2 heures Aux jardins, la Bintinais, Rennes, 24 mai 2020

( suite de notre collection « verte », de notre série bucolique).

L’envie d’air, de vert, de nature.. est – je ne sais pourquoi.. – un peu plus fort ce printemps.. or tout autour de la ville (il y a encore peu il y en avait aussi dans la ville), depuis 40 ans nous attendent des jardins dits « familiaux », ensembles de parcelles gérées par une association où les citadins que nous sommes peuvent cultiver, année après année,  leur coin de terre, leur bout de jardin (50, 100, 150 ou 200 m²), leur parcelle de bonheur, de potager, de fleurs et de plantations diverses. A leur disposition – et sous leur responsabilité d’entretien et de bon usage – un cabanon, un récupérateur d’eau.. La possibilité, encadrée, de fabriquer une extension ou une pergola, de décorer selon son goût.. et à nous les joies simples du jardinage !

Ce sont des patchwork colorés et odorants, où les jardiniers plantent, sèment, taillent, récoltent, rêvent, se rencontrent, se retrouvent. Quoi de mieux qu’un p’tit bout de jardin pour se retrouver soi-même et les autres jardinier(e)s ? Alors un florilège de couleurs sur fonds de vert.. car un jardin ne fait pas seulement le bonheur du jardinier mais aussi celui du promeneur photographe..

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 17-50

Où l’on voit qu’à défaut d’être bien accordée aux couleurs (imposées) des cabanons, la déco suit la mode aussi dans les jardins..

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 17-52

.. que ce soit dans la peinture d’une palette ou le choix des fleurs.. (ail d’ornement)

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 17-54

Les jardins favorisent les liens..

.. ou semblent séparer..(mais ce n’est qu’une fausse apparence)

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-32-44

 

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 18-00

Ce mini nichoir sert probablement moins aux oiseaux qu’à la déco..

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 18-00-48

Même quand le jardinier – ou la jardinière – n’est pas là, on imagine sa présence. Il (ou elle) est peut-être  âgé(e) et ses genoux craquent un peu quand il faut soigneusement désherber autour des jeunes plants de haricots.. A moins qu’il s’assoit là pour les écouter pousser ?

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 18-13

De l’art de camoufler la réserve d’eau.

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 18-13-53

Un peu de rouge et de noir. On est bien à Rennes..

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 18-39

Les idées les plus simples pour ranger sont souvent les plus esthétiques.

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 18-44

Nul besoin d’une fortune, mais un peu de blé ne nuit pas..

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 18-50

Habilement découpée une bouteille en plastique fait un mobile qui, à défaut d’effrayer les oiseaux, tourne joliment dans la lumière d’une fin d’après-midi..

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 18-50-18

Le livret d’accueil de l’association des jardins familiaux stipule que les cultures potagères doivent être prépondérantes mais que l’ornementation florale est aussi acceptée.. heureusement !

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 18-51-15

D’ailleurs m’est avis que ces malins artichauts qui jouent aux ombres chinoises et qui se font passer pour une culture potagère,  ne seront point mangés mais admirés lorsqu’ils ouvriront leurs superbes fleurs mauves et violettes.

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 18-54-12

Il y a la maison des outils et la maison des insectes..

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 18-55-16

 » Mais zenfin ! Quand même ! Nous laisserons-nous devenir fleurs ou passerons-nous à la cocotte ? On nous cache tout on nous dit rien !  » (propos d’artichauts confinés).

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-01-24

Rien ne vaut un chat noir aux yeux bleus pour garder les tomates, c’est un truc bien connu des jardiniers avertis..

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-08-45

Le 187 préfère visiblement l’ornementation florifère que la culture potagère..

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-10-23

Le coquelicot pompom (variété inventée par moi) n’aime rien tant qu’un terrain vague pour pavoiser !

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-13-20

Les petits lapins ( et encore plus les grands) sont bien sûr indésirables dans ces jardins, mais ils sont quand même présents par la pensée sous la forme de l’épiaire de Byzance à qui ils ont prêté leurs petites oreilles et leur museau coton.

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-13-39

Comme tout un chacun le jardinier a ses fantômes qui l’accompagnent et veillent sur son univers.

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-26-06

 » Mais zenfin ! Ce pape qui a célébré Pâques devant une place vide ! »

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-34-04

On voit bien quel est le mâle et quelle est la femelle..

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-35-21

La complainte des arrosoirs : « chômage technique ou chômage partiel ? On nous prend pour des pommes ! »

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-35-54

Le (la ?) très paisible occupant (e), voire définitivement assoupi(e), du jardin n° 167 aime aussi la télé..

