Côte de granit rose, été 2015

A l’été 2015, j’ai eu la chance de pouvoir être une dizaine de jours tout en haut au nord de cette petite excroissance de la côte nord de Bretagne qu’on appelle le Trégor, du côté de Trégastel et de Ploumanach et qui est assurément l’un des plus beaux coins de Bretagne.  J’avais fait une sorte de brochure – texte/images – paréidolique  (quand on voit des formes dans les nuages, les troncs d’arbres, les rochers..), ce qui n’est pas  original, je le concède,  car là-bas c’est un festival de têtes, de personnages ou d’objets dans les rochers. Or cette « brochure », que j’avais imprimé sur papier,  je ne la retrouve pas dans les méandres obscures de mon ordi.

ploumanach, 8 août 15, 18h12.jpgÎle Renote, Tregastel, 8 août 15, 18h23.jpg

Sur l’Île Renote – qui n’en est d’ailleurs pas (plus ?) une – à Trégastel. J’imagine comment j’aurais adoré, enfant, me perdre dans ces dédales escarpés.. Je vous laisse voir la gueule du cachalot, la tête de Voldemort, celle du vieux triste au nez pointu,  de la Grande Oie endormie et du canard au bec coupé…

Île Renote, Tregastel, 8 août 15, 18h26.jpgIci on touche au sublime, en termes d’équilibre, d’art éphémère-au-long-terme et de métaphore animale aquatique..

Île Renote, Tregastel, 8 août 15, 18h27.jpgÎle Renote, Tregastel, 8 août 15, 18h49.jpgÎle Renote, Tregastel, 8 août 15, 18h52.jpgTregastel, 18 août 15, 18h06 Tregastel, 18 août 15, 18h014.jpg Tregastel, 19 août 15, 14h49.jpg Trebeurden, 19 août 15, 14h52.jpg

 Trebeurden, 19 août 15, 14h56.jpg Trebeurden, 19 août 15, 15h12.jpg

 Trebeurden, 19 août 15, 15h22.jpgComment ne pas avoir envie de devenir sculpteur de granit quand on nait là-bas ? A défaut on peut se faire embaucher par les quelques carrières qui y subsistent mais ce n’est pas pareil de débiter des plaques qui seront poncées, polies pour devenir des pierres tombales. Autant le granit sculpté est magnifique, autant quand il est poli, rendu lisse et brillant je le trouve moche.

 

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Marée basse à St Guirec, Ploumanach (Côtes d’Armor), 22 août 15, 16h26/27/41

Marée basse à St Guirec. Les bateaux se sont posés sur la vase. Les hommes ne viennent pas les chercher pour les emmener en promenade ou en pêche. Les gens qui ne connaissent pas les marées sont souvent surpris de ce spectacle de bateaux dont on voit toute la coque. Dans un quart de journée, des hommes, principalement, embarqueront sur de petites embarcations – qu’on appelle « annexe » et dont l’immatriculation est « Axe » – dont la ligne de flottaison est souvent fort basse : plusieurs personnes se sont noyés ainsi, ici et ailleurs, et pour d’autres, sans l’intervention de « quelqu’un qui connait », il s’en est fallu de peu… Les 3/4 des noyades se font dans les ports, paraît-il. Si le parcours en annexe  se passe bien, quelques-uns de ces bateaux différents – chacun unique, sa personnalité, son sillage, sa silhouette – sortiront lentement du port par l’étroite passe et, suivant le milieu du canal de granit, s’aventureront, qui pour la pêche qui pour la promenade, sur la mer dont les vagues, même par temps calme, les attendent en roulant à la lisière de la pointe du phare de Men (ou Mean) Ruz. S’ils rentrent à la nuit, se guidant grâce au phare, mieux vaut avoir quelque compagnon à la proue pour guider le barreur…

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IMG_9157 ter (2).jpgL’Annexe sans complexe me laisse perplexe…

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Japon Breton, Pors Rolland, Ploumanach, 13 août 15, 14h14

Romantique, mystérieux, charmant… En réalité un bon grain d’été, une pluie drue et vaguement tiède qui nous a trempés, mon fils et moi, en quelques minutes… Les couleurs un tantinet poussées ici restent en deçà du ravissement ressenti là-bas. Sur cette côte, célèbre mais finalement courte, la nature a créé une œuvre sublime, impressionnante de beauté et de force, a composé par le liquide, le minéral et le végétal, des lieux d’une puissance esthétique unique. Les photographies ne peuvent pas encore et j’espère ne pourront jamais restituer en plus les odeurs ni les parfums.
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Men Ruz & Villa Regnard, Ploumanach, 11 août 15, 18h26/14

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Selon Wikipédia le nom du phare serait une « cacographie », c’est-à-dire un changement de nom dû à une incompréhension. Ici, le nom originel serait « mean ruz », « du nom d’un village voisin signifiant « paroisse des moines » ». Or point de village de ce nom dans les alentours et ruz signifie rouge… alors ? Une référence à l’Île aux Moines présente  au large ? Des « moines rouges » ?! « men ruz » signifie bien « pierre rouge » et est donc un nom  approprié au phare. Le français, pour qualifier le granit,  préfère « rose » à « rouge » cependant…En tous cas ce phare  a été achevé en 1947 et allumé en 48, remplaçant le joli phare maison de 1860 que l’armée nazi a fait sauter en 44 (comme nombre de phares), le 4 août (celui du « grand jardin » devant Dinard a été dynamité le 8). L’intérieur est habillé de mosaïques, faïences et carrelages des ateliers Odorico et Baudoux de Rennes. A droite se trouve la villa « park ar men ru » (le champ de la pierre rouge), construite en 1895 pour André Fortier-Maire, avocat à la cour d’Appel de Paris, agrandie par le docteur Paul Regnard, directeur de l’Institut Océanographique de Paris, maison habitée par la même famille depuis 4 générations (l’actuelle maison du littoral, plus à droite et non visible sur cette photo,  avait été construite aussi par un membre de cette famille). Paul Régnard, comme d’autres propriétaires de villas en bord de mer, avait empêché l’accès au littoral autour de sa villa, ici en l’occurrence l’accès au phare. Aujourd’hui, la situation est inverse : des promeneurs sans vergogne empiètent sur le terrain pourtant balisé de la villa… En tous cas, la maison comme le phare et comme toutes les constructions en pierre du pays, semblent émerger, naître,  pétris,  du sol même, s’y confondent, et c’est bien cette homogénéité qui fait la beauté de l’ensemble…