d’ici ou de passage.., Locmariaquer & la Trinité s/Mer, fin janv.21

Vanneau huppé, marais de Brennegi (Locmariaquer), 23 janv.21, 15h34. Première fois que j’en voyais un. Quelle élégance « grand siècle ».
aigrette garzette, Brennegi, 15h33. Sa blancheur perturbe toujours la mesure de l’exposition..
Huîtriers-pies le long de la plage de St Pierre. Toujours mes favoris: leurs cris le soir..
aigrette, 25 janv, pointe er hourèl, 10h09. En partant (l’aurais-je dérangée, de si loin ?) elle pousse son cri rauque de mécanique mal huilée..
Keranlay, 1er févr., 12h33
bernaches, Toul keun, 25 janv, 10h54. Le ruisseau de mer descendante qui vide le bassin du « trou du marais » (Toul Keun) est comme l’aéroport de Chicago, ça n’arrête pas : amerrissages, décollages..
31 janv., 10h29
spatule, saline de Kervillen (la Trinité s/Mer). Rare dans le coin quand même (la dernière fois – et c’était la 1ère fois pour moi – vue le 28 janvier 2017. Bref : la spatule peut être présente dans le coin fin janvier). Drôle d’oiseau : quel bec ! « Aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? » (Cyranno)
Ces sarcelles ont plutôt encore leur plumage d’hiver..
Bécasseaux variables, anse du men du, la trinité s/mer, 25 janv.21, 17h35
J’entends encore le klaxon de celle de droite.
17h53 : le soleil va dans quelques courtes minutes disparaître. Ce ballet dans la douceur du soir fut un beau spectacle, mais il faut rentrer car le couvre-feu est dans 5 mn !

Victor Hugo, Brennegi, Locmariaquer, 29 janv. 21

8h57. Ce manoir (cf mes autres articles), que j’appelle « le manoir rouge », je cherche encore à le voir et à le photographier depuis de nouveaux points de vue car il a encore beaucoup à me dire, parce qu’il peut exprimer beaucoup d’impressions différentes, parce qu’il peut résonner de multiples manières. Il recèle en lui encore d’autres mots. Bref, je sens qu’il n’a pas fini de nourrir mon imagination. J’ai fini, récemment, par trouver un nouveau point de vue, simple, facilement accessible, évident, devant lequel j’étais passé si souvent et où pourtant je ne m’étais pas arrêté. Donc en ce matin de janvier je me suis levé tôt (l’un des efforts du photographe) et j’y ai retrouvé Victor Hugo, l’immense Victor Hugo, sûrement parce que je l’ai lu ces dernières années et ai vu quelques-uns de ses lavis, encres et aquarelles.
9h01.
Les lieux ne sont ni inquiétants ni étranges, juste magiques, transfigurés par la lumière ocre de cette aube comme si les sables étaient vaporisés dans l’air, pas forcément ceux d’ici mais ceux de là-bas, du Sahara, car parfois les vents balayent le désert si puissamment qu’ils emportent les grains de ses peaux jusqu’au-dessus de nos contrées, jusqu’à voiler de ses nuées d’orient le soleil d’ici.
9h02. Ici, point de courbes souples de peupliers, point d’ondulations tendres mais les branches tordues de tamaris secs et la silhouette ébouriffée pas peignée des cyprès cassés ici et là par les coups de fouet salé des tempêtes. Victor Hugo l’aurait mieux (d)écrit et peint de lavis plus tourmentés.

