la Trinité s/Mer sans soleil, 30 janv.21

la Trinité, port de la voile, dont les pontons pour les visiteurs sont vides au cœur de l’hiver..
La forte marée (92, environ 1h30 plus tard) et le vent font passer la mer par-dessus la jetée de l’Ecole de Voile.
.. mais les grands multicoques – l’ex Sodebo (Actual Leader) de Thomas Coville (skippé aujourd’hui je crois par Yves Blévec) et IDHEC de Francis Joyon – sont bien là, à leur place habituelle.
Les mouettes et les goélands laissent passer le « sale temps », bout au vent sur les pontons désertés, à la cape comme les bateaux..
Très modeste clin d’œil à la célèbre photo de Philip Plisson « port Rhu ». Un clin d’œil est en général « amical » mais que P Plisson ait fait des images de la campagne de Marine le Pen (JM le Pen est natif de la Trinité) pour les Présidentielles de 2017 et qu’il ait été condamné pour viol de sa nièce, l’éclaire différemment. A part cela il est, de mon point de vue, le plus grand photographe maritime.
Il y a, par ce temps, 2 intrépides mordus des sports de glisse..
On croirait que Ty guard va être submergée, ou même va sombrer, avec son rocher sous-marin devant et son dérisoire blockhaus derrière, mais elle en a vu d’autres, de plus fortes tempêtes et des coefficients plus élevés (mais aujourd’hui c’est pas mal quand même !)
Là-bas, à la pointe de Kerbihan, quelqu’un aussi fait des images..

d’ici ou de passage.., Locmariaquer & la Trinité s/Mer, fin janv.21

Vanneau huppé, marais de Brennegi (Locmariaquer), 23 janv.21, 15h34. Première fois que j’en voyais un. Quelle élégance « grand siècle ».
aigrette garzette, Brennegi, 15h33. Sa blancheur perturbe toujours la mesure de l’exposition..
Huîtriers-pies le long de la plage de St Pierre. Toujours mes favoris: leurs cris le soir..
aigrette, 25 janv, pointe er hourèl, 10h09. En partant (l’aurais-je dérangée, de si loin ?) elle pousse son cri rauque de mécanique mal huilée..
Keranlay, 1er févr., 12h33
bernaches, Toul keun, 25 janv, 10h54. Le ruisseau de mer descendante qui vide le bassin du « trou du marais » (Toul Keun) est comme l’aéroport de Chicago, ça n’arrête pas : amerrissages, décollages..
31 janv., 10h29
spatule, saline de Kervillen (la Trinité s/Mer). Rare dans le coin quand même (la dernière fois – et c’était la 1ère fois pour moi – vue le 28 janvier 2017. Bref : la spatule peut être présente dans le coin fin janvier). Drôle d’oiseau : quel bec ! « Aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? » (Cyranno)
Ces sarcelles ont plutôt encore leur plumage d’hiver..
Bécasseaux variables, anse du men du, la trinité s/mer, 25 janv.21, 17h35
J’entends encore le klaxon de celle de droite.
17h53 : le soleil va dans quelques courtes minutes disparaître. Ce ballet dans la douceur du soir fut un beau spectacle, mais il faut rentrer car le couvre-feu est dans 5 mn !

