Verticalités humaines, horizontalités naturelles, entrée du Golfe, 3 avril 21

A propos de la manière de faire mes articles (cela peut éventuellement intéresser un fidèle lecteur, le plus fidèle étant moi-même..) Le titre, et le sujet, d’un « article » sur le blog m’échappe un peu, me glisse entre les neurones.. Comment ce résultat – l’article – arrive ? Je pars, dans l’immense majorité des cas, des photos, celles qui me semblent « bonnes », en tous cas assez bonnes pour mériter une « publication ». J’en choisi quelques-unes. J’essaie de trouver une cohérence avec une ébauche de pensée. J’en trouve une assez vite. Alors je bricole un propos. Je trouve au fur et à mesure que je cherche.. Exemple Ici, quelques photos qui me semblent dignes d’être sur le site. Le thème « horizontalités, verticalités » me semble apparaître. J’y ajoute des adjectifs et cela me semble faire sens.

Cette méthode m’aide à réfléchir, à penser, c’est-à-dire à exprimer en mots quelque chose qui n’existera qu’une fois que des mots seront là. La « pensée » n’est que mots.

Un exemple, ici : je vois effectivement que la nature – les éléments érodés par les éléments, le vent, les pluies – arrondit logiquement les verticalités et tend vers l’ovale, le courbe, voire le rond, tandis que les techniques humaines s’efforcent de faire du vertical et de l’horizontal. L’horizontal est censé fonder les constructions et peut coïncider avec les lois naturelles. L’eau cherche sans cesse à trouver une version horizontale et donne le repère horizontal. Le vertical, son exact complément, subit au fil du temps les forces naturelles – la pesanteur, la gravitation, régit tout – et s’oblique.

Cette « réflexion » n’est pas un principe général, une loi, car les exceptions sont nombreuses, à commencer par les arbres : s’il n’est pas gêné par d’autres arbres ou éléments, le tronc d’un arbre pousse droit, vertical et là aussi il y a des exceptions : certaines variétés (l’olivier par exemple) ne poussent-elles pas tortueusement ? A moins que ce ne soit là encore l’intervention humaine (la taille) qui lui impose une forme non naturelle ?

En tous cas, ces « réflexions » ont conduit à cet articles au titre peut-être risqué : « verticalités humaines, horizontalités naturelles »

Levée du jour à l’entrée du Golfe, 3 avr.21

La veille au soir, vérifié l’heure du lever du soleil, le ciel et la météo pour le lendemain, mais surtout se lever dès que réveillé, avant le soleil et tituber un œil ouvert jusqu’à la fenêtre à l’est, dont le volet reste ouvert. D’un coup d’œil, déjà, je vois à quoi ça ressemble et selon le rapport fatigue/ aspect du ciel je décide de retourner dans le lit chaud ou de rester debout. Ce matin-ci le ciel est enfin nuageux avec quelques trouées. « enfin » car jusqu’ici le ciel était voilé, poudreux (cf article précédent) et que les nuages donnent en général des ciels plus intéressants. Un mug de café de la veille, quelques biscuits ou crêpes ou ce qu’l y a et en route !

Ce matin les nuages sont nombreux et épais mais les trouées sont bien là : le ciel a décidé de la jouer wagnérien. J’entends presque les cuivres. J’utilise souvent l’expression « lumière divine ». Je pense que c’est une influence des images de catéchisme que j’ai aperçues enfant et après et ce tableau dans le même genre qui était dans l’escalier chez mes grands-parents maternels dans la maison d’Eaubonne où l’on voyait sans doute un vieil homme et ses longs cheveux blancs et une barbe de patriarche, dégageant une impression de puissance, en haut et au milieu de l’image et dont émanait un faisceau de rayons lumineux éclairant en éventail ce qu’il y avait en dessous. En fait on adore le soleil et on a bien raison. Nous sommes des païens. Encore plus, malgré les apparences récentes, en ces lieux où les plus grands mégalithes (pléonasme) sont la marque de rites bien bien plus anciens que cette religion en fait très récente qu’on appelle le christianisme qui a recyclé, adapté, transformé des croyances et des rites beaucoup plus anciens.