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-36-21

.. les chansons et l’anisette (culture potagère ou d’ornement ?)

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-39-06

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-40-24

? un jardinier un peu ésotérique.. Le virus comme une guillotine  associée à une loterie ?

Pour finir ces 2 heures passées dans les allées des jardins potagers à la Bintinais, une promesse : grâce à la lumière du soleil, à une terre arrosée par le ciel et le jardinier, petite tomate deviendra grande le long de son tuteur et nous ravira les narines du parfum poivré de ses feuilles et les papilles de sa saveur discrètement fade.

jardins, la bintinais, 24 mai 2020, 19-46-19

 

 

 

 

les Créatures au-dessus de nos Têtes (les multiples vies des nuages), Rennes, 5 mai 2020

nuages, Rennes, 5 mai 2020,19h29-04

Regardez-vous les nuages ? Savez-vous les voir ? Prenez-vous le temps de tourner vos yeux vers ces créations du cosmos quand elles se montrent à nos regards ? Elles sont l’incarnation intermédiaire des éléments entre nous et l’infini, flocons au ras du sol à l’échelle de l’atmosphère, elle-même mince enveloppe vaporeuse autour de « notre » planète..

nuages, Rennes, 5 mai 2020,19h31-31

C’est étrange ils dessinent comme des cartes (ah oui ! .. Descartes « le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie »). A moins que ce ne soit l’inverse, que nos cartes aient été dessinées pour ressembler aux nuages.. Personnellement j’y recherche, espère – très terre à terre –  à chaque fois, la carte de ma Bretagne.. mais  il y a toujours quelque chose qui cloche, manque..

nuages, Rennes, 5 mai 2020,19h52-22

.. pourtant ils y mettent du leur, et du leurre, révélant les Créatures blanches et les Créatures bleu ardoises, comme les couleurs de l’océan.nuages, Rennes, 5 mai 2020,19h52-22 bis

Le petit oiseau (un étourneau isolé ?) les frôle. Les regarde-t-il ? En a t-il conscience ?

Là haut, au-dessus de nous dans nos ville, ils se font front, se toisent, organisent des rencontres dangereuses, des préambules de combats cataclysmiques ou de simples défis.

nuages, Rennes, 5 mai 2020,19h58-58

nuages, Rennes, 5 mai 2020, 20h18-03

Reliés au soleil comme nous, au jour tombant ils se laissent baigner par les rayons chauds de l’astre disparaissant sous l’horizon, révélant d’autres facettes de leur visage et la réalité de leur multitude..

nuages, Rennes, 5 mai 2020, 20h28-02

nuages, Rennes, 5 mai 2020, 20h12-33

Les Créatures jusque-là dissimulées ne peuvent plus se cacher et doivent faire face..

nuages, Rennes, 5 mai 2020, 20h12-41

le cochon sauvage, le sanglier-premier-au-long-groin ne peut éviter d’être visible à qui sait le voir..

nuages, Rennes, 5 mai 2020, 20h13-46

.. ni le vieux fourbe chat qui tire toutes les ficelles..

nuages, Rennes, 5 mai 2020, 20h14-24

.. tandis que la créature blessée lors dont ne sait quel combat ce soir renonce et fuit vers l’est..

nuages, Rennes, 5 mai 2020, 20h15-28

A peine entrevues ces créations dans le ciel se fondent dans le tumulte silencieux des hauteurs et disparaissent dans les nuées.

nuages, Rennes, 5 mai 2020, 20h18-01

Et pour moi commence une nouvelle nuit.

 

 

 

 

Aux confins de la confiance, 5 mai 2020

A quoi se raccrocher ? A quoi suspendre la confiance ? En cette période particulière où je sens que ma liberté est rognée, où l’on ne sait plus trop ce qu’on a droit de faire sans risquer un contrôle et une amende équivalente à 1 semaine de « courses » alimentaires ?

– Aux « fondamentaux », les choses immuables, et qui d’autre que la lune répond à cette définition ?

Elle était là, elle est là, elle sera là, toujours aussi belle et mystérieuse. « Comment ça tient en l’air ? » (Volutes, Alain Bashung).