Victor Hugo, Brennegi, Locmariaquer, 29 janv. 21

8h57. Ce manoir (cf mes autres articles), que j’appelle « le manoir rouge », je cherche encore à le voir et à le photographier depuis de nouveaux points de vue car il a encore beaucoup à me dire, parce qu’il peut exprimer beaucoup d’impressions différentes, parce qu’il peut résonner de multiples manières. Il recèle en lui encore d’autres mots. Bref, je sens qu’il n’a pas fini de nourrir mon imagination. J’ai fini, récemment, par trouver un nouveau point de vue, simple, facilement accessible, évident, devant lequel j’étais passé si souvent et où pourtant je ne m’étais pas arrêté. Donc en ce matin de janvier je me suis levé tôt (l’un des efforts du photographe) et j’y ai retrouvé Victor Hugo, l’immense Victor Hugo, sûrement parce que je l’ai lu ces dernières années et ai vu quelques-uns de ses lavis, encres et aquarelles.
9h01.
Les lieux ne sont ni inquiétants ni étranges, juste magiques, transfigurés par la lumière ocre de cette aube comme si les sables étaient vaporisés dans l’air, pas forcément ceux d’ici mais ceux de là-bas, du Sahara, car parfois les vents balayent le désert si puissamment qu’ils emportent les grains de ses peaux jusqu’au-dessus de nos contrées, jusqu’à voiler de ses nuées d’orient le soleil d’ici.
9h02. Ici, point de courbes souples de peupliers, point d’ondulations tendres mais les branches tordues de tamaris secs et la silhouette ébouriffée pas peignée des cyprès cassés ici et là par les coups de fouet salé des tempêtes. Victor Hugo l’aurait mieux (d)écrit et peint de lavis plus tourmentés.

Balade (presque) tranquille, Golfe du Morbihan, 27 janv.2021

Seul le Grand Huernic n’est pas coiffé de brume, devant les Sept Îles et er Runio

Cette balade en cette fin d’après-midi brumeuse de fin janvier était bien agréable : dans ce paysage nimbé de vapeur fraiche les sons étaient ouatés. Nous n’avions vu que 3 ostréiculteurs finissant leur journée. Cette petite maison, parmi d’autres, fait partie du paysage. Approche une femme, arrivant par la grève. Elle me demande de loin, sans dire bonjour, « vous faites des photos ? Vous prenez quoi ? ». Je lui réponds d’un geste ample encadrant largement le paysage. Elle dit, un peu plus fortement en passant devant moi à une dizaine de mètres : « Ne prenez pas ma maison en photo ! ». Surpris, je lui demande pourquoi. Elle : « ça vous plairait qu’on prenne votre maison en photo ? ». Je réponds « je crois que ça ne me dérangerait pas …si j’en avais une ». Et elle a continué vers cette maison qui était donc la sienne. L’intervention de cette femme est une fausse note dans ce moment de tranquille quiétude. C’est la seconde fois (et non pas la deuxième, ce qui supposerait qu’il y en ait une troisième) qu’on est apostrophés dans ce coin par des personnes plutôt hostiles. La 1ère fois c’était à côté, à Fetan Stirec, un type qui nous avait dit que là où on garait notre voiture un voisin garait en général la sienne. Depuis quelqu’un a mis, à l’entrée de cette impasse, un panneau routier artisanal : « demi-tour impossible » – ce qui est faux – histoire de décourager les « incursions ». Il y a au minimum une méfiance vis-à-vis du promeneur. Beaucoup de gens n’aiment pas que des « touristes » viennent là où ils vivent. Cela ne date pas d’aujourd’hui. Les expressions pour qualifier les touristes sont nombreuses : dans les années 60 c’était les « pattes jaunes » (en breton, pour ne pas qu’ils comprennent, en référence aux « bottes jaunes » qui étaient alors souvent portées par les visiteurs). Depuis les années 70 c’est « les parigots ». J’ai un cousin « germain » qui s’est fait un jour engueuler, pour une histoire de place de parking . La personne (une femme) lui dit :  » et en plus vous êtes 78 ! ». Mon cousin a un prénom breton et son nom est « le Breton », son père ayant quitté, comme beaucoup, sa campagne de centre-Bretagne dans les années 60 pour travailler dans la région parisienne.. Est-ce la trace actuelle d’une rancœur ancienne, plus ou moins transmise de générations en générations, qui vient du fait que la Bretagne a été au XIXe et début du XXe, colonisée, méprisée, dont la langue a été écrasée pour unifier la France, par le pouvoir français, c’est-à-dire, dans notre beau pays de France, Paris ? Je suis né à 40 km de Locmariaquer. Je n’y suis pour rien mais mes ancêtres vivaient dans la région de Lorient depuis au moins le XIXè siècle. Le vote pour le FN fait de bons scores sur la frange littorale du Morbihan. Cela ne s’explique pas seulement par le fait que Jean-Marie le Pen est natif de la Trinité s/Mer et y a encore une maison. .J’y viens régulièrement depuis plus de 50 ans. Beaucoup de gens en Bretagne vivent grâce à leurs « échanges » avec l’extérieur. Mais certains préféreraient que cet « extérieur » reste .. « à l’extérieur ». C’est un état d’esprit qui ne pense pas plus loin que le bout de son porte-monnaie, qui est d’ailleurs souvent largement rempli par une activité ayant besoin de clients pas seulement « locaux ». Cela illustre en partie un paradoxe qui n’est pas spécifiquement breton mais, en tant que « breton », que je trouve assez honteux. Cette dame est la propriétaire de cette maison juste au bord de l’eau – et qui sera peut-être submergée fréquemment dans 20 ans (la maison, pas la dame) comme la maison de mes grands-parents à 1,5 km de la sienne – trouve que je viens l’importuner et elle a raison : je l’importune et je poste une photo de sa maison. Elle trouve peut-être qu’il y a trop de gens qui, passant sur le sentier littoral qui s’est imposé là ces dernières années, regardent voire prennent en photo sa maison, ce qui est légal (s’il n’y a pas d’exploitation commerciale de l’image). Pourquoi ne veut-elle pas que des gens fassent des photos de sa maison ? Y a-t-il quelque chose à cacher ? Serait-ce un ancien bâtiment ostréicole qui ne devrait pas être une maison d’habitation ? Le système de traitement des eaux usées ne serait-il pas aux normes ? Non seulement cette personne – se sentant dérangée – m’a aussi un peu dérangé ce jour-là mais elle m’importune à nouveau car revoir cette photo a aussi brouillé l’article paisible et pacifique que je voulais faire.