Balade (presque) tranquille, Golfe du Morbihan, 27 janv.2021

Seul le Grand Huernic n’est pas coiffé de brume, devant les Sept Îles et er Runio

Cette balade en cette fin d’après-midi brumeuse de fin janvier était bien agréable : dans ce paysage nimbé de vapeur fraiche les sons étaient ouatés. Nous n’avions vu que 3 ostréiculteurs finissant leur journée. Cette petite maison, parmi d’autres, fait partie du paysage. Approche une femme, arrivant par la grève. Elle me demande de loin, sans dire bonjour, « vous faites des photos ? Vous prenez quoi ? ». Je lui réponds d’un geste ample encadrant largement le paysage. Elle dit, un peu plus fortement en passant devant moi à une dizaine de mètres : « Ne prenez pas ma maison en photo ! ». Surpris, je lui demande pourquoi. Elle : « ça vous plairait qu’on prenne votre maison en photo ? ». Je réponds « je crois que ça ne me dérangerait pas …si j’en avais une ». Et elle a continué vers cette maison qui était donc la sienne. L’intervention de cette femme est une fausse note dans ce moment de tranquille quiétude. C’est la seconde fois (et non pas la deuxième, ce qui supposerait qu’il y en ait une troisième) qu’on est apostrophés dans ce coin par des personnes plutôt hostiles. La 1ère fois c’était à côté, à Fetan Stirec, un type qui nous avait dit que là où on garait notre voiture un voisin garait en général la sienne. Depuis quelqu’un a mis, à l’entrée de cette impasse, un panneau routier artisanal : « demi-tour impossible » – ce qui est faux – histoire de décourager les « incursions ». Il y a au minimum une méfiance vis-à-vis du promeneur. Beaucoup de gens n’aiment pas que des « touristes » viennent là où ils vivent. Cela ne date pas d’aujourd’hui. Les expressions pour qualifier les touristes sont nombreuses : dans les années 60 c’était les « pattes jaunes » (en breton, pour ne pas qu’ils comprennent, en référence aux « bottes jaunes » qui étaient alors souvent portées par les visiteurs). Depuis les années 70 c’est « les parigots ». J’ai un cousin « germain » qui s’est fait un jour engueuler, pour une histoire de place de parking . La personne (une femme) lui dit :  » et en plus vous êtes 78 ! ». Mon cousin a un prénom breton et son nom est « le Breton », son père ayant quitté, comme beaucoup, sa campagne de centre-Bretagne dans les années 60 pour travailler dans la région parisienne.. Est-ce la trace actuelle d’une rancœur ancienne, plus ou moins transmise de générations en générations, qui vient du fait que la Bretagne a été au XIXe et début du XXe, colonisée, méprisée, dont la langue a été écrasée pour unifier la France, par le pouvoir français, c’est-à-dire, dans notre beau pays de France, Paris ? Je suis né à 40 km de Locmariaquer. Je n’y suis pour rien mais mes ancêtres vivaient dans la région de Lorient depuis au moins le XIXè siècle. Le vote pour le FN fait de bons scores sur la frange littorale du Morbihan. Cela ne s’explique pas seulement par le fait que Jean-Marie le Pen est natif de la Trinité s/Mer et y a encore une maison. .J’y viens régulièrement depuis plus de 50 ans. Beaucoup de gens en Bretagne vivent grâce à leurs « échanges » avec l’extérieur. Mais certains préféreraient que cet « extérieur » reste .. « à l’extérieur ». C’est un état d’esprit qui ne pense pas plus loin que le bout de son porte-monnaie, qui est d’ailleurs souvent largement rempli par une activité ayant besoin de clients pas seulement « locaux ». Cela illustre en partie un paradoxe qui n’est pas spécifiquement breton mais, en tant que « breton », que je trouve assez honteux. Cette dame est la propriétaire de cette maison juste au bord de l’eau – et qui sera peut-être submergée fréquemment dans 20 ans (la maison, pas la dame) comme la maison de mes grands-parents à 1,5 km de la sienne – trouve que je viens l’importuner et elle a raison : je l’importune et je poste une photo de sa maison. Elle trouve peut-être qu’il y a trop de gens qui, passant sur le sentier littoral qui s’est imposé là ces dernières années, regardent voire prennent en photo sa maison, ce qui est légal (s’il n’y a pas d’exploitation commerciale de l’image). Pourquoi ne veut-elle pas que des gens fassent des photos de sa maison ? Y a-t-il quelque chose à cacher ? Serait-ce un ancien bâtiment ostréicole qui ne devrait pas être une maison d’habitation ? Le système de traitement des eaux usées ne serait-il pas aux normes ? Non seulement cette personne – se sentant dérangée – m’a aussi un peu dérangé ce jour-là mais elle m’importune à nouveau car revoir cette photo a aussi brouillé l’article paisible et pacifique que je voulais faire.