le Motenno, Arzon, 7h05. Le vent, bien présent, est frisquet, voire un peu plus..
tourelle Goemorent, 7h08
.. pourtant il y a toujours d’indécrottables pêcheurs presque à toute heure sur l’eau, à croire même qu’ils ont passé la nuit sur la mer.. Encore une réalité que je ne connais pas.
Méaban, depuis le Pointe de Kerpenhir, 7h26. A la pointe le vent passe plus vif. Jusque-là j’étais presque seul.
Une jeune femme est apparue sur la plage de l’école de voile. De loin sa démarche et ses gestes me semblaient montrer qu’elle était en forme, heureuse d’être là. Je continuai à vaquer à mes attentions de photographe. Je sentis bientôt une présence derrière moi. J’avais bien vu qu’elle semblait avoir pris le sentier que je venais d’emprunter mais je fus quand même surpris quand je l’entendis juste derrière moi. 2 regards, 2 bonjours, 2 sourires, le tout en 2 secondes, puis un bref échange sur le caractère vivifiant de l’air. Elle veut me rassurer sur l’éventualité de l’arrivée du soleil. Elle ne sait pas que je ne suis pas inquiet et que j’apprécie les nuages et ne suis pas dérangé par le froid. Elle continue son tour de marche et s’arrête un peu à la table d’orientation sur le belvédère (un peu après je verrai qu’un pêcheur très matinal, trentenaire et bavard lui a semble-t-il tenu la jambe un peu plus loin).
Penthièvre, 7h34. L’air vif, qui sait, est peut-être responsable de la réfection des formes à l’horizon de la presqu’île, qu’on nomme « fata morgana », histoire de créer par des mots un peu d’imaginaire..
Décidément les lieux ont en ce début de jour un air dramatique, hugolien, presque inquiétant. Est-ce l’âme du cyprès le plus proche du belvédère (cf ma photo « les amoureux à la pointe ») déchiré en 2 par une des tempêtes de février, puis tronçonné entièrement (alors qu’un cyprès mutilé a une silhouette intéressante) , qui rend les lieux chagrins, lugubres et comme en deuil ?
Des Tourne-pierre (7h54), ignorant de tout cela surgissent de l’eau sur un rocher. Ils semblent toujours chiffonnés, fatigués, avec leurs plumages de tâches et leur air renfrogné. Sont-ils juste fatigués, voire épuisés, d’avoir volé si vite, si vivement avec tant de virtuosité au-dessus des eaux ?
Notre-Dame de Kerdro, 7h58. La statue de « Notre-Dame-de-Kerdro », représentant une femme – la Vierge – tenant un petit enfant – « l’enfant-Jésus » – qui a l’air réjoui, sur son bras gauche, le brandissant devant la mer, apporte tout de même une touche esthétiquement intéressante de silhouette presque immuable dans ce décor hérissé d’arbres, de maisons et d’un clocher (c’est mieux que les antennes-relais et les grues que je m’efforce de ne pas montrer..)
Venant sans doute de Vannes, la vedette Kerpenhir, double l’île de Berder, de Gavrinis et dans un instant l’île Longue en remontant le courant de la Jument, à cette heure indécis (la « renverse »), entre deux eaux, mais encore puissant. Il y a très peu de passagers à bord mais le service est le service. Il accostera au Port-Navalo, histoire de prendre, en ces temps entre 2 saisons covidées, 2 ou 3 passagers et de reprendre son souffle avant de filer vent de travers et courant devant vers Houat.

La lumière a perdu ses jaune. Ce n’est plus le lever du jour.

Premier crépuscule printanier sur la côte. Locmariaquer, 29/30 mars 21

Dès qu’on peut on file vers le sud. Vers ce havre d’espace et d’iode, d’horizon, de grand air. La dernière fois c’était fin janvier. Cette fois-ci nous étions partis – nous étions partants – a priori pour 10 jours mais cette personne « en responsabilité » a décidé qu’il fallait limiter les déplacements (mais que nous serions tolérés à rentrer à la fin du week-end de Pâques) et nous nous sommes adaptés, une fois de plus. Nous sommes restés un peu moins : 1 semaine. Le temps maussade revenu le jour du départ nous y a aidé. Et on est obéissants. Déjà avant, relativement, mais d’autant plus depuis 1 an. Obéissants, respectueux des uns et des autres et nous n’avons pas les moyens de prendre le risque de payer une amende de 135 €.