16h45, Fetan Stirec (la fontaine étoilée)
Fetan Stirec, 16h53
17h07 : un ostréiculteur emmène ses huîtres d’un chantier à un autre (ou vers un autre de ses parcs)
17h18
kerouac’h (le village du ruisseau), 18h10

« Elle est retrouvée. Quoi ? – L’Eternité. C’est la mer allée Avec le soleil. »* Locmariaquer, la Trinité s/Mer, Carnac, fin janv.21

  • Rimbaud, L’Eternité, Derniers vers, mai 1872.
A peine de retour, les valises et les sacs dans la maison froide, direction la mer. Histoire de revoir avant la nuit ce qui a réveillé nos narines lors des dernières centaines de mètres sur la route : les algues sur les sables, les vases et dans l’eau, les plantes de la côte, celles qui poussent juste au bord, sur les dunes, entre les rochers : les armeries, les obiones, les cristes, les salicornes, très présentes ici..
Tout est à sa place : les plantes sur la dune, la mer derrière, la presqu’île posée sur l’horizon.
Malgré les coups de vent qui ont couché plusieurs arbres ou arraché des branches, le manoir est toujours sous les grands cyprès, et les oies Bernache Cravant sont au rendez-vous de leurs ballets.
Les rochers, en granit(e), sont bien sûr là. Ils sont là depuis.. Depuis ? Le « hercinien ». Cela ne vous dit rien ? À moi non plus. Depuis très très longtemps, c’est-à-dire entre 235 et 350 millions d’années.. 1000 ans je vois à peu près, c’est 10 siècles. 10 000 ans ça commence à faire beaucoup. 100 000 ans, c’est de la folie. Alors 1 million d’années..Impossible , en tous cas pour moi, d’imaginer ce que ça fait.. Mais les « rochers humains » (ici la tourelle « Bagen Hir »), construits il y a 1 minuscule petit siècle, sont là.
Les sillons éphémères dans les vases sableuses sont toujours là.
(la Trinité s/Mer) La mer, l’océan, sont aussi des absolus : leur beauté graphique nous éblouit, nous apaise, nous équilibre. Et nous espérons que l’inexorable déclin des rayons de l’Astre fasse naître des jaune, des orange et des ombres.
(pointe Churchill, pointe St Colomban. Entre ces 2 pointes, dans l’espace en creux à droite, aussi surprenant que cela m’a surpris, Carnac-plage. Et au dernier plan Penthièvre )