16h45, Fetan Stirec (la fontaine étoilée)
Fetan Stirec, 16h53
17h07 : un ostréiculteur emmène ses huîtres d’un chantier à un autre (ou vers un autre de ses parcs)
17h18
kerouac’h (le village du ruisseau), 18h10

« Elle est retrouvée. Quoi ? – L’Eternité. C’est la mer allée Avec le soleil. »* Locmariaquer, la Trinité s/Mer, Carnac, fin janv.21

  • Rimbaud, L’Eternité, Derniers vers, mai 1872.
A peine de retour, les valises et les sacs dans la maison froide, direction la mer. Histoire de revoir avant la nuit ce qui a réveillé nos narines lors des dernières centaines de mètres sur la route : les algues sur les sables, les vases et dans l’eau, les plantes de la côte, celles qui poussent juste au bord, sur les dunes, entre les rochers : les armeries, les obiones, les cristes, les salicornes, très présentes ici..
Tout est à sa place : les plantes sur la dune, la mer derrière, la presqu’île posée sur l’horizon.
Malgré les coups de vent qui ont couché plusieurs arbres ou arraché des branches, le manoir est toujours sous les grands cyprès, et les oies Bernache Cravant sont au rendez-vous de leurs ballets.
Les rochers, en granit(e), sont bien sûr là. Ils sont là depuis.. Depuis ? Le « hercinien ». Cela ne vous dit rien ? À moi non plus. Depuis très très longtemps, c’est-à-dire entre 235 et 350 millions d’années.. 1000 ans je vois à peu près, c’est 10 siècles. 10 000 ans ça commence à faire beaucoup. 100 000 ans, c’est de la folie. Alors 1 million d’années..Impossible , en tous cas pour moi, d’imaginer ce que ça fait.. Mais les « rochers humains » (ici la tourelle « Bagen Hir »), construits il y a 1 minuscule petit siècle, sont là.
Les sillons éphémères dans les vases sableuses sont toujours là.
(la Trinité s/Mer) La mer, l’océan, sont aussi des absolus : leur beauté graphique nous éblouit, nous apaise, nous équilibre. Et nous espérons que l’inexorable déclin des rayons de l’Astre fasse naître des jaune, des orange et des ombres.
(pointe Churchill, pointe St Colomban. Entre ces 2 pointes, dans l’espace en creux à droite, aussi surprenant que cela m’a surpris, Carnac-plage. Et au dernier plan Penthièvre )

Un soir tranquille à Pointe-er-Vil.., 17 oct.20, Locmariaquer

Depuis ce temps, il y a 4 mois (nous sommes à la mi-février 2021, à l’aube d’un probable et insupportable reconfinement), je suis retourné là-bas et ai dans ma besace moult belles et bonnes images. Je veux cependant revenir à cet automne, cette période qui était « normale » – c’est-à-dire entre 2 confinements (décidément quel mot moche) – où nous pouvions, l’esprit à peu près tranquille (=sans crainte d’un contrôle) profiter du coucher du soleil, ce qui n’est plus légalement possible aujourd’hui que le « couvre-feu » – ce confinement qui ne dit pas son nom – est à 18h, c’est-à-dire avant le coucher du soleil.. C’était donc le samedi 17 octobre et l’air était calme, la mer haute et le ciel dégagé… Nous sommes sortis pour aller voir la mer au plus proche, là où on la voit quand on sort de la maison. C’est à 300 m et loin d’être la nature à l’état pur – zone ostréicole – mais c’est ainsi et on s’en contente volontiers..