Après avoir installé nos affaires dans la maison, en fin d’après-midi, nous allons, impatients, « voir la mer », ou plutôt la revoir, voir si elle est toujours là (quelle idée !), si elle toujours aussi belle dans la lumière du soir, si aucun bouleversement ne nous l’aurait changé.. Ressourcement. Retour à la source. Et dès le lendemain nous retournerons – je retournerai – , poussé par un besoin fort, revoir les lieux chers, chaque portion de l’espace connu au long de ma vie. Telle portion du chemin, tel arbre, tels rochers, tel bout de plage de sable..

Au fond ces oiseaux que je croise et photographie un peu sont peut-être comme moi, finissent par reconnaître les lieux qu’ils fréquentent chaque jour, le glissant des roches, le piquant des dunes, la dureté des sables. C’est la mémoire de la plante des pieds (ou des pattes) et celle du cerveau transmise par les yeux.

L’eau mouvante forme des marches qui aussitôt disparaissent puis réapparaissent. Comment faire pour les gravir et tenter de partir en marchant sur l’eau ?
Les sables gorgés d’eau sont un miroir dont le tain lentement disparait..
Au 1er matin là-bas, des bourgeons de ce nouveau printemps nous rassuraient sur la continuité du temps. Etions-nous inquiets ?
Je les ai regardés pour la 1ère fois. J’ai découvert leur existence. Les interdictions qui nous sont faites de nous déplacer rendent les lieux, pourtant familiers, plus précieux et m’ont fait regarder différemment le simple bord du chemin; l’éventualité de ne pas pouvoir revoir tout cela change mon attention.
Je m’intéresse davantage aux petites choses.. Elles sont atteintes par bien des dangers, mais pas par ce virus..
Je continue à regarder et voir aussi, comme avant, tout ce qui est dans mon champ de vision, comme par exemple la silhouette d’un homme-à-ce-moment-là-pêcheur se fondant presque avec celle des rochers..
.. ou, comme une aigrette ou un cormoran, sa présence visible par quelques nuances de forme et de couleur d’avec l’environnement..
… ces nuances s’estompant proportionnellement au nombre d’individus en présence, convoitant par ces jours de grandes marées les êtres vivants près des rochers habituellement inaccessibles à pieds d’homme.
L’Homme – l’être humain – peut être dans le paysage, comme n’importe quel être vivant, mais mes yeux d’être humain l’identifient rapidement comme ici, non loin de Bagen Hir, comme n’étant ni un oiseau ni un rocher.
Dès le deuxième soir nous avons eu un ciel poudreux voilant un peu le soleil, ciel qui reviendra plusieurs jours de suite..
.. ciel tranquille et uniforme auquel le lent vol des hérons ajoute de la sérénité..
.. ou celui des goélands allant chaque soir vers l’est..
J’ai constaté que les oiseaux – comme ici des canards – vont vers l’est quand le soleil se couche, se dirigeant de fait vers les zones plus sombres qui seront les premières dans la nuit. Peut-être qu’ils quittent ici simplement les lieux de leur dernier repas du jour au fond de la Baie de St Philibert et rejoignent un lieu sûr pour passer la nuit, comme l’île de Méaban (mais je doute que ces canards y aillent) par exemple, qui offre le double avantage de n’être qu’à 3 km de la côte et où il est interdit depuis 1982 de descendre du 15 avril au 31 août.
Sur le chantier ostréicole, une amoureuse (son homme n’est pas loin) semble goûter aussi la quiétude de l’immobilité des éléments et de la lumière voliée..
Tapie dans l’épaisseur sombre des arbres, le manoir vide regarde les rouleaux de la mer descendante se former au milieu de la baie..
Le soleil disparaît derrière la presqu’île de St Philibert, laissant les parcs arborés accueillir la nuit qui les rafraichira de rosée pendant que les eaux de la Rivière continueront de glisser avec la marée descendante qui laissera la grève, les goémons et les huîtres retrouver l’air nocturne.