Lever du Roi-Soleil, Golfe du Morbihan, 18 oct.2020

8h33. Nous avons apprécié le coucher du Roi-Soleil la veille et allons voir à quoi ressemble le lendemain son lever.
Un quart-d’heure plus tard.
Une demi-heure après le lever.
En 1 heure et à mesure que l’on suit le soleil de l’est vers le sud-est les teintes sont passées des orangés sanguins aux jaunes dorés puis à des ocres de plus en plus pastels.

Un soir tranquille à Pointe-er-Vil.., 17 oct.20, Locmariaquer

Depuis ce temps, il y a 4 mois (nous sommes à la mi-février 2021, à l’aube d’un probable et insupportable reconfinement), je suis retourné là-bas et ai dans ma besace moult belles et bonnes images. Je veux cependant revenir à cet automne, cette période qui était « normale » – c’est-à-dire entre 2 confinements (décidément quel mot moche) – où nous pouvions, l’esprit à peu près tranquille (=sans crainte d’un contrôle) profiter du coucher du soleil, ce qui n’est plus légalement possible aujourd’hui que le « couvre-feu » – ce confinement qui ne dit pas son nom – est à 18h, c’est-à-dire avant le coucher du soleil.. C’était donc le samedi 17 octobre et l’air était calme, la mer haute et le ciel dégagé… Nous sommes sortis pour aller voir la mer au plus proche, là où on la voit quand on sort de la maison. C’est à 300 m et loin d’être la nature à l’état pur – zone ostréicole – mais c’est ainsi et on s’en contente volontiers..

[Les images sont placées dans l’ordre de la prise de vue]

En 3 minutes la lumière a déjà changé, a baissé d’intensité, s’est orangifiée..Un voilier rentre, remonte la « rivière » de St Philibert, doucement, vu l’absence de vent. Nous avons le temps de nous y intéresser de plus près tout à l’heure.
18h42
18h56
[Je sais que cette photo semble sortie d’une autre série, mais non, elle a bien été prise à 18h58, mais elle est sous-exposée d’environ 2 diaph’]
19h02. Cormoran Icare..
19h05
19h13. Nous ne verrons pas ce soir-là le soleil s’enfoncer dans l’horizon occupée par une bande nuages.

Pauvres bouffées d’air hivernales et périphériques (de côtiers exilés à la ville), forêt de Rennes, déc./janv. 2020/21

Ma compagne et moi, nés sur la côte de Bretagne sud, vivons en ville, dans la « capitale » régionale, et la côte, ce bord de terre ferme au bord de l’immensité liquide, son espace, son horizon, le grand air, nous manquent., peut-être davantage que nous n’en avons conscience. Encore plus avec ce confinement qui n’est pas nommé ainsi : le « couvre-feu » à 18 h. Car c’est un bien un confinement, du soir, qui a été décrété : pas le droit de sortir ou d’être « à l’extérieur », sans attestation, valant justification, dument décrétée valable par le gouvernement et dont le non-respect coûte 135 €, ce qui est une somme importante quant on a 500 € de « ressources » par mois.. Or, à partir du 10 janvier environ, on voit que les jours rallongent et 18 h se met à coïncider avec les couchers de soleil, chers pas seulement aux photographes mais à tout être humain « normalement constitué » (selon moi, ce qui est, bien sûr, discutable). Alors les êtres humains « normalement constitués » que nous sommes doivent supporter cette contrainte. Les citadins que nous sommes doivent supporter cette contrainte. Les anciens enfants du bord de mer, habitués aux amples horizons bleus et changeants, aux vents iodés chargés des odeurs littorales, que nous sommes, doivent supporter cette contrainte. Triple peine. Au moins.