[Les images sont placées dans l’ordre de la prise de vue]

En 3 minutes la lumière a déjà changé, a baissé d’intensité, s’est orangifiée..Un voilier rentre, remonte la « rivière » de St Philibert, doucement, vu l’absence de vent. Nous avons le temps de nous y intéresser de plus près tout à l’heure.
18h42
18h56
[Je sais que cette photo semble sortie d’une autre série, mais non, elle a bien été prise à 18h58, mais elle est sous-exposée d’environ 2 diaph’]
19h02. Cormoran Icare..
19h05
19h13. Nous ne verrons pas ce soir-là le soleil s’enfoncer dans l’horizon occupée par une bande nuages.

Préséance, la maison du chocolatier aux soirs d’octobre, St Pierre-Lopérec, Locmariaquer

le 25 oct.10, à 18h08 ou 19h08 (je ne saurais garantir que le changement d’heure – été/hiver – ait été enregistré dans la mémoire de l’appareil. Ce fut en tous cas la 1ère fois que je la photographiais)
 » la maison du chocolatier ». C’est ainsi que je l’ai entendue nommée : j’avais entendu dire que c’était un chocolatier qui l’avait fait construire.

Le 25 octobre 2017… Le soleil, à cette heure et à cette date et de ce même point de vue, se reflète dans les fenêtres (ce qui est assez prévisible du fait de la réalité du déplacement des astres).

Soir d'octobre, la maison du chocolatier, 25 oct 10

Soir d'octobre, la maison du chocolatier 2, 25 oct 10.jpg
 
11 oct.20, 19h47. J’aurais beaucoup à dire et en même temps je devrais en dire si peu tellement ça peut, selon un certain point de vue, respectable, avoir si peu d’intérêt (mais décider de ce qui a de l’intérêt ou pas est un ancien et fort incertain débat). Prenons l’aspect « souvenirs personnels » et alors, sous cette généreuse licence, disons :  » arrivés dans des lieux qui nous semblaient « naturels » ayant un lien certes mais distants d’au moins 200 m avec quelques demeures fort anciennes – plus d’1 siècle – dont l’une était la demeure de la propriétaire du champ que l’on louait, on a pu se sentir les « 1ers hôtes » de cette dame et, cette dame toujours, nous faisant l’honneur de nous louer un été de plus puis un été de plus son champ, on a pu finir par se sentir un peu « du coin ». Aussi quand nous vîmes – et nous ne la vîmes pas puisqu’elle a peut-être été construite aux 3 autres saisons hors de l’été – cette maison et qu’une des tantes (Mimi) nous dit qu’elle était celle d’un chocolatier, ce chocolatier ne pouvait être pour moi en tous cas que  » de Paris » pour pouvoir faire construire une telle maison à un tel endroit, très près de la maison du Général de Boissieu. Bref, arrivés et acceptés – du moins le croyais-je – depuis peu dans le coin, un sentiment de, comment dit-on, « préséance » s’insinua en moi (j’ignore ce qu’il en était pour mes tantes).
Or il se trouve que nous découvrîmes l’existence de cette maison, un été, à la place du champ de vaches.

Je pense que je la trouvai de bon goût, dans la tradition, bien que si récente. Elle avait l’air d’une maison traditionnelle, comme une ferme, une longère, mais elle n’avait pas cette légitimité-là : c’était une maison de vacances, puisque parisienne. La nommer « maison du chocolatier » introduisait une dimension inattendue et bienvenue pour combler un questionnement informulé : mais qu’est-ce que c’est que cette maison nouvelle arrivée là ? Qui y habite, à qui appartient-elle ?

Elle m’avait, je crois me souvenir, plu dès le début : elle était comme les maison anciennes – simple : pas d’étage – et en même temps était toute neuve, avec certainement tout le confort moderne (lave-vaisselle, eau chaude courante, téléphone..). Aussi je trainais parfois devant son muret de jardin mais n’y vit aucune personne susceptible d’attirer mon attention, n’y vit jamais un homme pouvant être « le chocolatier », ce qui fait que cette maison est restée maison – pure réalité architecturale et matérielle – sans être pour moi associée à qui que ce soit, un élément du décor suffisamment réussi pour être acceptable, et ce ne fut que bien plus tard que j’appris, lors d’un concours de photo organisé par l’association de sauvegarde de la chapelle, que la présidente du jury y habitait et que le jour où ma tante y était allée pour récupérer le tirage de ma photo sélectionnée elle y avait entrevue en pleine après-midi un homme qui visiblement buvait du whisky..