2 soirs plus tard elle était censée être « superlune » mais dès le 5 elle était magnifique et ressemblait – ça doit être le début de la saison – à un magnifique et assez grand melon tacheté, car bio, charentais ou de Binas..

lune, la Binquenais, 5 mai 2020, 21h23-34

lune, la Binquenais, 5 mai 2020, 21h23

Qu’est-ce qu’elle est belle notre immuable. Désolé de me répéter mais elle me fascine, m’hypnotise. Plus je la regarde, plus je suis subjugué qu’elle soit là, visible par qui pense à la regarder.

lune, la Binquenais, 5 mai 2020, 21h23-22

Loin de la mer.., la Binquenais, Rennes, 5 mai 2020

La mer me manque, là-bas à 70 kms vers St-Malo. Bien sûr elle existe toujours, monte et descend deux fois par jour, est calme ou agitée selon le temps, a une saveur sûrement toujours aussi salée.. mais il n’y a pas le droit d’aller la voir et encore moins de marcher sur la plage.. même si la plage est immense et qu’on y serait bien moins serrés que dans les rayons étroits du supermarché du coin.. Absurde ! Mais voilà il faut limiter les déplacements au maximum.. Alors si je ne peux aller à la mer, je vois que la mer peut venir à moi, ou presque, sous la forme d’un goéland que je trouve du coup très beau, dans le ciel d’un bleu roy pur du soir puis sur fond de nuages d’orage au-dessus de la ville.. Il tourne autour de moi, me surveille de son œil jaune (son nid sur un toit proche ?) , intrigué peut-être, à moins qu’il ne soit un peu poseur et paradeur, fier de son port.. à 70 kms de la mer..

goéland, la Binquenais, 5 mai 2020, 20h10goéland, la Binquenais, 5 mai 2020, 19h49goéland, la Binquenais, 5 mai 2020, 20h18goéland, la Binquenais, 5 mai 2020, 20h19-20goéland, la Binquenais, 5 mai 2020, 20h18-59goéland, la Binquenais, 5 mai 2020, 20h18-53goéland, la Binquenais, 5 mai 2020, 20h18-36

Allez, après m’avoir offert son portrait, sans un battement d’ailes il vire sur la droite en plongeant et s’en va tourner ailleurs.. Je sens presque des embruns..

goéland, la Binquenais, 5 mai 2020, 20h19-54

goéland, la Binquenais, 5 mai 2020, 20h19-06

Pour l’identification j’hésite entre « goéland argenté » (le plus commun ici) et « goéland brun ». Il a le gris argent de l’Argenté sur le dessus des ailes mais la relative finesse de ses ailes déployées et cette ronde tâche ( qu’on nomme « miroir ») blanche au bout de ses rémiges me fait pencher vers le Brun..

images du confinement, 26 avril/ 5 mai 2020, Rennes

rue Bannetel, 26 AVRIL 2020, 9h49

Bien sûr ce genre d’image aurait pu être fait à en dehors de cette période. Il n’y a que la date de prise de vue qui prouve. Voir une personne seule dans une rue est juste plus facile. Ici le panneau STOP prend un sens un peu plus fort. La posture un peu lasse favorise une interprétation précise. On sait depuis longtemps qu’on peut faire dire à une image quelque chose et autre chose, voire le contraire.

place Bir-Hakeim, 5 mai 2020, 20h05

Les livreurs de pizza – qu’on dévore à pleines dents ! – arpentent régulièrement le quartier mais pendant le confinement ils ont été plus nombreux à tourner ( place Bir Hakeim, 5 mai, 20h10)

stade de la Binquenais, 5 mai 2020, 20h10

La notion de « distanciation sociale » (ou plus clairement,  physique) est toute relative dans certains lieux (stade de la Binquenais, 5 mai, 20h10).

bd de l'Yser, 26 AVRIL 2020, 17h54

Certains architectes n’ont pas pensé qu’il pouvait être utile de prévoir davantage de balcons.. (pour être honnête, il ne s’agit ici que de bouts de couloirs, les appartements ont des balcons plus grands..).

rue louis turban, 1er mai 2020, 12h45

Il n’y a pas que les gens qui sont confinés. Celle-ci est non seulement aussi confinée , mais comment pourrait-on dire..  Confettisée.. prête pour le prochain mariage autorisé..

1km « à vol d’oiseau », 26 avril 2020, 17h34 -> 18h17 (ouf ! – d’1 heure..)

