acier galvanisé et plastique verrier)

 

2 heures Aux jardins, la Bintinais, Rennes, 24 mai 2020

( suite de notre collection « verte », de notre série bucolique).

L’envie d’air, de vert, de nature.. est – je ne sais pourquoi.. – un peu plus fort ce printemps.. or tout autour de la ville (il y a encore peu il y en avait aussi dans la ville), depuis 40 ans nous attendent des jardins dits « familiaux », ensembles de parcelles gérées par une association où les citadins que nous sommes peuvent cultiver, année après année,  leur coin de terre, leur bout de jardin (50, 100, 150 ou 200 m²), leur parcelle de bonheur, de potager, de fleurs et de plantations diverses. A leur disposition – et sous leur responsabilité d’entretien et de bon usage – un cabanon, un récupérateur d’eau.. La possibilité, encadrée, de fabriquer une extension ou une pergola, de décorer selon son goût.. et à nous les joies simples du jardinage !

Ce sont des patchwork colorés et odorants, où les jardiniers plantent, sèment, taillent, récoltent, rêvent, se rencontrent, se retrouvent. Quoi de mieux qu’un p’tit bout de jardin pour se retrouver soi-même et les autres jardinier(e)s ? Alors un florilège de couleurs sur fonds de vert.. car un jardin ne fait pas seulement le bonheur du jardinier mais aussi celui du promeneur photographe..

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 17-50

Où l’on voit qu’à défaut d’être bien accordée aux couleurs (imposées) des cabanons, la déco suit la mode aussi dans les jardins..

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 17-52

.. que ce soit dans la peinture d’une palette ou le choix des fleurs.. (ail d’ornement)

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 17-54

Les jardins favorisent les liens..

.. ou semblent séparer..(mais ce n’est qu’une fausse apparence)

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-32-44

 

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 18-00

Ce mini nichoir sert probablement moins aux oiseaux qu’à la déco..

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 18-00-48

Même quand le jardinier – ou la jardinière – n’est pas là, on imagine sa présence. Il (ou elle) est peut-être  âgé(e) et ses genoux craquent un peu quand il faut soigneusement désherber autour des jeunes plants de haricots.. A moins qu’il s’assoit là pour les écouter pousser ?

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 18-13

De l’art de camoufler la réserve d’eau.

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 18-13-53

Un peu de rouge et de noir. On est bien à Rennes..

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 18-39

Les idées les plus simples pour ranger sont souvent les plus esthétiques.

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 18-44

Nul besoin d’une fortune, mais un peu de blé ne nuit pas..

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 18-50

Habilement découpée une bouteille en plastique fait un mobile qui, à défaut d’effrayer les oiseaux, tourne joliment dans la lumière d’une fin d’après-midi..

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 18-50-18

Le livret d’accueil de l’association des jardins familiaux stipule que les cultures potagères doivent être prépondérantes mais que l’ornementation florale est aussi acceptée.. heureusement !

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 18-51-15

D’ailleurs m’est avis que ces malins artichauts qui jouent aux ombres chinoises et qui se font passer pour une culture potagère,  ne seront point mangés mais admirés lorsqu’ils ouvriront leurs superbes fleurs mauves et violettes.

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 18-54-12

Il y a la maison des outils et la maison des insectes..

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 18-55-16

 » Mais zenfin ! Quand même ! Nous laisserons-nous devenir fleurs ou passerons-nous à la cocotte ? On nous cache tout on nous dit rien !  » (propos d’artichauts confinés).

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-01-24

Rien ne vaut un chat noir aux yeux bleus pour garder les tomates, c’est un truc bien connu des jardiniers avertis..

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-08-45

Le 187 préfère visiblement l’ornementation florifère que la culture potagère..

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-10-23

Le coquelicot pompom (variété inventée par moi) n’aime rien tant qu’un terrain vague pour pavoiser !

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-13-20

Les petits lapins ( et encore plus les grands) sont bien sûr indésirables dans ces jardins, mais ils sont quand même présents par la pensée sous la forme de l’épiaire de Byzance à qui ils ont prêté leurs petites oreilles et leur museau coton.

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-13-39

Comme tout un chacun le jardinier a ses fantômes qui l’accompagnent et veillent sur son univers.