Je n’ai lu « que » peut-être les 200 premières pages de « du Côté de chez Swann » (qui est il me semble le début de ce qui constituera, une fois le tout écrit, l’œuvre rendue fameuse par quelques-uns, de Marcel Proust et que beaucoup nomment « la Recherche » et qui est, officiellement, (à) la Recherche du temps perdu ») mais j’ai lu, bien avant, plusieurs livres de Claude Simon et je me demande si je n’y ai pas attrapé un élément rythmique..

l’appel de la pêche, Locmariaquer, samedi 17 oct.2020

Ce samedi la marée était basse vers midi et son coefficient était de 112, ce qui est une très grande marée. La mer se retirait donc particulièrement loin, découvrant des rochers accessibles juste quelques jours par trimestre.. les pêcheurs à pieds étaient donc au rendez-vous et les crabes ne se doutaient probablement de rien..

10h24
10h42
11h12. Les pêcheurs à la ligne sont aussi présents, espérant pêcher les bars qui apprécient les zones de forts courants, or le Golfe qui se vide encore à cette heure est comme un fleuve puissant.
11h24. Qu’en pensent les ibis sacrés d’Egypte, les cormorans et les autres oiseaux ? Concurrence déloyale ?

Mise en lumière naturelle des parcs, Locmariaquer, 13 octobre 2020

8h13. J’arrive là où je pensais aller pour voir et tenter de faire de belles photos du lever du jour. Je ne suis pas le seul – mais presque – à avoir eu cette envie.
Le ciel orange se reflète dans les fenêtres du bâtiment de l’association Kaer e mem Bro où se trouve le matériel des embarcations traditionnelles.
En cette période se rapprochant des fêtes de fin d’année – où la consommation d’huîtres est la plus forte -des ouvriers ostréicoles ont commencé à travailler avant le lever du jour et quand le soleil apparaît ils sont déjà dans les parcs à détacher, secouer, retourner et sélectionner les poches à huîtres qu’il faut manipuler régulièrement pour détacher les huîtres entre elles, enlever les algues et favoriser leur croissance. Ce qui décide du travail à faire n’est ni la météo ni un horaire type 8h-17h, mais la marée dont l’horaire se décale d’environ une demi-heure chaque jour. Ce jour-là la marée basse ( petite marée de coefficient 51) était à 9h07. Environ 1h30 avant, la mer était encore suffisamment haute pour amener le bateau sur telle ou telle zone puis descendre et travailler debout dans l’eau. A 10h30 il fallait quitter les lieux. Plus les coefficients de marée sont élevés (au-dessus de 80 on parle de « vives eaux ») plus la mer se retire, découvrant les zones les plus éloignées de la côte. La zone de parc et de travail est donc organisée et déterminée par ce facteur-là.
Ça y est. la féerie du spectacle en couleurs est terminée : la palette a rejoint un improbable écrin. Les couleurs se sont déposées à la surface du miroir du bassin.

lever du jour, Locmariaquer, 23 juillet 2020

Tous les jours, ou presque, je me réveille vers 5h38, me lève et vais regarder dans un interstice du volet le ciel pour évaluer si cela vaut le coup de sortir faire des photos. Un matin, ce que je vis ne me fit pas hésiter.
On aurait dit qu’un gigantesque incendie embrasait le Golfe.
l’anse de Toul Keun est métamorphosée..
Moins de 10 minutes après que je sois parti je découvre plus vers l’est que le ciel y est sans nuages. Une toile harmonieusement dégradée orange se tend derrière Port-Navalo
Le soleil est maintenant bien au-dessus de l’horizon et la tonalité générale tourne au jaune.
Un vent d’ouest – imperceptible au sol – pousse vers l’est les nuages en altitude plus froide qui dessinent comme un Mont Fuji breton..
Les rayons du soleil réchauffent déjà les roches de la pointe Er hourèl.
La toile orange est devenue jaune. Je vois que certains ont été bien plus « matinaux » que moi et reviennent déjà de leur pêche nocturne.
Voilà, en une petite demi-heure les couleurs ont trouvé leur place : le bleu habituel du ciel s’installe et les jaune orangé du levant ne sont pas encore partis se coucher..
Au loin sur l’océan courbe le phare de la Teignouse accroche au passage comme une meringue tous les rayons qu’il peut, ..
Vers l’ouest le ciel est plus sombre derrière la silhouette du Fort de Penthièvre qui marque l’entrée de la presqu’île de Quiberon. Seuls un voilier heureusement rouge et une bouée-balise accrochent les rayons du soleil levant.

