Image

La Valette, Auderville (Manche), 13 janv.16, 16h09

IMG_9433
Ni les couleurs ni le contraste n’ont été modifiés : la lumière perçue par mon cerveau était bien celle-la ! Car, vous le savez, beaucoup de photographies ont leur contraste, lumières, couleurs… modifiées par leur auteur, pour qu’elles soient davantage à leur goût… Je n’abuse pas de ce procédé, préférant que le résultat final soit relativement proche de la réalité perçue au moment de la prise de vue… mais la photographie reste une re-création du réel, ne serait-ce que par le cadrage… et, pour moi, une formidable récréation !
Image

Raz Blanchard, Manche, 13 janv.16, 10h27

IMG_9416
Les eaux de l’Atlantique se précipitent vers la Manche 2 fois par 24h, notamment en passant entre le continent et les îles de Molène et Ouessant dans le passage du Fromveur, puis elles poursuivent leur route jusqu’à s’approcher de la côte du département de la Manche : c’est la marée montante ou « le flot », dont on connaît la vitesse dans la baie plate du Mt St Michel, celle d’un « cheval au galop », dit-on en exagérant beaucoup… Les eaux salées remontent ensuite vers le nord et sont accélérées par la présence des îles anglo-normandes et la relative faible profondeur (~ 50 m) et quand elles passent entre la pointe du Cotentin et l’île d’Anderley (Aurigny), elles sont à leur maximum et cela donne un fleuve salé qui coule à parfois 10 voire 12 nœuds (plus de 20km/h), déjà une vitesse très honorable pour un bateau ! Ce matin là, le coefficient de marée était encore élevé : 95. La photo a été prise au moment de la pleine mer, quand celle-ci est censée être « à l’étale », c’est-à-dire calme… mais tout est hors normes au Raz Blanchard et le moment le plus « calme » est 3 h après la marée haute ! Donc au moment de la haute marée il y a énormément de courant !…La tourelle jaune au fond est celle de la Foraine, 10 m de haut, qui marque la limite du plateau rocheux. Elle est parfois presque entièrement recouverte par la hauteur d’eau aux forts coefficients et par la force du courant…C’est surprenant, fascinant et fabuleux de voir et d’écouter la force de ce courant ! On sent, on voit, une force inarrêtable, puissante et résolue, longer la côte qui paraît si basse – la mer semble gonflée et plus haute que la terre – où vous tenez vos pieds, comme renonçant au dernier moment à tout  emporter, y compris vous … « Ce n’est que partie remise ! C’est parce que je l’ai décidé !.. » semble t-elle gronder… Les marins ont nommé ce coin « le passage de la déroute »…
Image

Goury 6 : aube d’hiver, Manche, 13 janv.16, 8h49

IMG_9407 bis (2).jpg
Le Phare de la Hague, qu’on peut appeler « Goury », du nom du petit port où se trouve la station de sauvetage, frappe (en plus d’être visible du large bien sûr) toutes les 5 secondes de son éclair blanc les maisons des hameaux de la Roche et de la Valette, rappelant  autrefois sans cesse avec une régularité mécaniquement implacable aux « terriens », dans leur relatif confort à l’abri des éléments souvent rudes et parfois déchainés, que 2 hommes – leur fils, leur père, leur époux, leur amoureux etc. – vivaient  là dans le phare, à la fois proche et presque inaccessible, dans leurs pièces munies de 2 fenêtres tournées vers la terre et une cheminée, le leur rappelait donc 12 fois par minute nocturne…Le phare n’a plus de gardiens : Robert, Hubert et Lionel en sont partis en mai 1990. La portée maximale du phare est de 19 milles, soit environ 35 kms.
Image

Goury 4: portrait, Manche, 12 janv.16, 11h09

IMG_9392-001
Il semble surgir de la mer ! Ce phare est une splendeur et le résultat de prouesses, comme tous les phares de mer. Pour qu’un tel bâtiment existe en un tel lieu il a fallu beaucoup de volonté, d’efforts et d’ingéniosité.  Il paraît assez proche de la terre – d’où est pris le cliché – mais il est quand même à plus de 600 m du point de côte, sur un rocher nommé le Gros du Raz. De nombreux naufrages se produisant dans cette zone (jusqu’à 27 en 1833), les pêcheurs, les marins, réclamaient qu’on signale bien la zone, mais quand le projet d’un phare sur le rocher du Gros du Raz a été annoncé, la plupart des gens du coin dirent que la construction n’était pas possible, qu’on y renoncerait après la perte de nombreux hommes, qu’un phare serait leur tombeau… Pour obtenir que des ouvriers acceptent de tenter le chantier, l’ingénieur des Ponts & Chaussées chargé du projet, Charles-Félix Morice de la Rüe (polytechnicien de 28 ans qui conçut, juste avant, le phare de Gatteville, alors le plus haut d’Europe, plus de 70 m ) qui montre dans son rapport un souci constant de la sécurité et des conditions des ouvriers et des futurs gardiens,  fit construire sur le rocher une structure pyramidale en bois (4 pièces de 16 m de long) avec des étages, afin que les ouvriers puissent rester sur place, évitant ainsi les risques d’une traversée quotidienne. Cette structure fut achevée à la Toussaint 1834 et testée pendant l’hiver avant d’y installer les 25 ouvriers pressentis. Le  4 février 1835, un brick fit naufrage sur des rocs proches et son équipage trouva refuge dans la structure…mais cela ne suffit pas à rassurer les ouvriers  et l’ingénieur fit fixer, à côté de la pyramide, un mat de 15 m de haut pour servir de « hune de sauvetage »(un mat coiffé d’une plate-forme de refuge, un peu comme la hune d’un voilier)… La grue en bois (9  mètres de long) et  le système pour la fixer furent également impressionnants… A partir de 1834, des hommes – des granitiers – ont, 3 ans durant, découpé dans la roche de Dielette (20 kms plus au sud) des blocs de granit que des tailleurs de pierre ont taillés, puis d’autres hommes les ont transportés par la mer ou par la terre jusqu’à Goury, puis 12 hommes ont ramé sur des barques  à fond plat, construites spécialement, chargées de ces blocs que les ouvriers et 1 cheval actionnant un manège ont patiemment montés jusqu’à près de 50 mètres de haut et que les maçons ont admirablement assemblés. Ensuite, des générations de gardiens – jusqu’en 1990 – ont vécu dans ce phare pour en assurer chaque soir l’allumage, montant et descendant chaque jour les 200 marches ( 10 étages). Leur relative proximité avec la côte, sur laquelle ils pouvaient aisément voir les gens car les pièces de vie avaient 2 fenêtres vers la terre et non la mer (pour éviter le choc des vagues) – leur femme, leurs enfants… –  devait être à la fois rassurante et frustrante. 3 ans pour construire ce phare ! C’est un tour de force comparé à nombre d’autres phares, notamment ceux plus éloignés des côtes et sur des rochers plus étroits (La Jument : 7 ans.  Ar Men : 14 ans).