Déjà avant (le confinement bien sûr), j’aimais déjà (photographier) les nuages, comme l’Etranger de Baudelaire ( « J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages « ). Alors en ce temps étrange où il faut remplir une attestation pour avoir le droit d’aller faire un tour d’1 heure, en tournant dans un cercle d’1 km, autour de chez soi, je les apprécie encore plus. Ils sont l’espace, l’infini, la liberté.. l’eau, la vie..

nuages, 26 AVRIL 2020, 17H36

.. le terrain de jeu du merle (quoique.. il n’est pas le meilleure exemple, lui qui vole bas de haies en haies..) qui chante leur gloire..

nuages et merle, 26 AVRIL 2020, 17H57

nuages et merle, 26 AVRIL 2020, 17H59

Confinés dans nos maisons sombres et aux fenêtres mesquines, se doute-t-on de l’étrangeté parfois facétieuse qui passe là-haut loin au-dessus..?

nuages, 26 AVRIL 2020, 18h08

J’habite dans un quartier où on a tendu des portées sans notes de musique où courre de quoi regarder des nuages.. sur des écrans, des toiles sur lesquelles de grandes araignées allongées sur le dos et les pattes sous la tête coiffée d’un panama regardent admiratives le ciel en rêvant aux nids cotonneux qu’elles feront une fois qu’elles auront siffler à la paille toute leur orangina.

nuages, 26 AVRIL 2020, 18h10

nuages, 26 AVRIL 2020, 18h17

Bd Oscar Leroux, 1er mai 2020, 12h53

Les plantes aussi rêvent de prendre de la hauteur et tendent leurs tiges vers le ciel..

Et le ciel t’aidera !, la Binquenais, Rennes, 9 mai 2020

Quand des tensions se sont accumulées pendant plusieurs semaines de « confinement obligatoire » dans des appartements d’immeuble – tensions à l’intérieur et tensions avec des voisins  de plus en plus tendus -,  nous découvrons un phénomène – cependant déjà pressenti par Benjamin Franklin au milieu du XVIIIè s –  qui n’avait jamais été observé (et encore moins photographié) jusque-là  : il y a  » de l’électricité dans l’air » et cette accumulation finit par créer une tension suffisante – si personne ne « pète les plombs » avant – qui charge l’immeuble d’un potentiel électrique négatif global (PENG) qui atteint un niveau suffisant, dans des conditions atmosphériques précises, pour communiquer avec les tensions s’accumulant entre les nuages.

Voici le phénomène observé à la Tour de la Binquenais à Rennes (21 étages, 126 appartements, soit plus de 200 potentiels accumulateurs d’énergie – les habitants -) alors que les tensions s’accumulent aussi dans l’atmosphère..

tour de la binquenais, 9 mai 2020, 20h10

Il est 20h10 en ce samedi 9 mai du dernier week-end avant le fameux « déconfinement » ( le « jour d’avant »..) qui génère de l’impatience chez certains, de l’inquiétude chez d’autres, bref des tensions mentales.. Dans le ciel l’orage approche, les nuages se chargent de particules négatives et positives.

tour de la binquenais, 9 mai 2020, 21h07

1heure plus tard l’ambiance s’est sérieusement assombrie, alourdie.. La tour a un aspect de plus en plus dramatique..  et l’atmosphère est de plus en plus lourde.

tour de la binquenais, 9 mai 2020, 21h15

21h15 : le premier signe apparaît, assez haut et un peu timide..

tour de la binquenais, 9 mai 2020, 21h18

3 mn plus tard, le ciel se fâche tout rouge et laisse éclater sa tension.

Ensuite ce fut des détonations et des explosions  incessantes où les éclairs de lucidité furent rares..

tour de la binquenais, 9 mai 2020, 21h28

Voilà, vous savez (presque) tout sur l’origine des éclairs et que les colères du ciel sont en vibration avec celle des humains. Vide-toi et le ciel t’aidera !

Sous les applaudissements.., Rennes, avril 2020

Voilà déjà plus d’1 mois, et même 5 semaines je crois (mais le temps ne s’écoule plus de la même manière) qu’on est censés se confiner (quitte à se retrouver serrés dans des rayons de supermarché…). Et on le fait. L’immense majorité. Chaque soir, comme vous le savez, à 20h (je dirais entre 19h58 et 20h02 ici) quelques personnes convaincues et motivées – une toute petite minorité dans le quartier mais qui se fait entendre (qu’est-ce que serait si elles étaient plus nombreuses !..) – se mettent à leur fenêtre, sur leur balcon et leurs applaudissements sont d’autant plus audibles que la ville est devenue plus silencieuse. Quelques-uns tapent sur des ustensiles de cuisine et certains crient « merci » et finissent par « bonne soirée » , « à demain ! ». Le confinement a permis à certains de se rencontrer, à créer des liens. Ici c’est une configuration idéale : un triangle de 100 m de côté composé d’un EHPAD, une tour de logements et un grand immeuble. Entre ces éléments, des arbres  compliquent en partie la visibilité car les feuilles ont entretemps poussé. Donc s’il y a des gens qui applaudissent, le personnel de l’EHPAD peut entendre et les entrevoir et être aperçus d’eux.