Paddle, paddle, paddle.., Locmariaquer, juin/juillet/oct. 2020

La pratique du stand-up paddle , par l’attitude calme et souvent élégante de ses adeptes et le fait qu’elle apprécie une mer d’huile, offre la possibilité de faire de belles images empruntes de sérénité et d’esthétisme.

Quitter la plage, Locmariaquer, juillet 2020

La plage, on l’a souhaitée, on y est allés, on y a passé un bon moment, mais il faut bien en repartir.. (j’ai déjà dormi, contraint de le faire, sur une plage, et ça n’a pas été – bien qu’en été – très agréable : le sable sans le soleil devient vite froid).

Quand on sait qu’on pourra y revenir quand on voudra, dès le lendemain ou dans peu de temps, ça va, mais quand on sait que ce ne sera peut-être pas avant les prochaines vacances d’été à la mer, on a un pincement au cœur..

Le chien aimerait visiblement bien resté encore un peu..
.. enfin, ça dépend des chiens..
La plage devient déjà un souvenir flou..
.. c’est comme si, après l’ample espace de la plage et les largesses de l’horizon océanique, on était happés par une épaisseur touffue se refermant sur nous, nous bouchant les perspectives..
.. en plus il faut remonter la pente qui, à l’aller, nous avait fait courir vers la mer.. Je sais que j’avais cette sensation, cette émotion et ce sentiment dans mon enfance : on allait « à la Grande plage », et non « dans la Baie », juste devant le champ où on campait, de l’autre côté de cette dune. On marchait vers la dune : une colline. On grimpait. C’était un peu difficile mais on était légers et nos petits muscles étaient efficaces pour ce qu’on avait à faire. On arrivait en haut et ce n’était alors pas une émotion visuelle mais physique car tout de suite je dévalais la pente les pieds nus dans le sable si vite que je ne contrôlais plus trop et on atterrissait en un grand saut qui nous plantait jusqu’au haut de nos tibias minces les jambes dans le sable chaud. Il est possible qu’un cri d’exaltation était poussé vers la fin de cette cavalcade. Depuis, ce chemin de sable existant toujours, c’est celui que de préférence j’emprunte, avec parcimonie, de crainte que de réveiller ce souvenir si vivant en moi ne le sorte dangereusement de la gangue peut-être mythifiée des étés de mon enfance et ne fasse battre mon cœur trop vite.
Les sacs sont un peu plus lourds à porter, et ça n’est pas seulement parce que les serviettes de plage sont humides..
Heureusement l’été n’est pas encore fini, mais les vacances à la mer peut-être que si.. Le bitume remplace déjà le sable.. On découvre, sans le savoir donc malgré nous, ce qu’on nomme la nostalgie, qui est d’un lieu mais aussi d’un temps.
Il faut être solidaires, continuer à mettre un pied devant l’autre, se donner la main et ne pas trop se tourner vers le passé.. ( donc vers la gauche, pour je ne sais quelle raison. Sens de notre écriture française de gauche à droite ?)
.. voire se tenir bien droit, comme toujours, et aller de l’avant ( donc vers la droite )
Il y en a qui ne La quittent que contraints et forcés, qui pleurent toute leur tristesse..
Mieux vaut la quitter qu’avec le jour qui finit – on l’aura connue aussi avec cette lumière là qui la caresse si bien – fatigués de la journée, pour que la nuit bien vite nous fasse passer à autre chose le lendemain..
.. et qu’on se fonde dans un autre décor..