la Trinité s/Mer sans soleil, 30 janv.21

la Trinité, port de la voile, dont les pontons pour les visiteurs sont vides au cœur de l’hiver..
La forte marée (92, environ 1h30 plus tard) et le vent font passer la mer par-dessus la jetée de l’Ecole de Voile.
.. mais les grands multicoques – l’ex Sodebo (Actual Leader) de Thomas Coville (skippé aujourd’hui je crois par Yves Blévec) et IDHEC de Francis Joyon – sont bien là, à leur place habituelle.
Les mouettes et les goélands laissent passer le « sale temps », bout au vent sur les pontons désertés, à la cape comme les bateaux..
Très modeste clin d’œil à la célèbre photo de Philip Plisson « port Rhu ». Un clin d’œil est en général « amical » mais que P Plisson ait fait des images de la campagne de Marine le Pen (JM le Pen est natif de la Trinité) pour les Présidentielles de 2017 et qu’il ait été condamné pour viol de sa nièce, l’éclaire différemment. A part cela il est, de mon point de vue, le plus grand photographe maritime.
Il y a, par ce temps, 2 intrépides mordus des sports de glisse..
On croirait que Ty guard va être submergée, ou même va sombrer, avec son rocher sous-marin devant et son dérisoire blockhaus derrière, mais elle en a vu d’autres, de plus fortes tempêtes et des coefficients plus élevés (mais aujourd’hui c’est pas mal quand même !)
Là-bas, à la pointe de Kerbihan, quelqu’un aussi fait des images..

d’ici ou de passage.., Locmariaquer & la Trinité s/Mer, fin janv.21

Vanneau huppé, marais de Brennegi (Locmariaquer), 23 janv.21, 15h34. Première fois que j’en voyais un. Quelle élégance « grand siècle ».
aigrette garzette, Brennegi, 15h33. Sa blancheur perturbe toujours la mesure de l’exposition..
Huîtriers-pies le long de la plage de St Pierre. Toujours mes favoris: leurs cris le soir..
aigrette, 25 janv, pointe er hourèl, 10h09. En partant (l’aurais-je dérangée, de si loin ?) elle pousse son cri rauque de mécanique mal huilée..
Keranlay, 1er févr., 12h33
bernaches, Toul keun, 25 janv, 10h54. Le ruisseau de mer descendante qui vide le bassin du « trou du marais » (Toul Keun) est comme l’aéroport de Chicago, ça n’arrête pas : amerrissages, décollages..
31 janv., 10h29
spatule, saline de Kervillen (la Trinité s/Mer). Rare dans le coin quand même (la dernière fois – et c’était la 1ère fois pour moi – vue le 28 janvier 2017. Bref : la spatule peut être présente dans le coin fin janvier). Drôle d’oiseau : quel bec ! « Aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? » (Cyranno)
Ces sarcelles ont plutôt encore leur plumage d’hiver..
Bécasseaux variables, anse du men du, la trinité s/mer, 25 janv.21, 17h35
J’entends encore le klaxon de celle de droite.
17h53 : le soleil va dans quelques courtes minutes disparaître. Ce ballet dans la douceur du soir fut un beau spectacle, mais il faut rentrer car le couvre-feu est dans 5 mn !

Victor Hugo, Brennegi, Locmariaquer, 29 janv. 21

8h57. Ce manoir (cf mes autres articles), que j’appelle « le manoir rouge », je cherche encore à le voir et à le photographier depuis de nouveaux points de vue car il a encore beaucoup à me dire, parce qu’il peut exprimer beaucoup d’impressions différentes, parce qu’il peut résonner de multiples manières. Il recèle en lui encore d’autres mots. Bref, je sens qu’il n’a pas fini de nourrir mon imagination. J’ai fini, récemment, par trouver un nouveau point de vue, simple, facilement accessible, évident, devant lequel j’étais passé si souvent et où pourtant je ne m’étais pas arrêté. Donc en ce matin de janvier je me suis levé tôt (l’un des efforts du photographe) et j’y ai retrouvé Victor Hugo, l’immense Victor Hugo, sûrement parce que je l’ai lu ces dernières années et ai vu quelques-uns de ses lavis, encres et aquarelles.
9h01.
Les lieux ne sont ni inquiétants ni étranges, juste magiques, transfigurés par la lumière ocre de cette aube comme si les sables étaient vaporisés dans l’air, pas forcément ceux d’ici mais ceux de là-bas, du Sahara, car parfois les vents balayent le désert si puissamment qu’ils emportent les grains de ses peaux jusqu’au-dessus de nos contrées, jusqu’à voiler de ses nuées d’orient le soleil d’ici.
9h02. Ici, point de courbes souples de peupliers, point d’ondulations tendres mais les branches tordues de tamaris secs et la silhouette ébouriffée pas peignée des cyprès cassés ici et là par les coups de fouet salé des tempêtes. Victor Hugo l’aurait mieux (d)écrit et peint de lavis plus tourmentés.