Les 2 ou 3 premiers jours j’ai applaudi, sans me poser de questions. J’aimais ce mouvement collectif de communication (comme lors de victoires en foot), de solidarité, de reconnaissance. Mais quelque chose me gênait sans que je l’identifie vraiment : certains utilisaient le mot « héros », mais ces personnes ne faisaient « que » leur boulot, avec des moyens insuffisants (en nombre, en protections, en formation..) dont beaucoup réclamaient l’augmentation depuis longtemps, très longtemps parfois. Or dans les établissements publics ( ce que je connais le mieux) existent toutes sortes de dysfonctionnements : bien sûr le manque de personnel mais aussi tout ce qui relève de « la réalité humaine » et des défauts du management :  le déficit de reconnaissance – ou le sentiment de manque – en terme de salaire, de contrat, de formation, de perspective d’avenir.. principalement vis-à-vis des contractuel(les), ce qui favorise les fatigues, les démotivations et renforce les individualismes, les égoïsmes, le manque de conscience professionnelle, d’esprit  d’équipe, de sens des responsabilités .. Nombre d’articles de presse, de livres et de documentaires tv (qui en général ne creusent pas trop) et mon expérience professionnelle, m’ont fait mieux comprendre la situation. Cela troublait ma perception des applaudissements. Qu’est-ce qu’on applaudit ? Des dévouements, des courages, des sacrifices, voire des héroïsmes dans un système, un fonctionnement si critiquable ? Je pense que les applaudisseurs ne vont pas chercher midi à quatorze heures : ils disent aux personnes des EHPAD  » merci, malgré tous les défauts dans le système, d’être là, de tenir et de continuer à le faire ». Et c’est aussi pour eux un moment de partage avec des voisins qu’ils ne connaissaient pas forcément avant le confinement.

épidémie la binquenais 4, 25 avr 2020, 20h00

 

épidémie la binquenais, 24 avr 2020, 19h57-12

Je connais un peu A. (et M. et le chien). Je pense qu’A. est sensible aux difficultés des autres. Elle applaudit tous les soirs depuis le début.

En face, à l’EHPAD, 3 professionnels sont sortis. Un jour ils ont été plus nombreux à sortir pour répondre aux applaudissements, mais je ne les ai pas photographiés. Après que les applaudissements aient commencé il y a plusieurs semaines, un drap a été accroché sur lequel a été  écrit « merci de votre soutien ». Il y a 2 ans peut-être, ils avaient mis, en protestation du manque de moyens, une plus grande banderole « en grève »..

épidémie la binquenais 2, 24 avr 2020, 19h57-12

épidémie la binquenais 3, 24 avr 2020, 19h57-12

Nuages d’orage, Rennes, 17 avril 2020, soirée

Après une journée d’orage, le ciel s’est dégagé dans la soirée mais les orages continuaient vers le nord du département et donnèrent à voir de beaux nuages éclairés par le soleil couchant.

 

nuages d'orage, Rennes, 17 avril 2020, 20h59-22

20h59:22. En bas à gauche le clocher mutilé de l’église Ste Thérèse, sans sa flèche d’ardoises détruite par l’incendie du 31 juillet 2018. Au centre l’immeuble dit de la Sécurité Sociale.

nuages d'orage, Rennes, 17 avril 2020, 20h59-28

paréidolie : une tête, vue de gauche, une marquise (ou une comtesse..) à la perruque épaisse transformée en chien frisé genre caniche..( aurais-je de la fièvre ?)

nuages d'orage, Rennes, 17 avril 2020, 20h59-40

A l’est, le nuage que je comparais à un dodo (voir article précédent) tente de dessiner maintenant la Bretagne et une Manche bien large. Le Cotentin est éclairé et la Bretagne est une gargouille projetant sa tête de vampire aux courtes oreilles en avant.

les Ecotais, Rennes, 17 avril 2020, 21h25-56

Voilà, cette journée d’orage s’achève sur un ciel pur au-dessus de la ville. Les orages, venus du sud-ouest dans la journée, arrosent St Malo et la Manche. On dirait qu’il n’y a plus qu’un habitant dans l’immeuble, mais il reste une belle lueur (une fleur rosée de pissenlit électrique) d’espoir en ces temps de confinement.. (je dois avoir de la fièvre..)