Alors nous sommes quand même preneurs d’escapades -pour ne pas dire évasions – en dehors de la Ville. Ici ça peut être la forêt domaniale, qui n’est qu’une version arborée de la Ville, espace quadrillé de voies géométriques où les gens se cantonnent.

Le fait que j’ai mis tant (presque 2 mois) à me décider à créer cet article est révélateur du peu d’impatience à le faire.. Je le fais aujourd’hui car, depuis, malgré le confinement de 18h qui perdure, j’ai pu repartir retrouver l’océan, ce qui m’offrira l’envie de prochains articles..

cet homme, là au centre, m’a semblé être particulièrement habitué à marcher, pas un promeneur ni un sportif du dimanche, plutôt, vu ses habits, son équipement et surtout sa démarche, un routard ou en tous cas une personne pas simplement là pour profiter de la forêt juste un dimanche matin d’hiver confiné. D’ailleurs, ce matin-là on croisa aussi un jeune homme et une jeune femme , roulant lentement en voiture – une vieille ford escort il me semble, ou une Opel – dans les allées « interdites aux véhicules non-autorisés » (sic), avec une remorque dans laquelle se trouvait 2 fourches-bêches. Ils cherchaient peut-être un jeune arbre – de Noël ? – à déterrer.
12h00
12h02
12h20
12h23

Des arbres à l’aube et au crépuscule, Ille-et-Vilaine, nov/déc.2020

Enfant j’ai eu une période où je prenais plaisir à dessiner, branche après branche, des arbres. Et pour dessiner leurs branches il fallait qu’ils soient sans feuilles. Peut-être avais-je à la même époque découvert l’adjectif « dénudé » accolé au mot arbre. Cela avait dû me plaire car j’eus une période où je me mis à dessiner des arbres en hiver, donc « dénudés » de leurs feuilles . A y repenser j’avais dû recevoir un compliment pour avoir dit ou écrit « les arbres dénudés ». Je me souviens aussi avoir rencontré et aimé le mot – qui me paraissait aussi étrange et exotique – « panorama » et je l’utilisais dès que son emploi me paraissait justifié. Sans savoir quoi a précédé quoi, j’ai dû voir aussi à peu près dans la même période des reproductions de tableaux de Bruegel l’Ancien, ces scènes villageoises pleines de détails, dont des arbres en hiver, dénudés.. Je me demande dans quelle mesure cela a à voir avec mon intérêt pour la silhouette des arbres sans feuilles en hiver que j’ai photographiés ces jours récents, au cours desquels mon envie de nature est là.

Que faire, en termes de photos, dans cette période – ce second confinement qui sera probablement qu’un deuxième – que de tenter d’entrevoir la nature depuis ses fenêtres, puisque notre liberté de déplacement est entravée ?

22 nov. 8h10

Heureusement, l’aube, relativement tardive en cette saison, se révèle parfois consolatrice..

la Binquenais, 8 déc., 17h04

.. et les crépuscules – quel drôle de mot étrange – semblent vouloir ignorer l’hiver et être déjà des soirs de mars..

idem, 17h05

Aujourd’hui samedi – après l’autre samedi magique en forêt – le besoin et l’envie d’être dans la nature nous reprit et nous partîmes (je sais, le participe présent est à mesure que le temps passe de plus en plus passé.. d’usage et de mode) à la recherche du canal d’Ille-et-Rance (mission digne de Livingstone) que nous ne fîmes (je suis espiègle quand il s’agit d’utiliser le passé simple) qu’entrapercevoir mais, dans notre quête de pouvoir le longer à pieds avant la nuit, nous eûmes la chance, rare, de croiser, avant que le soleil ne disparaisse, les arbres, probablement les seuls, où les corneilles du coin avaient élu domicile pour la nuit venante.. Cette aventure exploratoire commença à la sortie de Betton, sur la route de Chevaigné..

entre Betton et Chevaigné soudain ( 16h08) la lumière se contrasta.
1 petite heure plus tard, sans avoir trouvé le canal, je retiens ce qui me semble être peut-être les derniers rayons du soleil de ce jour (16h57). C’était sans compter sur la faveur d’une colline et d’un sursis accordé au soleil rasant par les fantasques nuages..

