Baie de Quiberon, vue de Pointe er Vil, 2 juin 21, 18h32

Je suis allé retrouver ma côte fin mai. J’y ai bien sûr fait des images. Certaines qui me vont. Juillet est déjà bien entamé et pourtant je n’ai toujours rien « posté », au bout de plus d’1 mois. Une sorte de difficulté, voire d’impossibilité à décider, à trouver une photo que je jugerais digne d’être exposée aux regards éventuels, et au mien quand je veux me faire ce plaisir. Une sorte de fatigue des lieux que j’arpente et photographie depuis des années et dont les quelques ceux qui consultent mon blog, en y étant abonné ou pas – vous qui lisez cela – ont fini par avoir une idée visuelle ? Je ne crois pas. Un cap que j’aurais franchi sans m’en rendre compte, moi qui n’arpente que la côte sans jamais monter sur un bateau.

Ces lieux que je regarde et photographie me conduisent à innover, à trouver des points de vue inédits (pour moi), à penser à des cadrages différents. La sélection des images me devient de plus en plus difficile : même si les lumières, les ciels de Bretagne sont magiquement variables, que les couleurs – de la mer, du sable.. – ne sont jamais les mêmes, vient un moment au bout d’un certain temps où le sentiment d’avoir déjà « fait » et montré telle ou telle image s’insinue. C’est cela la fatigue, le sentiment de répétition.

Le « lecteur », le regardeur, l’amateur d’image pourrait se dire alors « chouette, la sélection devient de plus en plus drastique, les images n’en seront que meilleures, la barre plus haute ». Pas sûr.

Mais pour ce jour je vous propose une première vue qui me plait, malgré qu’elle ait été faite depuis un lieux d’où j’ai déjà poser mes yeux. Les sables y étaient roses saumon, la mer métallique, le ciel un tantinet wagnérien, hollywoodien (qualifiez-le avec vos mots). Le rocher de Men er Beleg (ou « la pierre du Curé – du prêtre », ou, selon l’auto-proclamé « gardien des parcs », « le rocher des Naufragés » ou, selon une carte officielle, « le Grand Pelligo »..) y est bien à gauche et le voilier rentrant à la Trinité s/Mer est bien présent et cela fait une image qui plait à mon regard..

Tout ça pour ça ! ..

Premier crépuscule printanier sur la côte. Locmariaquer, 29/30 mars 21

Dès qu’on peut on file vers le sud. Vers ce havre d’espace et d’iode, d’horizon, de grand air. La dernière fois c’était fin janvier. Cette fois-ci nous étions partis – nous étions partants – a priori pour 10 jours mais cette personne « en responsabilité » a décidé qu’il fallait limiter les déplacements (mais que nous serions tolérés à rentrer à la fin du week-end de Pâques) et nous nous sommes adaptés, une fois de plus. Nous sommes restés un peu moins : 1 semaine. Le temps maussade revenu le jour du départ nous y a aidé. Et on est obéissants. Déjà avant, relativement, mais d’autant plus depuis 1 an. Obéissants, respectueux des uns et des autres et nous n’avons pas les moyens de prendre le risque de payer une amende de 135 €.

Après avoir installé nos affaires dans la maison, en fin d’après-midi, nous allons, impatients, « voir la mer », ou plutôt la revoir, voir si elle est toujours là (quelle idée !), si elle toujours aussi belle dans la lumière du soir, si aucun bouleversement ne nous l’aurait changé.. Ressourcement. Retour à la source. Et dès le lendemain nous retournerons – je retournerai – , poussé par un besoin fort, revoir les lieux chers, chaque portion de l’espace connu au long de ma vie. Telle portion du chemin, tel arbre, tels rochers, tel bout de plage de sable..

Au fond ces oiseaux que je croise et photographie un peu sont peut-être comme moi, finissent par reconnaître les lieux qu’ils fréquentent chaque jour, le glissant des roches, le piquant des dunes, la dureté des sables. C’est la mémoire de la plante des pieds (ou des pattes) et celle du cerveau transmise par les yeux.