Un orage sur Rennes, 17 avril 2020, fin de jour

Des nuages, et même des orages étaient annoncés. J’adore les orages, les tempêtes, les canicules, les grands gels, les pluies diluviennes.. tous les phénomènes météo extrêmes. Je sais, ce sont là propos de personne qui peut se mettre à l’abri, un toit, une voiture, des vêtements chauds ou imperméables.

De cet orage je n’ai pas tout photographié, loin de là. Pas capté d’éclairs spectaculaires – il y en a eu – malheureusement. Mais de beaux nuages. J’adore les nuages d’orage. Et les mots pour les nommer vont tellement bien ensemble n’est-ce pas ..

Le ciel s’est chargé peu à peu, l’air de rien, au cours de l’après-midi. Tout autour de la ville les grondements ont commencé à se faire entendre, toujours sublimes, toujours premiers comme les matins. En fin d’après-midi un nuage s’est ouvert et a lâché son seau d’eau.

orage, pluie, Rennes, 17 avril 2020, 18h

18h. L’eau tombe drue sur les toits des garages, remplit les gouttières, inonde les rues et déborde des caniveaux. La réalité habituelle n’est plus : elle est submergée ! Quel bonheur, quelle plaisir ! Néanmoins (j’adore ce mot étrange aussi. Néant moins.) pas facile de capter et donner des images de la pluie. Souvent, bien que dense, elle ne se voit pas assez à l’image. Autant elle est visible par nos yeux, autant elle se dérobe aisément à nos appareils de « prises de vues ». En vidéo le mouvement se voit mieux et son son – ? – son bruit est présent.

orage, pluie, Rennes, 17 avril 2020, 17h57

L’eau tombe sur les toits-terrasses, forme des bulles et des feux d’artifice liquides.

orage, pluie, Rennes, 17 avril 2020, 18h12

10 (12) mn plus tard, la pluie a cessé (d’être). l’orage poursuit sa route dans l’espace vers l’est. Le ciel bleu, éternel, naturel, immuable, toujours là est visible par une trouée, à l’ouest, dans les nuages de l’orage. Si on savait ! J’en ai pris conscience quand j’ai pris l’avion et que je voyais que notre pitoyable plancher des vaches était recouvert de nuages tandis que l’avion dans lequel je me trouvais errait dans un espace pur, vierge, sans élément perturbateur. Et j’étais alors fasciné,  et surpris, un peu dépité que les autres passagers ne regardent pas ce miracle. Des gens trouvent ça banal d’être à des milliers de mètres au-dessus de la terre et de pouvoir la contempler, comme s’ils étaient Icare..

orage, pluie, Rennes, 17 avril 2020, 18h16

18h26. L’orage est passé. Ses grondements, ses éclairs, toute cette eau ne nous concerne déjà plus, hélas ! le plaisir est passé. A l’ouest – d’où vient en général la pluie –  le soleil dans le ciel bleu éclaire magnifiquement la trainée de l’orage. Les toits des garages sont déjà, 20 mn après, presque secs (et « heureux » de la douche ? Les toits – a fortiori de garage – ont-ils une âme ?..)

orage après, Rennes, 17 avril 2020, 18h26

20h49. Ouf , l’orage n’a pas lancé sa foudre sur nous, l’eau n’a pas créé d’inondation, la vie suit son cours. Dîner. Après je vais jeter un œil à une fenêtre, par habitude de regarder le ciel, surtout quand il a été beau comme aujourd’hui. Je me dis que ce n’est pas possible qu’il ne reste rien de cette splendeur.. et voilà ce que je vois là-bas à l’est..

orage après, Rennes, 17 avril 2020, 20h49

(20h49:58) .. un vaisseau amiral, un grand solitaire, un égaré, un retardataire, un paumé, un marginal, une incongruité dans le firmament éclairée par le soleil couchant.. Vite sur le toit !

orage après, Rennes, 17 avril 2020, 20h50

20h50:10. Ayant vu cette splendeur, avant de monter, je jette un œil vers le nord, pour voir comment ça se présente.. Visiblement – c’est le cas de le dire – il y a des choses intéressantes aussi de ce côté-là : l’orage a laissé quelques beaux vestiges, à moins qu’une sorte d’arrière-garde revancharde ne traine en souhaitant voir le coucher du soleil.. (je n’y connais rien en nuages..)

orage après, Rennes, 17 avril 2020, 20h50-47

20h50:47. Je retourne côté jardin, parce que je n’en crois pas mes yeux (le photographe est un être fébrile. Après tout c’est fréquent en ce moment..), vérifier si la puissante splendeur aperçue tout à l’heure est toujours visible..

orage après, Rennes, 17 avril 2020, 20h51-34

21h51:34. Elle s’est fardée (et je lui ai tenu ses pinceaux..) , la splendeur, mais ce n’est pas pour me déplaire.

