Des arbres à l’aube et au crépuscule, Ille-et-Vilaine, nov/déc.2020

Enfant j’ai eu une période où je prenais plaisir à dessiner, branche après branche, des arbres. Et pour dessiner leurs branches il fallait qu’ils soient sans feuilles. Peut-être avais-je à la même époque découvert l’adjectif « dénudé » accolé au mot arbre. Cela avait dû me plaire car j’eus une période où je me mis à dessiner des arbres en hiver, donc « dénudés » de leurs feuilles . A y repenser j’avais dû recevoir un compliment pour avoir dit ou écrit « les arbres dénudés ». Je me souviens aussi avoir rencontré et aimé le mot – qui me paraissait aussi étrange et exotique – « panorama » et je l’utilisais dès que son emploi me paraissait justifié. Sans savoir quoi a précédé quoi, j’ai dû voir aussi à peu près dans la même période des reproductions de tableaux de Bruegel l’Ancien, ces scènes villageoises pleines de détails, dont des arbres en hiver, dénudés.. Je me demande dans quelle mesure cela a à voir avec mon intérêt pour la silhouette des arbres sans feuilles en hiver que j’ai photographiés ces jours récents, au cours desquels mon envie de nature est là.

Que faire, en termes de photos, dans cette période – ce second confinement qui sera probablement qu’un deuxième – que de tenter d’entrevoir la nature depuis ses fenêtres, puisque notre liberté de déplacement est entravée ?

22 nov. 8h10

Heureusement, l’aube, relativement tardive en cette saison, se révèle parfois consolatrice..

la Binquenais, 8 déc., 17h04

.. et les crépuscules – quel drôle de mot étrange – semblent vouloir ignorer l’hiver et être déjà des soirs de mars..

idem, 17h05

Aujourd’hui samedi – après l’autre samedi magique en forêt – le besoin et l’envie d’être dans la nature nous reprit et nous partîmes (je sais, le participe présent est à mesure que le temps passe de plus en plus passé.. d’usage et de mode) à la recherche du canal d’Ille-et-Rance (mission digne de Livingstone) que nous ne fîmes (je suis espiègle quand il s’agit d’utiliser le passé simple) qu’entrapercevoir mais, dans notre quête de pouvoir le longer à pieds avant la nuit, nous eûmes la chance, rare, de croiser, avant que le soleil ne disparaisse, les arbres, probablement les seuls, où les corneilles du coin avaient élu domicile pour la nuit venante.. Cette aventure exploratoire commença à la sortie de Betton, sur la route de Chevaigné..

entre Betton et Chevaigné soudain ( 16h08) la lumière se contrasta.
1 petite heure plus tard, sans avoir trouvé le canal, je retiens ce qui me semble être peut-être les derniers rayons du soleil de ce jour (16h57). C’était sans compter sur la faveur d’une colline et d’un sursis accordé au soleil rasant par les fantasques nuages..

La « culture » – qui vous vient au gré de la vie, dans la tête vous emplit de « connaissances » qui deviennent des « références » – permet de se sentir complices avec ceux qui les (re)connaissent et ça vous imprègne surtout de manière semble-t-il indélébile le cerveau. Donc ici, évidemment, je pense aux corbeaux d’un Van Gogh qui aurait vécu pas loin de Gauguin, non pas à Arles en été mais en Bretagne en hiver et, pour ce qui est des sons, les stars de la musique dite classique – dont le nom commence paradoxalement par une instance à ne pas faire de bruit, chutt..- sont convoqués par mes neurones imprégnés : Schumann, Schubert et Chopin.

entre Dingé et Feins, 12 déc., 17h04
17h04:45

Préséance, la maison du chocolatier aux soirs d’octobre, St Pierre-Lopérec, Locmariaquer

le 25 oct.10, à 18h08 ou 19h08 (je ne saurais garantir que le changement d’heure – été/hiver – ait été enregistré dans la mémoire de l’appareil. Ce fut en tous cas la 1ère fois que je la photographiais)
 » la maison du chocolatier ». C’est ainsi que je l’ai entendue nommée : j’avais entendu dire que c’était un chocolatier qui l’avait fait construire.

Le 25 octobre 2017… Le soleil, à cette heure et à cette date et de ce même point de vue, se reflète dans les fenêtres (ce qui est assez prévisible du fait de la réalité du déplacement des astres).

