Aux confins de la confiance, 5 mai 2020

A quoi se raccrocher ? A quoi suspendre la confiance ? En cette période particulière où je sens que ma liberté est rognée, où l’on ne sait plus trop ce qu’on a droit de faire sans risquer un contrôle et une amende équivalente à 1 semaine de « courses » alimentaires ?

– Aux « fondamentaux », les choses immuables, et qui d’autre que la lune répond à cette définition ?

Elle était là, elle est là, elle sera là, toujours aussi belle et mystérieuse. « Comment ça tient en l’air ? » (Volutes, Alain Bashung).

2 soirs plus tard elle était censée être « superlune » mais dès le 5 elle était magnifique et ressemblait – ça doit être le début de la saison – à un magnifique et assez grand melon tacheté, car bio, charentais ou de Binas..

lune, la Binquenais, 5 mai 2020, 21h23-34

lune, la Binquenais, 5 mai 2020, 21h23

Qu’est-ce qu’elle est belle notre immuable. Désolé de me répéter mais elle me fascine, m’hypnotise. Plus je la regarde, plus je suis subjugué qu’elle soit là, visible par qui pense à la regarder.

lune, la Binquenais, 5 mai 2020, 21h23-22

images du confinement, 26 avril/ 5 mai 2020, Rennes

rue Bannetel, 26 AVRIL 2020, 9h49

Bien sûr ce genre d’image aurait pu être fait à en dehors de cette période. Il n’y a que la date de prise de vue qui prouve. Voir une personne seule dans une rue est juste plus facile. Ici le panneau STOP prend un sens un peu plus fort. La posture un peu lasse favorise une interprétation précise. On sait depuis longtemps qu’on peut faire dire à une image quelque chose et autre chose, voire le contraire.

place Bir-Hakeim, 5 mai 2020, 20h05

Les livreurs de pizza – qu’on dévore à pleines dents ! – arpentent régulièrement le quartier mais pendant le confinement ils ont été plus nombreux à tourner ( place Bir Hakeim, 5 mai, 20h10)

stade de la Binquenais, 5 mai 2020, 20h10

La notion de « distanciation sociale » (ou plus clairement,  physique) est toute relative dans certains lieux (stade de la Binquenais, 5 mai, 20h10).

bd de l'Yser, 26 AVRIL 2020, 17h54

Certains architectes n’ont pas pensé qu’il pouvait être utile de prévoir davantage de balcons.. (pour être honnête, il ne s’agit ici que de bouts de couloirs, les appartements ont des balcons plus grands..).

rue louis turban, 1er mai 2020, 12h45

Il n’y a pas que les gens qui sont confinés. Celle-ci est non seulement aussi confinée , mais comment pourrait-on dire..  Confettisée.. prête pour le prochain mariage autorisé..

Sous les applaudissements.., Rennes, avril 2020

Voilà déjà plus d’1 mois, et même 5 semaines je crois (mais le temps ne s’écoule plus de la même manière) qu’on est censés se confiner (quitte à se retrouver serrés dans des rayons de supermarché…). Et on le fait. L’immense majorité. Chaque soir, comme vous le savez, à 20h (je dirais entre 19h58 et 20h02 ici) quelques personnes convaincues et motivées – une toute petite minorité dans le quartier mais qui se fait entendre (qu’est-ce que serait si elles étaient plus nombreuses !..) – se mettent à leur fenêtre, sur leur balcon et leurs applaudissements sont d’autant plus audibles que la ville est devenue plus silencieuse. Quelques-uns tapent sur des ustensiles de cuisine et certains crient « merci » et finissent par « bonne soirée » , « à demain ! ». Le confinement a permis à certains de se rencontrer, à créer des liens. Ici c’est une configuration idéale : un triangle de 100 m de côté composé d’un EHPAD, une tour de logements et un grand immeuble. Entre ces éléments, des arbres  compliquent en partie la visibilité car les feuilles ont entretemps poussé. Donc s’il y a des gens qui applaudissent, le personnel de l’EHPAD peut entendre et les entrevoir et être aperçus d’eux.

Les 2 ou 3 premiers jours j’ai applaudi, sans me poser de questions. J’aimais ce mouvement collectif de communication (comme lors de victoires en foot), de solidarité, de reconnaissance. Mais quelque chose me gênait sans que je l’identifie vraiment : certains utilisaient le mot « héros », mais ces personnes ne faisaient « que » leur boulot, avec des moyens insuffisants (en nombre, en protections, en formation..) dont beaucoup réclamaient l’augmentation depuis longtemps, très longtemps parfois. Or dans les établissements publics ( ce que je connais le mieux) existent toutes sortes de dysfonctionnements : bien sûr le manque de personnel mais aussi tout ce qui relève de « la réalité humaine » et des défauts du management :  le déficit de reconnaissance – ou le sentiment de manque – en terme de salaire, de contrat, de formation, de perspective d’avenir.. principalement vis-à-vis des contractuel(les), ce qui favorise les fatigues, les démotivations et renforce les individualismes, les égoïsmes, le manque de conscience professionnelle, d’esprit  d’équipe, de sens des responsabilités .. Nombre d’articles de presse, de livres et de documentaires tv (qui en général ne creusent pas trop) et mon expérience professionnelle, m’ont fait mieux comprendre la situation. Cela troublait ma perception des applaudissements. Qu’est-ce qu’on applaudit ? Des dévouements, des courages, des sacrifices, voire des héroïsmes dans un système, un fonctionnement si critiquable ? Je pense que les applaudisseurs ne vont pas chercher midi à quatorze heures : ils disent aux personnes des EHPAD  » merci, malgré tous les défauts dans le système, d’être là, de tenir et de continuer à le faire ». Et c’est aussi pour eux un moment de partage avec des voisins qu’ils ne connaissaient pas forcément avant le confinement.