Vu du toit, ces 2 oreilles de Mickey prennent corps de cet oiseau disparu, le Dodo je crois, qui serait très ébouriffé. Le fantôme du Dodo en somme. J’ai vraiment des références culturelles déplorables.

orage après, Rennes, 17 avril 2020, 20h55-30

Au nord c’est fascinant aussi, car la bonne ville de Rennes est au premier plan.

orage après, Rennes, 17 avril 2020, 20h55-10

 

 

 

 

Configuration confinement, mars, avril 2020, Rennes

Comme tout le monde – ou quasiment tout le monde – je suis « confiné » (vaut mieux être un confiné qu’un con fini, mais sait-on jamais ?) chez moi et limite donc mes sorties. Regarder par les fenêtres devient une activité encore plus fréquente et, pourquoi pas, photographier ce qu’on voit par la fenêtre : les personnes qui passent, les voisins confinés qui sortent, les files d’attente devant les commerces.. Finis les grands espaces naturels, ouverts sur l’horizon. Place aux clichés confinés.

confinement, passant, mars 2020, 18h07

18 mars. Officiellement décrété le 17 mars, dès le 18 (et même avant) des personnes, plus prudentes ou plus inquiètes, car se pensant ou se sachant fragiles  (ou simplement pensant ou sachant être contagieuses), portent un masque. Leur nombre croitra. A un certain moment, le masque sera un objet rare. Pour le photographe de rues le masque est intéressant car en réduisant la qualité « identifiable » des visages, il réduit les risques liés au « droit à l’image », qui interdit de publier une photo de quelqu’un qui soit reconnaissable (c’est un peu plus compliqué que cela mais en gros c’est ça) sans son consentement écrit. L’un des problèmes autour du droit à l’image est, je trouve, qu’il ne précise pas vraiment « reconnaissable par qui ? ». En général (donc pas toujours) chacun peut se reconnaître sur une photo car chacun reconnaît ses propres vêtements et sait qu’il se trouvait à tel endroit à tel moment, mais le droit à l’image ne s’applique-t-il pas seulement si les personnes sont reconnaissables par d’autres.. qui, pour les re-connaître, doivent d’abord les connaître ?

confinement, jumelles rolleuses, 18 mars 2020, 18h07

En limitant notre liberté de mouvement, le confinement, « en même temps » (comme dirait l’autre), l’élargit ;  en vidant, presque, les rues de voitures, il la libère pour, par exemple, 2 petites filles qui remontent rapidement une rue en rollers, en pensant qu’elles sont davantage en sécurité, ce qui n’est qu’en partie vrai car le nombre d’automobilistes qui profitent des rues presque vides pour y rouler à grande vitesse, a augmenté. La sécurité pour les piétons est alors proche de l’illusion. On peut juste supposer qu’ils verront ou entendront arriver un véhicule plus facilement. La liberté est alors vraiment un sentiment, une sensation, pas forcément une réalité objective..

confinement,scooter, 24 mars 2020, 14h34

24 mars.

confinement, téléphone à la fenêtre, 8 avril 2020, 13h31

confinement, ennui, 9 avril 2020, 18h34

9 avril. On s’ennuie un peu quand même, mais il paraît que l’ennui favorise la réflexion et l’imagination..

confinement, bronzette, 25 mars 2020, 13h29

25 mars. S’il n’y avait pas eu le confinement, cette personne serait-elle allée profiter des premières chaleurs ensoleillées du printemps en dehors de chez elle, dans un parc, en terrasse ou à la plage ?

confinement, file d'attente, 4 avril 2020, 11h45

4 avril. Le choix d’aller dans tel ou tel commerce est individuel (ici une boucherie et, vu la morphologie des clients, la viande ne fait pas grossir). Le prix à payer – outre celui de ce qu’on va acheter – est l’attente dans une file plus ou moins longue selon le nombre de personnes et au dessin variable et un peu mystérieux. Sur cette place, la file part parfois partir sur la gauche, parfois sur la droite (jusqu’à l’immeuble du fond) et atteint vite une longueur impressionnante car les gens laissent beaucoup plus que le mètre recommandé – en France, aux USA c’est 6 feet, soit 1m80) entre eux.

confinement, square public, 5 avril 2020, 18h

5 avril, 18h. Quand on n’a pas de logement, ou qu’on ne veut (peut) pas y rester, il y a toujours un coin tranquille, plus ou moins à l’abri des regards (croit-on) où tuer le temps. Cet homme a passé toute l’après-midi dans ce square public, à ne rien faire de particulier, à part siroter et penser, sans doute..