Soir d'octobre, la maison du chocolatier, 25 oct 10

Soir d'octobre, la maison du chocolatier 2, 25 oct 10.jpg
 
11 oct.20, 19h47. J’aurais beaucoup à dire et en même temps je devrais en dire si peu tellement ça peut, selon un certain point de vue, respectable, avoir si peu d’intérêt (mais décider de ce qui a de l’intérêt ou pas est un ancien et fort incertain débat). Prenons l’aspect « souvenirs personnels » et alors, sous cette généreuse licence, disons :  » arrivés dans des lieux qui nous semblaient « naturels » ayant un lien certes mais distants d’au moins 200 m avec quelques demeures fort anciennes – plus d’1 siècle – dont l’une était la demeure de la propriétaire du champ que l’on louait, on a pu se sentir les « 1ers hôtes » de cette dame et, cette dame toujours, nous faisant l’honneur de nous louer un été de plus puis un été de plus son champ, on a pu finir par se sentir un peu « du coin ». Aussi quand nous vîmes – et nous ne la vîmes pas puisqu’elle a peut-être été construite aux 3 autres saisons hors de l’été – cette maison et qu’une des tantes (Mimi) nous dit qu’elle était celle d’un chocolatier, ce chocolatier ne pouvait être pour moi en tous cas que  » de Paris » pour pouvoir faire construire une telle maison à un tel endroit, très près de la maison du Général de Boissieu. Bref, arrivés et acceptés – du moins le croyais-je – depuis peu dans le coin, un sentiment de, comment dit-on, « préséance » s’insinua en moi (j’ignore ce qu’il en était pour mes tantes).
Or il se trouve que nous découvrîmes l’existence de cette maison, un été, à la place du champ de vaches.

Je pense que je la trouvai de bon goût, dans la tradition, bien que si récente. Elle avait l’air d’une maison traditionnelle, comme une ferme, une longère, mais elle n’avait pas cette légitimité-là : c’était une maison de vacances, puisque parisienne. La nommer « maison du chocolatier » introduisait une dimension inattendue et bienvenue pour combler un questionnement informulé : mais qu’est-ce que c’est que cette maison nouvelle arrivée là ? Qui y habite, à qui appartient-elle ?

Elle m’avait, je crois me souvenir, plu dès le début : elle était comme les maison anciennes – simple : pas d’étage – et en même temps était toute neuve, avec certainement tout le confort moderne (lave-vaisselle, eau chaude courante, téléphone..). Aussi je trainais parfois devant son muret de jardin mais n’y vit aucune personne susceptible d’attirer mon attention, n’y vit jamais un homme pouvant être « le chocolatier », ce qui fait que cette maison est restée maison – pure réalité architecturale et matérielle – sans être pour moi associée à qui que ce soit, un élément du décor suffisamment réussi pour être acceptable, et ce ne fut que bien plus tard que j’appris, lors d’un concours de photo organisé par l’association de sauvegarde de la chapelle, que la présidente du jury y habitait et que le jour où ma tante y était allée pour récupérer le tirage de ma photo sélectionnée elle y avait entrevue en pleine après-midi un homme qui visiblement buvait du whisky..

Je n’ai lu « que » peut-être les 200 premières pages de « du Côté de chez Swann » (qui est il me semble le début de ce qui constituera, une fois le tout écrit, l’œuvre rendue fameuse par quelques-uns, de Marcel Proust et que beaucoup nomment « la Recherche » et qui est, officiellement, (à) la Recherche du temps perdu ») mais j’ai lu, bien avant, plusieurs livres de Claude Simon et je me demande si je n’y ai pas attrapé un élément rythmique..

Quitter la plage, Locmariaquer, juillet 2020

La plage, on l’a souhaitée, on y est allés, on y a passé un bon moment, mais il faut bien en repartir.. (j’ai déjà dormi, contraint de le faire, sur une plage, et ça n’a pas été – bien qu’en été – très agréable : le sable sans le soleil devient vite froid).

Quand on sait qu’on pourra y revenir quand on voudra, dès le lendemain ou dans peu de temps, ça va, mais quand on sait que ce ne sera peut-être pas avant les prochaines vacances d’été à la mer, on a un pincement au cœur..