A (ah!) la mer, à (ah!) la plage, Locmariaquer, Juin/Juillet 2020

On y arrive, on La voit enfin, presque toute entière.. on va enfin pouvoir La regarder, La contempler, tranquillement..

.. cette mer tant désirée.. qui nous apaise et élargit notre horizon..

.. à condition de n’être pas déjà épuisé(e) quand on y arrive enfin..
( image exceptionnelle du point de vue du bigorneau sur son rocher)
(« mince, elle est où l’horizon ?! »)
.. et bien sûr la première des choses à faire, après avoir jeté un oeil rapide, est de se prendre en photo..
Et si on ne se prend pas soi-même en photo on photographie les enfants (et je photographie ceux qui photographient..Qui me photographie photographiant ceux qui photographient ?!)
Mais il faut se dépêcher de photographier les enfants et les ados car ils sont venus à la plage pas vraiment pour se faire photographier..
.. mais pour se baigner, jouer, s’amuser dans la mer. Et il n’y a pas qu’eux !
Ici ce sont de grands enfants un peu fragiles et plutôt très sages.. qui trouvent l’eau un peu fraiche..
.. les enfants sont venus pour y faire des découvertes zétranges ze incongrues.. comme des perruques de Robert Plant en caoutchouc.. (à moins que ce soit celle de Roger Daltrey)..
.. ou parfois pour y faire des choses que certain(e)s adultes désapprouvent, voire interdisent. (« elle est où la limite, elle est où? » Finalement il ne la jettera pas aux pieds des femmes)
Mais les adultes aussi aiment aller dans la mer : ce sont après tout de plus ou moins anciens enfants..
.. le matin, avec le chien..
.. ou sans..
.. en couple..
.. ou seule et quel que soit le temps..
Dans ma série « Dupont & Dupond ».. (cf autres articles antérieurs)
.. ou Duponte et Duponde..
La femme sexagénaire se baigne par 3 et, comme la mouette rieuse, s’éloigne un peu du bord – où elle trouvait sa pitance – si elle voit s’approcher un pêcheur, même si celui-ci ne pêche pas la mouette rieuse..
Mais les enfants peuvent être aussi comme des grandes personnes et rester au bord de la mer sans presque pas y mettre leurs pieds..
.. s’essayer à l’archéologie sableuse..
.. peaufiner sa capacité à l’écoute, la patience.. et l’obéissance à (la jeune) grand-mère..
.. lancer de grands projets de construction en commun où la parité et l’égalité « femme/homme » vont de soi..
.. regarder les grandes personnes jouer avec leurs grands jouets..
.. faire des acrobaties que les grandes personnes ont parfois du mal à faire..

La plupart des grandes personnes ( surtout les femmes seules) semblent aimer marcher le long de la mer sur le sable..

Les grandes personnes aiment aussi marcher dans l’eau, longtemps, ce que font rarement spontanément les enfants.
De manière générale la mer semble plonger les gens, petits ou grands, dans une sorte de rêverie vaguement hypnotique..
« tiens, une punaise géante flottante. Technique locale de pêche ? »
Parfois on lui tourne le dos..
.. mais le bord de la mer génère aussi chez des gens des gestes, des postures, des attitudes parfois un peu mystérieuses, étranges, énigmatiques ..
.. comme celle qui consiste à regarder longtemps un écran plutôt que la mer..
.. ou de lancer un fil dans l’eau.. alors qu’on a prévu des côtelettes à midi..
.. ou de prendre des postures acrobatiques ..
.. d’imiter le papillon..
.. ou de tenter de se faire passer pour un zèbre..
.. de faire des gestes de salutation au soleil.. qui certes nous rend visible mais ne nous voit pas..
.. jusqu’à se croire dans sa salle à manger..
.. ou dans une salle de bains..
.. ou encore de lui jouer du cor de chasse.

C’est ça la plage, c’est tout ça et bien d’autres choses.