Balade (presque) tranquille, Golfe du Morbihan, 27 janv.2021

Seul le Grand Huernic n’est pas coiffé de brume, devant les Sept Îles et er Runio

Cette balade en cette fin d’après-midi brumeuse de fin janvier était bien agréable : dans ce paysage nimbé de vapeur fraiche les sons étaient ouatés. Nous n’avions vu que 3 ostréiculteurs finissant leur journée. Cette petite maison, parmi d’autres, fait partie du paysage. Approche une femme, arrivant par la grève. Elle me demande de loin, sans dire bonjour, « vous faites des photos ? Vous prenez quoi ? ». Je lui réponds d’un geste ample encadrant largement le paysage. Elle dit, un peu plus fortement en passant devant moi à une dizaine de mètres : « Ne prenez pas ma maison en photo ! ». Surpris, je lui demande pourquoi. Elle : « ça vous plairait qu’on prenne votre maison en photo ? ». Je réponds « je crois que ça ne me dérangerait pas …si j’en avais une ». Et elle a continué vers cette maison qui était donc la sienne. L’intervention de cette femme est une fausse note dans ce moment de tranquille quiétude. C’est la seconde fois (et non pas la deuxième, ce qui supposerait qu’il y en ait une troisième) qu’on est apostrophés dans ce coin par des personnes plutôt hostiles. La 1ère fois c’était à côté, à Fetan Stirec, un type qui nous avait dit que là où on garait notre voiture un voisin garait en général la sienne. Depuis quelqu’un a mis, à l’entrée de cette impasse, un panneau routier artisanal : « demi-tour impossible » – ce qui est faux – histoire de décourager les « incursions ». Il y a au minimum une méfiance vis-à-vis du promeneur. Beaucoup de gens n’aiment pas que des « touristes » viennent là où ils vivent. Cela ne date pas d’aujourd’hui. Les expressions pour qualifier les touristes sont nombreuses : dans les années 60 c’était les « pattes jaunes » (en breton, pour ne pas qu’ils comprennent, en référence aux « bottes jaunes » qui étaient alors souvent portées par les visiteurs). Depuis les années 70 c’est « les parigots ». J’ai un cousin « germain » qui s’est fait un jour engueuler, pour une histoire de place de parking . La personne (une femme) lui dit :  » et en plus vous êtes 78 ! ». Mon cousin a un prénom breton et son nom est « le Breton », son père ayant quitté, comme beaucoup, sa campagne de centre-Bretagne dans les années 60 pour travailler dans la région parisienne.. Est-ce la trace actuelle d’une rancœur ancienne, plus ou moins transmise de générations en générations, qui vient du fait que la Bretagne a été au XIXe et début du XXe, colonisée, méprisée, dont la langue a été écrasée pour unifier la France, par le pouvoir français, c’est-à-dire, dans notre beau pays de France, Paris ? Je suis né à 40 km de Locmariaquer. Je n’y suis pour rien mais mes ancêtres vivaient dans la région de Lorient depuis au moins le XIXè siècle. Le vote pour le FN fait de bons scores sur la frange littorale du Morbihan. Cela ne s’explique pas seulement par le fait que Jean-Marie le Pen est natif de la Trinité s/Mer et y a encore une maison. .J’y viens régulièrement depuis plus de 50 ans. Beaucoup de gens en Bretagne vivent grâce à leurs « échanges » avec l’extérieur. Mais certains préféreraient que cet « extérieur » reste .. « à l’extérieur ». C’est un état d’esprit qui ne pense pas plus loin que le bout de son porte-monnaie, qui est d’ailleurs souvent largement rempli par une activité ayant besoin de clients pas seulement « locaux ». Cela illustre en partie un paradoxe qui n’est pas spécifiquement breton mais, en tant que « breton », que je trouve assez honteux. Cette dame est la propriétaire de cette maison juste au bord de l’eau – et qui sera peut-être submergée fréquemment dans 20 ans (la maison, pas la dame) comme la maison de mes grands-parents à 1,5 km de la sienne – trouve que je viens l’importuner et elle a raison : je l’importune et je poste une photo de sa maison. Elle trouve peut-être qu’il y a trop de gens qui, passant sur le sentier littoral qui s’est imposé là ces dernières années, regardent voire prennent en photo sa maison, ce qui est légal (s’il n’y a pas d’exploitation commerciale de l’image). Pourquoi ne veut-elle pas que des gens fassent des photos de sa maison ? Y a-t-il quelque chose à cacher ? Serait-ce un ancien bâtiment ostréicole qui ne devrait pas être une maison d’habitation ? Le système de traitement des eaux usées ne serait-il pas aux normes ? Non seulement cette personne – se sentant dérangée – m’a aussi un peu dérangé ce jour-là mais elle m’importune à nouveau car revoir cette photo a aussi brouillé l’article paisible et pacifique que je voulais faire.