Le chien aimerait visiblement bien resté encore un peu..
.. enfin, ça dépend des chiens..
La plage devient déjà un souvenir flou..
.. c’est comme si, après l’ample espace de la plage et les largesses de l’horizon océanique, on était happés par une épaisseur touffue se refermant sur nous, nous bouchant les perspectives..
.. en plus il faut remonter la pente qui, à l’aller, nous avait fait courir vers la mer.. Je sais que j’avais cette sensation, cette émotion et ce sentiment dans mon enfance : on allait « à la Grande plage », et non « dans la Baie », juste devant le champ où on campait, de l’autre côté de cette dune. On marchait vers la dune : une colline. On grimpait. C’était un peu difficile mais on était légers et nos petits muscles étaient efficaces pour ce qu’on avait à faire. On arrivait en haut et ce n’était alors pas une émotion visuelle mais physique car tout de suite je dévalais la pente les pieds nus dans le sable si vite que je ne contrôlais plus trop et on atterrissait en un grand saut qui nous plantait jusqu’au haut de nos tibias minces les jambes dans le sable chaud. Il est possible qu’un cri d’exaltation était poussé vers la fin de cette cavalcade. Depuis, ce chemin de sable existant toujours, c’est celui que de préférence j’emprunte, avec parcimonie, de crainte que de réveiller ce souvenir si vivant en moi ne le sorte dangereusement de la gangue peut-être mythifiée des étés de mon enfance et ne fasse battre mon cœur trop vite.
Les sacs sont un peu plus lourds à porter, et ça n’est pas seulement parce que les serviettes de plage sont humides..
Heureusement l’été n’est pas encore fini, mais les vacances à la mer peut-être que si.. Le bitume remplace déjà le sable.. On découvre, sans le savoir donc malgré nous, ce qu’on nomme la nostalgie, qui est d’un lieu mais aussi d’un temps.
Il faut être solidaires, continuer à mettre un pied devant l’autre, se donner la main et ne pas trop se tourner vers le passé.. ( donc vers la gauche, pour je ne sais quelle raison. Sens de notre écriture française de gauche à droite ?)
.. voire se tenir bien droit, comme toujours, et aller de l’avant ( donc vers la droite )
Il y en a qui ne La quittent que contraints et forcés, qui pleurent toute leur tristesse..
Mieux vaut la quitter qu’avec le jour qui finit – on l’aura connue aussi avec cette lumière là qui la caresse si bien – fatigués de la journée, pour que la nuit bien vite nous fasse passer à autre chose le lendemain..
.. et qu’on se fonde dans un autre décor..

Nuages d’orage, Rennes, 17 avril 2020, soirée

Après une journée d’orage, le ciel s’est dégagé dans la soirée mais les orages continuaient vers le nord du département et donnèrent à voir de beaux nuages éclairés par le soleil couchant.

 

nuages d'orage, Rennes, 17 avril 2020, 20h59-22

20h59:22. En bas à gauche le clocher mutilé de l’église Ste Thérèse, sans sa flèche d’ardoises détruite par l’incendie du 31 juillet 2018. Au centre l’immeuble dit de la Sécurité Sociale.

nuages d'orage, Rennes, 17 avril 2020, 20h59-28

paréidolie : une tête, vue de gauche, une marquise (ou une comtesse..) à la perruque épaisse transformée en chien frisé genre caniche..( aurais-je de la fièvre ?)

nuages d'orage, Rennes, 17 avril 2020, 20h59-40

A l’est, le nuage que je comparais à un dodo (voir article précédent) tente de dessiner maintenant la Bretagne et une Manche bien large. Le Cotentin est éclairé et la Bretagne est une gargouille projetant sa tête de vampire aux courtes oreilles en avant.

les Ecotais, Rennes, 17 avril 2020, 21h25-56

Voilà, cette journée d’orage s’achève sur un ciel pur au-dessus de la ville. Les orages, venus du sud-ouest dans la journée, arrosent St Malo et la Manche. On dirait qu’il n’y a plus qu’un habitant dans l’immeuble, mais il reste une belle lueur (une fleur rosée de pissenlit électrique) d’espoir en ces temps de confinement.. (je dois avoir de la fièvre..)

Préséance, la maison du chocolatier aux soirs d’octobre, St Pierre-Lopérec, Locmariaquer

le 25 oct.10, à 18h08 ou 19h08 (je ne saurais garantir que le changement d’heure – été/hiver – ait été enregistré dans la mémoire de l’appareil. Ce fut en tous cas la 1ère fois que je la photographiais)
 » la maison du chocolatier ». C’est ainsi que je l’ai entendue nommée : j’avais entendu dire que c’était un chocolatier qui l’avait fait construire.

Le 25 octobre 2017… Le soleil, à cette heure et à cette date et de ce même point de vue, se reflète dans les fenêtres (ce qui est assez prévisible du fait de la réalité du déplacement des astres).