L’eau mouvante forme des marches qui aussitôt disparaissent puis réapparaissent. Comment faire pour les gravir et tenter de partir en marchant sur l’eau ?
Les sables gorgés d’eau sont un miroir dont le tain lentement disparait..
Au 1er matin là-bas, des bourgeons de ce nouveau printemps nous rassuraient sur la continuité du temps. Etions-nous inquiets ?
Je les ai regardés pour la 1ère fois. J’ai découvert leur existence. Les interdictions qui nous sont faites de nous déplacer rendent les lieux, pourtant familiers, plus précieux et m’ont fait regarder différemment le simple bord du chemin; l’éventualité de ne pas pouvoir revoir tout cela change mon attention.
Je m’intéresse davantage aux petites choses.. Elles sont atteintes par bien des dangers, mais pas par ce virus..
Je continue à regarder et voir aussi, comme avant, tout ce qui est dans mon champ de vision, comme par exemple la silhouette d’un homme-à-ce-moment-là-pêcheur se fondant presque avec celle des rochers..
.. ou, comme une aigrette ou un cormoran, sa présence visible par quelques nuances de forme et de couleur d’avec l’environnement..
… ces nuances s’estompant proportionnellement au nombre d’individus en présence, convoitant par ces jours de grandes marées les êtres vivants près des rochers habituellement inaccessibles à pieds d’homme.
L’Homme – l’être humain – peut être dans le paysage, comme n’importe quel être vivant, mais mes yeux d’être humain l’identifient rapidement comme ici, non loin de Bagen Hir, comme n’étant ni un oiseau ni un rocher.
Dès le deuxième soir nous avons eu un ciel poudreux voilant un peu le soleil, ciel qui reviendra plusieurs jours de suite..
.. ciel tranquille et uniforme auquel le lent vol des hérons ajoute de la sérénité..
.. ou celui des goélands allant chaque soir vers l’est..
J’ai constaté que les oiseaux – comme ici des canards – vont vers l’est quand le soleil se couche, se dirigeant de fait vers les zones plus sombres qui seront les premières dans la nuit. Peut-être qu’ils quittent ici simplement les lieux de leur dernier repas du jour au fond de la Baie de St Philibert et rejoignent un lieu sûr pour passer la nuit, comme l’île de Méaban (mais je doute que ces canards y aillent) par exemple, qui offre le double avantage de n’être qu’à 3 km de la côte et où il est interdit depuis 1982 de descendre du 15 avril au 31 août.
Sur le chantier ostréicole, une amoureuse (son homme n’est pas loin) semble goûter aussi la quiétude de l’immobilité des éléments et de la lumière voliée..
Tapie dans l’épaisseur sombre des arbres, le manoir vide regarde les rouleaux de la mer descendante se former au milieu de la baie..
Le soleil disparaît derrière la presqu’île de St Philibert, laissant les parcs arborés accueillir la nuit qui les rafraichira de rosée pendant que les eaux de la Rivière continueront de glisser avec la marée descendante qui laissera la grève, les goémons et les huîtres retrouver l’air nocturne.

Un soir tranquille à Pointe-er-Vil.., 17 oct.20, Locmariaquer

Depuis ce temps, il y a 4 mois (nous sommes à la mi-février 2021, à l’aube d’un probable et insupportable reconfinement), je suis retourné là-bas et ai dans ma besace moult belles et bonnes images. Je veux cependant revenir à cet automne, cette période qui était « normale » – c’est-à-dire entre 2 confinements (décidément quel mot moche) – où nous pouvions, l’esprit à peu près tranquille (=sans crainte d’un contrôle) profiter du coucher du soleil, ce qui n’est plus légalement possible aujourd’hui que le « couvre-feu » – ce confinement qui ne dit pas son nom – est à 18h, c’est-à-dire avant le coucher du soleil.. C’était donc le samedi 17 octobre et l’air était calme, la mer haute et le ciel dégagé… Nous sommes sortis pour aller voir la mer au plus proche, là où on la voit quand on sort de la maison. C’est à 300 m et loin d’être la nature à l’état pur – zone ostréicole – mais c’est ainsi et on s’en contente volontiers..

[Les images sont placées dans l’ordre de la prise de vue]

En 3 minutes la lumière a déjà changé, a baissé d’intensité, s’est orangifiée..Un voilier rentre, remonte la « rivière » de St Philibert, doucement, vu l’absence de vent. Nous avons le temps de nous y intéresser de plus près tout à l’heure.
18h42
18h56
[Je sais que cette photo semble sortie d’une autre série, mais non, elle a bien été prise à 18h58, mais elle est sous-exposée d’environ 2 diaph’]
19h02. Cormoran Icare..
19h05
19h13. Nous ne verrons pas ce soir-là le soleil s’enfoncer dans l’horizon occupée par une bande nuages.

Crépuscule sur la baie, St Philibert, 11 oct.20, 18h12/19h27

Tant de fois photographiée, mais ce soir-là l’éclairagiste était en forme. Sur les cartes ça s’appelle la Baie de Quiberon, qui est vaste; aussi on pourrait appeler cette partie baie de St Philibert car c’est l’estuaire de la « rivière » de St Philibert. Cette zone est située devant la plage et la pointe de Men er Bellec (la pierre du curé) et son rocher émergeant. Certains l’appellent le rocher des naufragés, vieille histoire dont j’ai parlé dans un autre article.

19h14
Sur la ligne d’horizon, l’isthme par lequel la presqu’île de Quiberon est (encore) liée au continent et la silhouette du fort de Penthièvre.

Paddle, paddle, paddle.., Locmariaquer, juin/juillet/oct. 2020

La pratique du stand-up paddle , par l’attitude calme et souvent élégante de ses adeptes et le fait qu’elle apprécie une mer d’huile, offre la possibilité de faire de belles images empruntes de sérénité et d’esthétisme.