16h45, Fetan Stirec (la fontaine étoilée)
Fetan Stirec, 16h53
17h07 : un ostréiculteur emmène ses huîtres d’un chantier à un autre (ou vers un autre de ses parcs)
17h18
kerouac’h (le village du ruisseau), 18h10

« Elle est retrouvée. Quoi ? – L’Eternité. C’est la mer allée Avec le soleil. »* Locmariaquer, la Trinité s/Mer, Carnac, fin janv.21

  • Rimbaud, L’Eternité, Derniers vers, mai 1872.
A peine de retour, les valises et les sacs dans la maison froide, direction la mer. Histoire de revoir avant la nuit ce qui a réveillé nos narines lors des dernières centaines de mètres sur la route : les algues sur les sables, les vases et dans l’eau, les plantes de la côte, celles qui poussent juste au bord, sur les dunes, entre les rochers : les armeries, les obiones, les cristes, les salicornes, très présentes ici..
Tout est à sa place : les plantes sur la dune, la mer derrière, la presqu’île posée sur l’horizon.
Malgré les coups de vent qui ont couché plusieurs arbres ou arraché des branches, le manoir est toujours sous les grands cyprès, et les oies Bernache Cravant sont au rendez-vous de leurs ballets.
Les rochers, en granit(e), sont bien sûr là. Ils sont là depuis.. Depuis ? Le « hercinien ». Cela ne vous dit rien ? À moi non plus. Depuis très très longtemps, c’est-à-dire entre 235 et 350 millions d’années.. 1000 ans je vois à peu près, c’est 10 siècles. 10 000 ans ça commence à faire beaucoup. 100 000 ans, c’est de la folie. Alors 1 million d’années..Impossible , en tous cas pour moi, d’imaginer ce que ça fait.. Mais les « rochers humains » (ici la tourelle « Bagen Hir »), construits il y a 1 minuscule petit siècle, sont là.
Les sillons éphémères dans les vases sableuses sont toujours là.
(la Trinité s/Mer) La mer, l’océan, sont aussi des absolus : leur beauté graphique nous éblouit, nous apaise, nous équilibre. Et nous espérons que l’inexorable déclin des rayons de l’Astre fasse naître des jaune, des orange et des ombres.
(pointe Churchill, pointe St Colomban. Entre ces 2 pointes, dans l’espace en creux à droite, aussi surprenant que cela m’a surpris, Carnac-plage. Et au dernier plan Penthièvre )

Lever du Roi-Soleil, Golfe du Morbihan, 18 oct.2020

8h33. Nous avons apprécié le coucher du Roi-Soleil la veille et allons voir à quoi ressemble le lendemain son lever.
Un quart-d’heure plus tard.
Une demi-heure après le lever.
En 1 heure et à mesure que l’on suit le soleil de l’est vers le sud-est les teintes sont passées des orangés sanguins aux jaunes dorés puis à des ocres de plus en plus pastels.