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-26-06

 » Mais zenfin ! Ce pape qui a célébré Pâques devant une place vide ! »

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-34-04

On voit bien quel est le mâle et quelle est la femelle..

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-35-21

La complainte des arrosoirs : « chômage technique ou chômage partiel ? On nous prend pour des pommes ! »

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-35-54

Le (la ?) très paisible occupant (e), voire définitivement assoupi(e), du jardin n° 167 aime aussi la télé..

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-36-21

.. les chansons et l’anisette (culture potagère ou d’ornement ?)

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-39-06

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-40-24

? un jardinier un peu ésotérique.. Le virus comme une guillotine  associée à une loterie ?

Pour finir ces 2 heures passées dans les allées des jardins potagers à la Bintinais, une promesse : grâce à la lumière du soleil, à une terre arrosée par le ciel et le jardinier, petite tomate deviendra grande le long de son tuteur et nous ravira les narines du parfum poivré de ses feuilles et les papilles de sa saveur discrètement fade.

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-46-19

 

 

 

 

les 2 chevaux, Piré-s/Seiche, 21 mai 2020

2 chevaux vivent à l’espace naturel départemental près du château des Pères à Piré s/Seiche. Ce sont apparemment des « Poitevins mulassiers ». « Mulassier ». Intrigant et pas très joli ( pas très loin de « putassier »).  L’histoire de cette race façonnée par l’humain  – toutes les « races » ont été façonnées par l’humain – est intéressante : Les juments poitevines sont utilisées pour faire naître – mais cela ne se produit qu’1 an sur 2 – de grandes mules rustiques par croisement avec des Baudets du Poitou, les fameuses mules poitevines. Mules et mulets étant des hybrides stériles, de tels animaux ne peuvent naître que par croisement entre un âne et une jument (ça ne marche pas entre un cheval Poitevin et une ânesse) . L’industrie mulassière du Poitou a été fréquemment combattue par l’administration des haras, dont le but était d’obtenir des chevaux aptes à remonter les troupes françaises. C’est pourquoi au XVIIIè s, les haras interdirent officiellement de faire naître des mules avec des juments de plus d’1,20 m et menacent ensuite de faire castrer tous les baudets de la région. En 1823, le préfet des Deux-Sèvres, dans sa volonté de lutter contre l’industrie mulassière, demande que le haras de St Maixent n’héberge plus que des chevaux de demi-sang, les étalons mulassiers étant impropres à l’amélioration et à la production du cheval de cavalerie.

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020

C’est – selon sa fiche Wikipédia –  « un cheval grand, calme, élégant et doté de crins ondulés en raison de son origine liée au cheval flamand, doux, paisible, robuste et tempéré, lymphatique  Il apprécie le contact de l’homme, les particuliers et les professionnels trouvent donc en lui un partenaire de qualité. Au travail, le Poitevin mulassier montre une grande intelligence. Il est volontaire et à l’écoute même s’il peut parfois se montrer entêté. »

Moi qui n’y connais pour ainsi dire rien en chevaux, j’ai surtout trouvé qu’ils avaient l’air tristes, résignés, fatigués sous ce chaud soleil de mai, subissant les mouches, attendant peut-être une caresse ou une touffe d’herbe derrière la clôture électrifiée.

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 17h23-54

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 15h53

Si nous, nous déconfinions (quel nouveau mot étrange et moche), j’ai trouvé qu’eux  avaient l’air déconfis.

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 17h16

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 17h23-09

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 17h18-20

Le blanc, ou plutôt la blanche car c’est une jument, a un côté hippie avec ses cheveux dans les yeux. Elle a aussi des excroissances à l’intérieur des antérieurs, vestiges du 5ième doigt. . On les nomme les « châtaignes ».

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 17h17

Sans en avoir l’air et sans avoir l’air de pouvoir le faire, à cause de ses cheveux de cheval devant ses yeux,  elle vous regarde, semblant me dire « qu’est-ce qui t’autorise à me photographier ? ». Ou « à quoi bon me photographier ? ».

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 17h17-40

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 17h19-19

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 17h18-36

« Rien » devrais-je lui répondre « à part que tu es un bel animal et que tu sembles ne pas t’y opposer ».