La Baie Familière, Baie de Quiberon, 28 déc.18, après-midi

15h56
« familière » cette vue, « familier » ce paysage, car c’est depuis là, quand on revient à la maison familière et familiale, depuis cette petite plage qui est la plage la plus proche de la maison, celle où l’on va à pieds,  que l’on va retrouver la mer, la rivière et la baie de St Philibert s’ouvrant sur celle de Quiberon, à nos retours à Pointe er Vil, porté sur la petite route puis le chemin par ses odeurs, le parfum des algues, des vases et surtout celui des plantes du bord de mer, l’obione et la salicorne, et que l’on ne sait quelle lumière baignera la baie, quelles couleurs seront au rendez-vous et que, si l’on n’a pas consulté un horaire de marée, on ne sait si on reverra la large étendue des sables et des vases pierreuses sous les tables des parcs à huîtres ou l’étendue de l’eau salée ponctuée des cris des oiseaux toujours présents.
baie de st philibert, 28 déc 18, 16h56 (1 sur 1).jpg16h57

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« c’est un beau jour (de brume) pour mourir », St Pierre, 25 oct.17, 16h32/17h20

Connaissez-vous cette phrase que l’on entend dans le très bon film Little Big Man d’Arthur Penn ? Un vieil Indien la prononce et grimpe sur la montagne pour mourir.. mais la pluie le fera redescendre de ce rendez-vous manqué avec sa mort… Laissez-moi vous conter ma petite histoire.. En cette fin de journée qui a été nappée de brume, aller marcher sur la côte est séduisant. Le brouillard nimbe les lieux de son voile mystérieux.. et le soleil bas apporte enfin sa touche de lumière .

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Nous ne sommes pas seuls à marcher ainsi sur le rivage..

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Tout est transfiguré, différent, envoûtant.. Est-ce bien le jour ou sommes-nous sous une pleine lune ? Le temps est incertain, décalé.

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Un homme, une femme, marchent dans la baie de St Pierre (qui a les clefs du Paradis).. Ils ont un chien qui cavale dans tous les sens et je me dis « encore un chien qui risque de déranger les oiseaux »..

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Je vous passe les détails mais disons que, après avoir tancé ma femme qui a enfoncé ses chaussures dans la vase au lieu de marcher dans mes pas comme je le lui avais recommandé, fort de mon expérience de la baie, , je décide, moi qui ai des bottes en caoutchouc,  de couper à travers la baie où la mer monte, tranquillement mais sûrement..tandis que ma femme la contournera par la terre (ferme). Il n’y a dans la baie que ce couple. A un moment, croyant reconnaître ma femme (le jour et ma vue baissent) je fais des signes en direction d’une silhouette – qui ne répond pas –  que je crois être la sienne..

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Mes pas s’enfoncent de plus en plus dans la vase. J’ai bien du mal à avancer. Je décide de couper court à cette marche de plus en plus pénible en traversant un bras d’eau où la mer monte, pour remonter sur la terre ferme. Je suis d’autant plus surpris car d’un naturel optimiste quand d’un coup je ne peux plus sortir ma botte de la vase et que je dois tirer dessus pour continuer à avancer. Puis, alors que l’eau autour de mes bottes continue à monter, je ne peux plus bouger, ma jambe sort de la botte, je manque de m’affaler dans l’eau, mon appareil photo autour de mon cou se balançant au ras de celle-ci. Mon pied libre s’est enfoncé dans l’eau et la vase plus profondément encore. Je sens que hors des bottes point de salut… Mon Canon rase l’eau salée… Je commence à fatiguer à tenter de me sortir de cette vase qui semble de plus en plus ramollie… Je commence à avoir des pensées métaphysiques … Je fais signe au couple à 30 mètres que j’ai régulièrement regardé pour voir s’il me regardait. Je finis par leur dire que je suis en difficulté. L’homme viendra jusqu’à moi, me tendra une main secourable, que je prendrai et je m’en sortirai, assez essoufflé mais rassuré car je ne suis plus seul…Quelques jours après je chuterai de ton mon long dans les rochers, après avoir été survolé par un hélico de la sécurité civile.. Mais c’est une autre histoire.. ça n’était pas un beau jour pour mourir..

 

 

 

Perches, Baie de Quiberon, 17 sept.17

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quatamarran, 31 juil 11 (1 sur 1).jpg31 juil 11
IMG_6594De nombreuses perches de châtaignier, de 3 à 5 m de long, sont plantées dans la vase pour marquer les limites des tables des parcs à huîtres. Elles constituent autant d’obstacles, bénins, pour les embarcations qui tentent de les éviter pour ne pas abimer leur coque et les tables en fer sur lesquelles sont posées les poches à huîtres. Des filets de couleur correspondent aux différentes concessions. Des algues s’y accrochent. On en trouve régulièrement sur la côte, arrachées par les tempêtes. Il arrive qu’une mauvaise manœuvre fasse se heurter embarcations et perches. Une hélice qui heurte une table subit en général des dégâts.
Cela ne se voit pas mais ce superbe ketch – dont je cherche à lire le nom depuis 2 ans.. – a renversé plusieurs tables et a eu des dégâts mécaniques. IMG_6585.JPG

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