Pauvres bouffées d’air hivernales et périphériques (de côtiers exilés à la ville), forêt de Rennes, déc./janv. 2020/21

Ma compagne et moi, nés sur la côte de Bretagne sud, vivons en ville, dans la « capitale » régionale, et la côte, ce bord de terre ferme au bord de l’immensité liquide, son espace, son horizon, le grand air, nous manquent., peut-être davantage que nous n’en avons conscience. Encore plus avec ce confinement qui n’est pas nommé ainsi : le « couvre-feu » à 18 h. Car c’est un bien un confinement, du soir, qui a été décrété : pas le droit de sortir ou d’être « à l’extérieur », sans attestation, valant justification, dument décrétée valable par le gouvernement et dont le non-respect coûte 135 €, ce qui est une somme importante quant on a 500 € de « ressources » par mois.. Or, à partir du 10 janvier environ, on voit que les jours rallongent et 18 h se met à coïncider avec les couchers de soleil, chers pas seulement aux photographes mais à tout être humain « normalement constitué » (selon moi, ce qui est, bien sûr, discutable). Alors les êtres humains « normalement constitués » que nous sommes doivent supporter cette contrainte. Les citadins que nous sommes doivent supporter cette contrainte. Les anciens enfants du bord de mer, habitués aux amples horizons bleus et changeants, aux vents iodés chargés des odeurs littorales, que nous sommes, doivent supporter cette contrainte. Triple peine. Au moins.

Alors nous sommes quand même preneurs d’escapades -pour ne pas dire évasions – en dehors de la Ville. Ici ça peut être la forêt domaniale, qui n’est qu’une version arborée de la Ville, espace quadrillé de voies géométriques où les gens se cantonnent.

Le fait que j’ai mis tant (presque 2 mois) à me décider à créer cet article est révélateur du peu d’impatience à le faire.. Je le fais aujourd’hui car, depuis, malgré le confinement de 18h qui perdure, j’ai pu repartir retrouver l’océan, ce qui m’offrira l’envie de prochains articles..

cet homme, là au centre, m’a semblé être particulièrement habitué à marcher, pas un promeneur ni un sportif du dimanche, plutôt, vu ses habits, son équipement et surtout sa démarche, un routard ou en tous cas une personne pas simplement là pour profiter de la forêt juste un dimanche matin d’hiver confiné. D’ailleurs, ce matin-là on croisa aussi un jeune homme et une jeune femme , roulant lentement en voiture – une vieille ford escort il me semble, ou une Opel – dans les allées « interdites aux véhicules non-autorisés » (sic), avec une remorque dans laquelle se trouvait 2 fourches-bêches. Ils cherchaient peut-être un jeune arbre – de Noël ? – à déterrer.
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les 2 chevaux, Piré-s/Seiche, 21 mai 2020

2 chevaux vivent à l’espace naturel départemental près du château des Pères à Piré s/Seiche. Ce sont apparemment des « Poitevins mulassiers ». « Mulassier ». Intrigant et pas très joli ( pas très loin de « putassier »).  L’histoire de cette race façonnée par l’humain  – toutes les « races » ont été façonnées par l’humain – est intéressante : Les juments poitevines sont utilisées pour faire naître – mais cela ne se produit qu’1 an sur 2 – de grandes mules rustiques par croisement avec des Baudets du Poitou, les fameuses mules poitevines. Mules et mulets étant des hybrides stériles, de tels animaux ne peuvent naître que par croisement entre un âne et une jument (ça ne marche pas entre un cheval Poitevin et une ânesse) . L’industrie mulassière du Poitou a été fréquemment combattue par l’administration des haras, dont le but était d’obtenir des chevaux aptes à remonter les troupes françaises. C’est pourquoi au XVIIIè s, les haras interdirent officiellement de faire naître des mules avec des juments de plus d’1,20 m et menacent ensuite de faire castrer tous les baudets de la région. En 1823, le préfet des Deux-Sèvres, dans sa volonté de lutter contre l’industrie mulassière, demande que le haras de St Maixent n’héberge plus que des chevaux de demi-sang, les étalons mulassiers étant impropres à l’amélioration et à la production du cheval de cavalerie.

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020

C’est – selon sa fiche Wikipédia –  « un cheval grand, calme, élégant et doté de crins ondulés en raison de son origine liée au cheval flamand, doux, paisible, robuste et tempéré, lymphatique  Il apprécie le contact de l’homme, les particuliers et les professionnels trouvent donc en lui un partenaire de qualité. Au travail, le Poitevin mulassier montre une grande intelligence. Il est volontaire et à l’écoute même s’il peut parfois se montrer entêté. »

Moi qui n’y connais pour ainsi dire rien en chevaux, j’ai surtout trouvé qu’ils avaient l’air tristes, résignés, fatigués sous ce chaud soleil de mai, subissant les mouches, attendant peut-être une caresse ou une touffe d’herbe derrière la clôture électrifiée.

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 17h23-54

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 15h53

Si nous, nous déconfinions (quel nouveau mot étrange et moche), j’ai trouvé qu’eux  avaient l’air déconfis.

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 17h16

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 17h23-09

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 17h18-20

Le blanc, ou plutôt la blanche car c’est une jument, a un côté hippie avec ses cheveux dans les yeux. Elle a aussi des excroissances à l’intérieur des antérieurs, vestiges du 5ième doigt. . On les nomme les « châtaignes ».

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 17h17

Sans en avoir l’air et sans avoir l’air de pouvoir le faire, à cause de ses cheveux de cheval devant ses yeux,  elle vous regarde, semblant me dire « qu’est-ce qui t’autorise à me photographier ? ». Ou « à quoi bon me photographier ? ».

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 17h17-40

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 17h19-19

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 17h18-36

« Rien » devrais-je lui répondre « à part que tu es un bel animal et que tu sembles ne pas t’y opposer ».

L’autre, le mâle, un vieux hippie lui aussi, un vieil Iggy Pop, semble attirer toutes les mouches qui n’iront pas l’embêter elle. Il semble atterré, encore plus écrasé par le soleil, la chaleur, le temps, l’ennui.

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 17h17-51

Malgré tout cela il semble puissamment réfléchir.

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 17h18-58

Peut-être qu’il pense à l’étrangeté des chevaux, car c’est étrange un cheval, quand on regarde. Son museau par exemple, ou comment dit-on ? Il y a un mot précis.. « bout du nez » apparemment et tout simplement.

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 17h18-24

Il n’était pas loin de devenir une trompe, mais il s’est arrêté avant et est resté une sorte de long nez, ou museau, pas loin de la gueule et avec de grosses narines aux replis souples pour bien faire ces bruits de cheval.

Toujours est-il que ces 2 là, quand on passe un peu de temps à leur côté à les regarder et même à leur parler, ont l’air moins accablés et pas si tristes que cela. Elle est derrière lui, elle le colle un peu. S’il avance d’un pas, elle fait de même.

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 17h28-27

château Poitevins mulassiers, Piré s-Seiche, 21 mai 2020, 17h20-06