L’autre, le mâle, un vieux hippie lui aussi, un vieil Iggy Pop, semble attirer toutes les mouches qui n’iront pas l’embêter elle. Il semble atterré, encore plus écrasé par le soleil, la chaleur, le temps, l’ennui.

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 17h17-51

Malgré tout cela il semble puissamment réfléchir.

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 17h18-58

Peut-être qu’il pense à l’étrangeté des chevaux, car c’est étrange un cheval, quand on regarde. Son museau par exemple, ou comment dit-on ? Il y a un mot précis.. « bout du nez » apparemment et tout simplement.

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 17h18-24

Il n’était pas loin de devenir une trompe, mais il s’est arrêté avant et est resté une sorte de long nez, ou museau, pas loin de la gueule et avec de grosses narines aux replis souples pour bien faire ces bruits de cheval.

Toujours est-il que ces 2 là, quand on passe un peu de temps à leur côté à les regarder et même à leur parler, ont l’air moins accablés et pas si tristes que cela. Elle est derrière lui, elle le colle un peu. S’il avance d’un pas, elle fait de même.

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 17h28-27

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 17h20-06

 

 

 

Promenades digestives au Vert ( brève esquisse d’ébauche modeste de sociologie in situ), Château des Pères, Piré s/Seiche, 21 mai 2020

château des Pères, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 15h39

Contrairement à la forêt de la Corbière (cf articles précédents), le parc du château des Pères ne sera ouvert, gratuitement, au public qu’à la fin du mois. Par contre  » l’espace naturel départemental » qui le jouxte est, lui, ouvert, et, en ce jeudi de l’Ascension chaud et ensoleillé, plusieurs personnes – couples, amis et familles – y sont venues se mettre au vert, respirer les chants d’oiseaux et se prendre un premier coup de soleil en arpentant ses allées..

château des Pères, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 15h42-54

Chaque couple, chaque groupe familial ou d’amis, a ses propres relations : en apparence détendues ou ennuyées, routinières ou éveillées, obligées ou souhaitées etc.. Les attitudes, postures, la position des corps dans l’espace, les paroles échangées ou les silences, tout peut être l’expression de l’ambiance du moment qui y règne. Il ne faut pas sur-interpréter (!) : le simple passage dans une chaude zone sans ombre peut annihiler  toute envie de parler et n’est donc pas forcément le signe de tension ou d’ennui..

château des Pères, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 15h47-12

J’ai remarqué ( j’ai des yeux et des oreilles..) que dans les groupes de deux couples, les femmes et les hommes se séparent et marchent 2 par 2, que les femmes marchent en général devant et que leur conversation va bon train, portant plutôt sur des faits de la vie quotidienne récente, sur les relations humaines.. tandis que les hommes trainent un peu derrière et parlent davantage de sujets en lien avec le lieu et le moment : la nature, l’agriculture, la météo..

château des Pères, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 15h49-59

Dans ces lieux relativement vides de choses particulières (un entomologiste, un ornithologue, un connaisseurs des plantes ou des arbres.. trouveront au contraire que les lieux sont riches..), 2 chevaux – qui semblent subir un infini ennui au soleil dans un enclos ceint d’une clôture électrique – fourniront l’occasion d’une halte, à défaut d’un réveil de la conversation : on s’ennuie un peu à regarder ces bêtes s’ennuyer. On ne trouve pas grand chose à en dire, on compatit vaguement sans trop savoir s’il y a vraiment matière à ce  sentiment que l’on dit noble ..

château des Pères, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 15h51;10

.. on peut aussi bien passer à côté sans presque un regard (on vient souvent ?) et sans même savoir si les chevaux en sont déçus..

château des Pères, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 15h54-55

Même remarque que plus haut : lors d’une pause à l’ombre, les femmes d’un côté les hommes de l’autre et les sujets de conversations sont différents (sans vouloir écouter on entend des bribes de conversation)  : ici les hommes parlent « technique » (appareils photos) tandis que les femmes évoquent des situations passées familiales. La présence proche de 2 gros animaux- l’un marron l’autre blanc – qui eux ne font pas de promenade digestive mais une sieste proche du coma,  semble – comme celle des chevaux –  faire partie du « décor »..