épidémie la binquenais 4, 25 avr 2020, 20h00

 

épidémie la binquenais, 24 avr 2020, 19h57-12

Je connais un peu A. (et M. et le chien). Je pense qu’A. est sensible aux difficultés des autres. Elle applaudit tous les soirs depuis le début.

En face, à l’EHPAD, 3 professionnels sont sortis. Un jour ils ont été plus nombreux à sortir pour répondre aux applaudissements, mais je ne les ai pas photographiés. Après que les applaudissements aient commencé il y a plusieurs semaines, un drap a été accroché sur lequel a été  écrit « merci de votre soutien ». Il y a 2 ans peut-être, ils avaient mis, en protestation du manque de moyens, une plus grande banderole « en grève »..

épidémie la binquenais 2, 24 avr 2020, 19h57-12

épidémie la binquenais 3, 24 avr 2020, 19h57-12

Configuration confinement, mars, avril 2020, Rennes

Comme tout le monde – ou quasiment tout le monde – je suis « confiné » (vaut mieux être un confiné qu’un con fini, mais sait-on jamais ?) chez moi et limite donc mes sorties. Regarder par les fenêtres devient une activité encore plus fréquente et, pourquoi pas, photographier ce qu’on voit par la fenêtre : les personnes qui passent, les voisins confinés qui sortent, les files d’attente devant les commerces.. Finis les grands espaces naturels, ouverts sur l’horizon. Place aux clichés confinés.

confinement, passant, mars 2020, 18h07

18 mars. Officiellement décrété le 17 mars, dès le 18 (et même avant) des personnes, plus prudentes ou plus inquiètes, car se pensant ou se sachant fragiles  (ou simplement pensant ou sachant être contagieuses), portent un masque. Leur nombre croitra. A un certain moment, le masque sera un objet rare. Pour le photographe de rues le masque est intéressant car en réduisant la qualité « identifiable » des visages, il réduit les risques liés au « droit à l’image », qui interdit de publier une photo de quelqu’un qui soit reconnaissable (c’est un peu plus compliqué que cela mais en gros c’est ça) sans son consentement écrit. L’un des problèmes autour du droit à l’image est, je trouve, qu’il ne précise pas vraiment « reconnaissable par qui ? ». En général (donc pas toujours) chacun peut se reconnaître sur une photo car chacun reconnaît ses propres vêtements et sait qu’il se trouvait à tel endroit à tel moment, mais le droit à l’image ne s’applique-t-il pas seulement si les personnes sont reconnaissables par d’autres.. qui, pour les re-connaître, doivent d’abord les connaître ?

confinement, jumelles rolleuses, 18 mars 2020, 18h07

En limitant notre liberté de mouvement, le confinement, « en même temps » (comme dirait l’autre), l’élargit ;  en vidant, presque, les rues de voitures, il la libère pour, par exemple, 2 petites filles qui remontent rapidement une rue en rollers, en pensant qu’elles sont davantage en sécurité, ce qui n’est qu’en partie vrai car le nombre d’automobilistes qui profitent des rues presque vides pour y rouler à grande vitesse, a augmenté. La sécurité pour les piétons est alors proche de l’illusion. On peut juste supposer qu’ils verront ou entendront arriver un véhicule plus facilement. La liberté est alors vraiment un sentiment, une sensation, pas forcément une réalité objective..

confinement,scooter, 24 mars 2020, 14h34

24 mars.

confinement, téléphone à la fenêtre, 8 avril 2020, 13h31

confinement, ennui, 9 avril 2020, 18h34

9 avril. On s’ennuie un peu quand même, mais il paraît que l’ennui favorise la réflexion et l’imagination..

confinement, bronzette, 25 mars 2020, 13h29

25 mars. S’il n’y avait pas eu le confinement, cette personne serait-elle allée profiter des premières chaleurs ensoleillées du printemps en dehors de chez elle, dans un parc, en terrasse ou à la plage ?

confinement, file d'attente, 4 avril 2020, 11h45

4 avril. Le choix d’aller dans tel ou tel commerce est individuel (ici une boucherie et, vu la morphologie des clients, la viande ne fait pas grossir). Le prix à payer – outre celui de ce qu’on va acheter – est l’attente dans une file plus ou moins longue selon le nombre de personnes et au dessin variable et un peu mystérieux. Sur cette place, la file part parfois partir sur la gauche, parfois sur la droite (jusqu’à l’immeuble du fond) et atteint vite une longueur impressionnante car les gens laissent beaucoup plus que le mètre recommandé – en France, aux USA c’est 6 feet, soit 1m80) entre eux.

confinement, square public, 5 avril 2020, 18h

5 avril, 18h. Quand on n’a pas de logement, ou qu’on ne veut (peut) pas y rester, il y a toujours un coin tranquille, plus ou moins à l’abri des regards (croit-on) où tuer le temps. Cet homme a passé toute l’après-midi dans ce square public, à ne rien faire de particulier, à part siroter et penser, sans doute..

J’ai appris plus tard que des personnes dormaient dans ce square.

confinement, jour de marché, 8 avril 2020, 9h05

8 avril. 9h05. Ne pas se lever tard car c’est jour de marché et que ses entrées  – pas seulement le nez et la bouche -sont filtrées et l’attente, là aussi, plus ou moins longue..

confinement, emploi du temps, 9 avril 2020, 18h09

9 avril. Comment employer le temps ? Marcher dans des avenues désertées, jouer avec son enfant dans le moindre espace vert entre des bureaux.. ou leur faire faire leurs premiers tours de roues sur les trottoirs dégagés..

confinement, 1ers tours de roues, 9 avril 2020, 18h20