Un soir tranquille à Pointe-er-Vil.., 17 oct.20, Locmariaquer

Depuis ce temps, il y a 4 mois (nous sommes à la mi-février 2021, à l’aube d’un probable et insupportable reconfinement), je suis retourné là-bas et ai dans ma besace moult belles et bonnes images. Je veux cependant revenir à cet automne, cette période qui était « normale » – c’est-à-dire entre 2 confinements (décidément quel mot moche) – où nous pouvions, l’esprit à peu près tranquille (=sans crainte d’un contrôle) profiter du coucher du soleil, ce qui n’est plus légalement possible aujourd’hui que le « couvre-feu » – ce confinement qui ne dit pas son nom – est à 18h, c’est-à-dire avant le coucher du soleil.. C’était donc le samedi 17 octobre et l’air était calme, la mer haute et le ciel dégagé… Nous sommes sortis pour aller voir la mer au plus proche, là où on la voit quand on sort de la maison. C’est à 300 m et loin d’être la nature à l’état pur – zone ostréicole – mais c’est ainsi et on s’en contente volontiers..

[Les images sont placées dans l’ordre de la prise de vue]

En 3 minutes la lumière a déjà changé, a baissé d’intensité, s’est orangifiée..Un voilier rentre, remonte la « rivière » de St Philibert, doucement, vu l’absence de vent. Nous avons le temps de nous y intéresser de plus près tout à l’heure.
18h42
18h56
[Je sais que cette photo semble sortie d’une autre série, mais non, elle a bien été prise à 18h58, mais elle est sous-exposée d’environ 2 diaph’]
19h02. Cormoran Icare..
19h05
19h13. Nous ne verrons pas ce soir-là le soleil s’enfoncer dans l’horizon occupée par une bande nuages.

Pauvres bouffées d’air hivernales et périphériques (de côtiers exilés à la ville), forêt de Rennes, déc./janv. 2020/21

Ma compagne et moi, nés sur la côte de Bretagne sud, vivons en ville, dans la « capitale » régionale, et la côte, ce bord de terre ferme au bord de l’immensité liquide, son espace, son horizon, le grand air, nous manquent., peut-être davantage que nous n’en avons conscience. Encore plus avec ce confinement qui n’est pas nommé ainsi : le « couvre-feu » à 18 h. Car c’est un bien un confinement, du soir, qui a été décrété : pas le droit de sortir ou d’être « à l’extérieur », sans attestation, valant justification, dument décrétée valable par le gouvernement et dont le non-respect coûte 135 €, ce qui est une somme importante quant on a 500 € de « ressources » par mois.. Or, à partir du 10 janvier environ, on voit que les jours rallongent et 18 h se met à coïncider avec les couchers de soleil, chers pas seulement aux photographes mais à tout être humain « normalement constitué » (selon moi, ce qui est, bien sûr, discutable). Alors les êtres humains « normalement constitués » que nous sommes doivent supporter cette contrainte. Les citadins que nous sommes doivent supporter cette contrainte. Les anciens enfants du bord de mer, habitués aux amples horizons bleus et changeants, aux vents iodés chargés des odeurs littorales, que nous sommes, doivent supporter cette contrainte. Triple peine. Au moins.

Alors nous sommes quand même preneurs d’escapades -pour ne pas dire évasions – en dehors de la Ville. Ici ça peut être la forêt domaniale, qui n’est qu’une version arborée de la Ville, espace quadrillé de voies géométriques où les gens se cantonnent.

Le fait que j’ai mis tant (presque 2 mois) à me décider à créer cet article est révélateur du peu d’impatience à le faire.. Je le fais aujourd’hui car, depuis, malgré le confinement de 18h qui perdure, j’ai pu repartir retrouver l’océan, ce qui m’offrira l’envie de prochains articles..

cet homme, là au centre, m’a semblé être particulièrement habitué à marcher, pas un promeneur ni un sportif du dimanche, plutôt, vu ses habits, son équipement et surtout sa démarche, un routard ou en tous cas une personne pas simplement là pour profiter de la forêt juste un dimanche matin d’hiver confiné. D’ailleurs, ce matin-là on croisa aussi un jeune homme et une jeune femme , roulant lentement en voiture – une vieille ford escort il me semble, ou une Opel – dans les allées « interdites aux véhicules non-autorisés » (sic), avec une remorque dans laquelle se trouvait 2 fourches-bêches. Ils cherchaient peut-être un jeune arbre – de Noël ? – à déterrer.
12h00
12h02
12h20
12h23