château des Pères, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 15h55-13

Les couples ont différentes configurations possibles de marche ( et éventuellement changeantes au cours de la promenade) :  l’homme devant (la plus fréquente) ou de conserve.

château des Pères, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 16-05-42

château des Pères, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 16-00-08

L’homme devant est une configuration culturelle à inconsciente réminiscence préhistorique : ayant le sentiment qu’il est plus fort physiquement, il sent qu’il doit aller en éclaireur et protecteur en cas de rencontre potentiellement dangereuse. En occurrence ici ils s’approchent des 2 pachydermes endormis. La femme s’en fiche peut-être royalement et il est possible qu’elle vaque à ses pensées éparses.

château des Pères, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 16-25-58

château des Pères, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 16-06-09

Cette configuration plus rare peut s’expliquer de diverses manières : soit le chien en laisse  – bien qu’étant  » son meilleur ami » –  ralentit l’homme, en reniflant et pissant fréquemment (le chien, pas l’homme, quoique.. passé un certain âge..), soit c’est l’homme qui a insisté pour venir et la femme est pressée d’en finir, soit c’est elle qui voulait cette marche mais la veut dynamique, soit etc etc.

Il y a aussi bien sûr, en ce jour comme un dimanche, la visite du jeune couple, avec le petit, aux parents. Là encore, la configuration habituelle est :  les femmes  plutôt d’un côté, les hommes de l’autre.

château des Pères, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 16-59-25

château des Pères, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 17-11-55

Il y a enfin (et pour finir sur une note positive), la configuration amoureuse, généralement plus lente, où la femme s’est faite fleur et où les mains se joignent..

château des Pères, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 16-29

château des Pères, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 16-31-57

 

 

 

 

 

 

Etrangetés à la Corbière, 15 mai 2020

Première sortie du « déconfinement ». Un ruban de chantier barrait l’allée d’entrée vers l’étang de la Corbière. Je ne suis pas sûr que c’était pour indiquer que les lieux étaient interdits dans le cadre du confinement mais plutôt lors des abattages d’arbres dont on voit les effets aujourd’hui. J’ignore aussi si ces abattages relèvent de la gestion habituelle de la forêt ou du « nettoyage » suite aux tempêtes hivernales (notamment la tempête Dennis le 16 février) qui a déraciné, couché, plusieurs arbres, abimant notamment la charpente d’un bâtiment.

forêt de la Corbière, 15 mai 2020, 15h37

forêt de la Corbière, 15 mai 2020, 15h46

forêt de la Corbière, 15 mai 2020, 15h46-32

forêt de la Corbière, 15 mai 2020, 18h37

forêt de la Corbière, 15 mai 2020, 16h59

La digitale pourpre s’épanouit dans une clairière. Je rappelle que cette fleur, si belle soit elle – si on en ingère une certaine quantité de feuille (100 g suffisent..)- est toxique et, après vomissements, diarrhée et graves troubles cardiaques, peut être mortelle pour l’humain..

forêt de la Corbière, 15 mai 2020, 16h37

forêt de la Corbière, 15 mai 2020, 16h24

forêt de la Corbière, 15 mai 2020, 16h24-12

forêt de la Corbière, 15 mai 2020, 15h56

Un pin au tronc double. L’un a pourri, l’autre se porte apparemment à merveille..

forêt de la Corbière, 15 mai 2020, 16h19

On dit parfois que le lierre grimpe sur les arbres déjà déclinants. On dit aussi qu’il finit par les étouffer. Les puissants lierres ici enlacent de hauts arbres qui semblent en parfaite santé..

forêt de la Corbière, 15 mai 2020, 17h07

Paréidolie : j’y vois une femme au ventre un peu bombée, aux longs bras, à la tête recouverte d’un tissu.. C’est la sorcière de la Corbière qui le jour a l’apparence de troncs de lierre et la nuit se détache de l’arbre pour arpenter de son pas trainant faisant craquer les feuilles, la forêt..

 

forêt de la Corbière, 15 mai 2020, 17h45Un grand chêne a été couché par le vent. On peut voir que son tronc était creux.