La « culture » – qui vous vient au gré de la vie, dans la tête vous emplit de « connaissances » qui deviennent des « références » – permet de se sentir complices avec ceux qui les (re)connaissent et ça vous imprègne surtout de manière semble-t-il indélébile le cerveau. Donc ici, évidemment, je pense aux corbeaux d’un Van Gogh qui aurait vécu pas loin de Gauguin, non pas à Arles en été mais en Bretagne en hiver et, pour ce qui est des sons, les stars de la musique dite classique – dont le nom commence paradoxalement par une instance à ne pas faire de bruit, chutt..- sont convoqués par mes neurones imprégnés : Schumann, Schubert et Chopin.

entre Dingé et Feins, 12 déc., 17h04
17h04:45

28 novembre 2020: 3 heures et 20 kms,la tangente, forêt de Rennes

On est globalement bien sages je trouve, bien obéissants : « pour la bonne cause » on nous interdit de nous balader plus d’1 h et d’1 km « sans motif valable », sans attestation écrite justifiant notre déplacement, ce qui veut dire qu’il faut aussi pouvoir montrer notre identité, notre adresse.. Tout ça est infantilisant donc insupportable. Et pourtant on supporte. On ne nous fait pas confiance. Je sais qu’il y a quelques raisons pour ne pas le faire, que trop de gens abusent.. Mais en quoi aller en forêt mettrait en danger qui que ce soit ? Alors dès qu’on a recouvré ce droit – nous, citadins – le 28 novembre, on a pris la voiture et on a flirté avec la nouvelle limite qui nous était imposés : 20 km.. et 3 heures. Ce jour-là, c’était un samedi, le ciel était bleu, le soleil brillait et l’air était doux. Banalement une envie de forêt nous titillait depuis plusieurs semaines. Les odeurs, les champignons, les arbres nous avaient manqué pendant tout le mois d’octobre. Nous ne fûmes pas les seuls à être titillés : les voitures de citadins n’en pouvant plus remplissaient les quelques parkings le long des routes en bordures de la forêt, mais celle-ci est si grande qu’il y avait de la place pour beaucoup plus de personnes, la plupart des gens se cantonnant aux larges chemins rectilignes de cette forêt domaniale. Suffisait de prendre les tangentes, les petits sentiers tortueux et les sentes animales. D’ailleurs nous fûmes surpris par le départ starting blocks d’un sanglier à une quinzaine de mètres de nous. L’impression de puissance, de force et de vivacité nous effraya, un peu. Il nous a bien fait comprendre qu’il ne souhaitait pas qu’on le prenne en photo. Donc « pas de photo ». Vous ne verrez que la quiétude du végétal qui a continué peinardement sa vie pendant que pratiquement personne ne venait fouler la forêt.

Ces photos peuvent paraître assez banales mais cela m’a fait du bien de pouvoir les faire, faute d’avoir pu voir, toucher et respirer ces simples réalités naturelles – que j’espère immuables – pendant des semaines. Le printemps avait été oblitéré, une bonne partie de l’automne aussi.

Retour dans le périmètre autorisé avec un ciel de couchant à la hauteur de cet événement..

Préséance, la maison du chocolatier aux soirs d’octobre, St Pierre-Lopérec, Locmariaquer

le 25 oct.10, à 18h08 ou 19h08 (je ne saurais garantir que le changement d’heure – été/hiver – ait été enregistré dans la mémoire de l’appareil. Ce fut en tous cas la 1ère fois que je la photographiais)
 » la maison du chocolatier ». C’est ainsi que je l’ai entendue nommée : j’avais entendu dire que c’était un chocolatier qui l’avait fait construire.