J’ai appris plus tard que des personnes dormaient dans ce square.

confinement, jour de marché, 8 avril 2020, 9h05

8 avril. 9h05. Ne pas se lever tard car c’est jour de marché et que ses entrées  – pas seulement le nez et la bouche -sont filtrées et l’attente, là aussi, plus ou moins longue..

confinement, emploi du temps, 9 avril 2020, 18h09

9 avril. Comment employer le temps ? Marcher dans des avenues désertées, jouer avec son enfant dans le moindre espace vert entre des bureaux.. ou leur faire faire leurs premiers tours de roues sur les trottoirs dégagés..

confinement, 1ers tours de roues, 9 avril 2020, 18h20

 

 

 

Fantômes de feu, église Ste Thérèse, Rennes, 31 juil.18

Mardi 31 juillet assez avancé dans la soirée l’un de mes fils me dit qu’il y a une odeur de brûlé. Je cherche du regard une fumée dans la cuisine.. rien, mais ça sent, c’est sûr, un peu comme quand l’appartement d’un voisin à 50 m brûlait et que j’avais vu de la fumée passer devant mes fenêtres. Alors on regarde dehors et là on voit une énorme torche vers le collège Ste Thérèse, à 300 m. Je comprends que c’est l’église Ste Thérèse, derrière,  qui brûle. C’est déjà arrivé il y a plusieurs années. Je saisis mon appareil photo..
 
22h50, je trouve un point de vue plus élevé..
22h54, je suis témoin d’un drame mais je ne peux rien y faire, à part regarder et photographier car c’est impressionnant, spectaculaire. Une tour Eiffel incandescente. Dans cette nuit d’été calme, on n’entend que ce crépitement puissant. Je photographie du même point car je me dis que s’approcher de l’incendie ne me permettrait pas d’être mieux placé pour les photos. Là où je suis est à peu près à la même hauteur que le clocher qui crame.
23h, étrangement, je commence à voir des formes humaines de feu à la pointe du clocher et je me dis que ce sont comme des fantômes de feu.. Pensée bizarre sans doute, mais quand on commence à voir et à imaginer ces choses on ne voit plus que ça..
église ste thérèse, Rennes, 1er août 18, 23h11 (1 sur 1).jpgà 23h11, un buste, la tête couronnée d’un roi mérovingien barbu..

église ste thérèse, le dieu grec,  Rennes, 1er août 18, 23h (1 sur 1).jpg1 mn plus tard, la statue d’un athlète ou d’un Dieu grec..

église ste thérèse, la femme nue, Rennes, 1er août 18, 23h16 (1 sur 1)23h16, une femme moulée dans une robe longue qui se protège le visage de l’insupportable brûlure..
église ste thérèse, le jardinier,  Rennes, 1er août 18, 23h17 (1 sur 1).jpg23h17, le fantôme d’un jardinier..
23h20, ce qui est impressionnant c’est aussi le son de l’incendie, les crépitements se répercutant sur les murs de l’immeuble d’à côté, le choc sourd des poutres qui tombent.. Le clocher, qui brûle depuis plus d’une demi-heure, penche de plus en plus vers la gauche puis, en 2 secondes,  s’écroule..23h20:48, sa chute fait apparaître les arcs d’eau projetée par les pompiers – dont on distingue alors les projecteurs puis la grande échelle – et toute cette eau devient rouge sang..
23h20:49

23h20:51
10 mn plus tard, après la chute du clocher, sous l’arrosage continu le feu baissera d’intensité et je verrai une statue d’Angkor Vat à la tête casquée de feu étendant son bras gauche à l’horizontal. Que me dit-il ?
Le lendemain matin, bien que du même point de vue que la veille,  le spectacle inspire davantage la tristesse que l’imagination..

église ste thérèse, Rennes, 1er août 18, (1 sur 1).jpg

L’horloge est arrêtée à minuit 17, comme si elle avait fonctionné encore 1 heure après que le clocher soit tombé… ? A moins qu’elle n’était encore à l’heure d’hiver ?

église ste thérèse, Rennes, 1er août 18, 9h42 (1 sur 1)

J’ai été surpris par le peu de débris à l’extérieur de l’église, sur le parvis. Les arbustes ont à peine quelques feuilles roussies, mais il manque « ise Sa » au nom… Cette poutre calcinée au clou encore intacte m’apparaît alors comme un symbole..

église ste thérèse, Rennes, 1er août 18, 9h31 (1 sur 1)