Soir d'octobre, la maison du chocolatier, 25 oct 10

 

Soir d'octobre, la maison du chocolatier 2, 25 oct 10.jpg
 
11 oct.20, 19h47. J’aurais beaucoup à dire et en même temps je devrais en dire si peu tellement ça peut, selon un certain point de vue, respectable, avoir si peu d’intérêt (mais décider de ce qui a de l’intérêt ou pas est un ancien et fort incertain débat). Prenons l’aspect « souvenirs personnels » et alors, sous cette généreuse licence, disons :  » arrivés dans des lieux qui nous semblaient « naturels » ayant un lien certes mais distants d’au moins 200 m avec quelques demeures fort anciennes – plus d’1 siècle – dont l’une était la demeure de la propriétaire du champ que l’on louait, on a pu se sentir les « 1ers hôtes » de cette dame et, cette dame toujours, nous faisant l’honneur de nous louer un été de plus puis un été de plus son champ, on a pu finir par se sentir un peu « du coin ». Aussi quand nous vîmes – et nous ne la vîmes pas puisqu’elle a peut-être été construite aux 3 autres saisons hors de l’été – cette maison et qu’une des tantes (Mimi) nous dit qu’elle était celle d’un chocolatier, ce chocolatier ne pouvait être pour moi en tous cas que  » de Paris » pour pouvoir faire construire une telle maison à un tel endroit, très près de la maison du Général de Boissieu. Bref, arrivés et acceptés – du moins le croyais-je – depuis peu dans le coin, un sentiment de, comment dit-on, « préséance » s’insinua en moi (j’ignore ce qu’il en était pour mes tantes).
Or il se trouve que nous découvrîmes l’existence de cette maison, un été, à la place du champ de vaches.

Je pense que je la trouvai de bon goût, dans la tradition, bien que si récente. Elle avait l’air d’une maison traditionnelle, comme une ferme, une longère, mais elle n’avait pas cette légitimité-là : c’était une maison de vacances, puisque parisienne. La nommer « maison du chocolatier » introduisait une dimension inattendue et bienvenue pour combler un questionnement informulé : mais qu’est-ce que c’est que cette maison nouvelle arrivée là ? Qui y habite, à qui appartient-elle ?

Elle m’avait, je crois me souvenir, plu dès le début : elle était comme les maison anciennes – simple : pas d’étage – et en même temps était toute neuve, avec certainement tout le confort moderne (lave-vaisselle, eau chaude courante, téléphone..). Aussi je trainais parfois devant son muret de jardin mais n’y vit aucune personne susceptible d’attirer mon attention, n’y vit jamais un homme pouvant être « le chocolatier », ce qui fait que cette maison est restée maison – pure réalité architecturale et matérielle – sans être pour moi associée à qui que ce soit, un élément du décor suffisamment réussi pour être acceptable, et ce ne fut que bien plus tard que j’appris, lors d’un concours de photo organisé par l’association de sauvegarde de la chapelle, que la présidente du jury y habitait et que le jour où ma tante y était allée pour récupérer le tirage de ma photo sélectionnée elle y avait entrevue en pleine après-midi un homme qui visiblement buvait du whisky..

Je n’ai lu « que » peut-être les 200 premières pages du Côté de chez Swann » ( qui est il me semble le début de ce qui constituera, une fois le tout écrit, l’œuvre rendue fameuse par quelques-uns, de Marcel Proust et que beaucoup nomment « la Recherche » et qui est, officiellement, (à) la Recherche du temps perdu », mais j’ai lu, bien avant, plusieurs livres de Claude Simon et je me demande si je n’y ai pas attrapé un élément rythmique..

la Baie de Quiberon by William Turner, 3 mars 18, 18h56/57

La Baie de Quiberon et W. Turner 3, 3 mars 18
La Baie de Quiberon et W. Turner 2, 3 mars 18
Coucher de soleil Dürerien (2), Fort de Penthièvre, 3 mars 18 (1 sur 1).jpg
On ne sait jamais comment va disparaître le soleil au delà de l’horizon. Parti 2 heures avant son coucher je n’aurais pas parié qu’il eût fini ainsi, brouillé. J’avais quitté le bord de mer où j’avais photographié pendant plus d’1 h car je me disais qu’on ne verrait pas le soleil se coucher ce soir-là. Mais en roulant, je l’aperçus soudain qui réapparaissait sous l’épaisse couche de nuages et qu’il avait bien l’intention de nous faire un spectacle.. J’accélérai jusqu’à un point d’où j’espérais pouvoir le voir. J’arrivai un tantinet trop tard à mon goût, mais pas assez pour ne pas avoir le temps de faire 3 photos de son halo flou, vaporeux derrière la gaze nuageuse. Une mystérieuse lueur claire brillait sur le Fort de Penthièvre.