Le 25 octobre 2017… Le soleil, à cette heure et à cette date et de ce même point de vue, se reflète dans les fenêtres (ce qui est assez prévisible du fait de la réalité du déplacement des astres).

Soir d'octobre, la maison du chocolatier, 25 oct 10

Soir d'octobre, la maison du chocolatier 2, 25 oct 10.jpg
 
11 oct.20, 19h47. J’aurais beaucoup à dire et en même temps je devrais en dire si peu tellement ça peut, selon un certain point de vue, respectable, avoir si peu d’intérêt (mais décider de ce qui a de l’intérêt ou pas est un ancien et fort incertain débat). Prenons l’aspect « souvenirs personnels » et alors, sous cette généreuse licence, disons :  » arrivés dans des lieux qui nous semblaient « naturels » ayant un lien certes mais distants d’au moins 200 m avec quelques demeures fort anciennes – plus d’1 siècle – dont l’une était la demeure de la propriétaire du champ que l’on louait, on a pu se sentir les « 1ers hôtes » de cette dame et, cette dame toujours, nous faisant l’honneur de nous louer un été de plus puis un été de plus son champ, on a pu finir par se sentir un peu « du coin ». Aussi quand nous vîmes – et nous ne la vîmes pas puisqu’elle a peut-être été construite aux 3 autres saisons hors de l’été – cette maison et qu’une des tantes (Mimi) nous dit qu’elle était celle d’un chocolatier, ce chocolatier ne pouvait être pour moi en tous cas que  » de Paris » pour pouvoir faire construire une telle maison à un tel endroit, très près de la maison du Général de Boissieu. Bref, arrivés et acceptés – du moins le croyais-je – depuis peu dans le coin, un sentiment de, comment dit-on, « préséance » s’insinua en moi (j’ignore ce qu’il en était pour mes tantes).
Or il se trouve que nous découvrîmes l’existence de cette maison, un été, à la place du champ de vaches.

Je pense que je la trouvai de bon goût, dans la tradition, bien que si récente. Elle avait l’air d’une maison traditionnelle, comme une ferme, une longère, mais elle n’avait pas cette légitimité-là : c’était une maison de vacances, puisque parisienne. La nommer « maison du chocolatier » introduisait une dimension inattendue et bienvenue pour combler un questionnement informulé : mais qu’est-ce que c’est que cette maison nouvelle arrivée là ? Qui y habite, à qui appartient-elle ?

Elle m’avait, je crois me souvenir, plu dès le début : elle était comme les maison anciennes – simple : pas d’étage – et en même temps était toute neuve, avec certainement tout le confort moderne (lave-vaisselle, eau chaude courante, téléphone..). Aussi je trainais parfois devant son muret de jardin mais n’y vit aucune personne susceptible d’attirer mon attention, n’y vit jamais un homme pouvant être « le chocolatier », ce qui fait que cette maison est restée maison – pure réalité architecturale et matérielle – sans être pour moi associée à qui que ce soit, un élément du décor suffisamment réussi pour être acceptable, et ce ne fut que bien plus tard que j’appris, lors d’un concours de photo organisé par l’association de sauvegarde de la chapelle, que la présidente du jury y habitait et que le jour où ma tante y était allée pour récupérer le tirage de ma photo sélectionnée elle y avait entrevue en pleine après-midi un homme qui visiblement buvait du whisky..

Je n’ai lu « que » peut-être les 200 premières pages de « du Côté de chez Swann » (qui est il me semble le début de ce qui constituera, une fois le tout écrit, l’œuvre rendue fameuse par quelques-uns, de Marcel Proust et que beaucoup nomment « la Recherche » et qui est, officiellement, (à) la Recherche du temps perdu ») mais j’ai lu, bien avant, plusieurs livres de Claude Simon et je me demande si je n’y ai pas attrapé un élément rythmique..