Sous les applaudissements.., Rennes, avril 2020

Voilà déjà plus d’1 mois, et même 5 semaines je crois (mais le temps ne s’écoule plus de la même manière) qu’on est censés se confiner (quitte à se retrouver serrés dans des rayons de supermarché…). Et on le fait. L’immense majorité. Chaque soir, comme vous le savez, à 20h (je dirais entre 19h58 et 20h02 ici) quelques personnes convaincues et motivées – une toute petite minorité dans le quartier mais qui se fait entendre (qu’est-ce que serait si elles étaient plus nombreuses !..) – se mettent à leur fenêtre, sur leur balcon et leurs applaudissements sont d’autant plus audibles que la ville est devenue plus silencieuse. Quelques-uns tapent sur des ustensiles de cuisine et certains crient « merci » et finissent par « bonne soirée » , « à demain ! ». Le confinement a permis à certains de se rencontrer, à créer des liens. Ici c’est une configuration idéale : un triangle de 100 m de côté composé d’un EHPAD, une tour de logements et un grand immeuble. Entre ces éléments, des arbres  compliquent en partie la visibilité car les feuilles ont entretemps poussé. Donc s’il y a des gens qui applaudissent, le personnel de l’EHPAD peut entendre et les entrevoir et être aperçus d’eux.

Les 2 ou 3 premiers jours j’ai applaudi, sans me poser de questions. J’aimais ce mouvement collectif de communication (comme lors de victoires en foot), de solidarité, de reconnaissance. Mais quelque chose me gênait sans que je l’identifie vraiment : certains utilisaient le mot « héros », mais ces personnes ne faisaient « que » leur boulot, avec des moyens insuffisants (en nombre, en protections, en formation..) dont beaucoup réclamaient l’augmentation depuis longtemps, très longtemps parfois. Or dans les établissements publics ( ce que je connais le mieux) existent toutes sortes de dysfonctionnements : bien sûr le manque de personnel mais aussi tout ce qui relève de « la réalité humaine » et des défauts du management :  le déficit de reconnaissance – ou le sentiment de manque – en terme de salaire, de contrat, de formation, de perspective d’avenir.. principalement vis-à-vis des contractuel(les), ce qui favorise les fatigues, les démotivations et renforce les individualismes, les égoïsmes, le manque de conscience professionnelle, d’esprit  d’équipe, de sens des responsabilités .. Nombre d’articles de presse, de livres et de documentaires tv (qui en général ne creusent pas trop) et mon expérience professionnelle, m’ont fait mieux comprendre la situation. Cela troublait ma perception des applaudissements. Qu’est-ce qu’on applaudit ? Des dévouements, des courages, des sacrifices, voire des héroïsmes dans un système, un fonctionnement si critiquable ? Je pense que les applaudisseurs ne vont pas chercher midi à quatorze heures : ils disent aux personnes des EHPAD « merci, malgré tous les défauts dans le système, d’être là, de tenir et de continuer à le faire ». Et c’est aussi pour eux un moment de partage avec des voisins qu’ils ne connaissaient pas forcément avant le confinement.

épidémie la binquenais 4, 25 avr 2020, 20h00

épidémie la binquenais, 24 avr 2020, 19h57-12

Je connais un peu A. (et M. et le chien). Je pense qu’A. est sensible aux difficultés des autres. Elle applaudit tous les soirs depuis le début.

En face, à l’EHPAD, 3 professionnels sont sortis. Un jour ils ont été plus nombreux à sortir pour répondre aux applaudissements, mais je ne les ai pas photographiés. Après que les applaudissements aient commencé il y a plusieurs semaines, un drap a été accroché sur lequel a été  écrit « merci de votre soutien ». Il y a 2 ans peut-être, ils avaient mis, en protestation du manque de moyens, une plus grande banderole « en grève »..

épidémie la binquenais 2, 24 avr 2020, 19h57-12

épidémie la binquenais 3, 24 avr 2020, 19h57-12

Configuration confinement, mars, avril 2020, Rennes

Comme tout le monde – ou quasiment tout le monde – je suis « confiné » (vaut mieux être un confiné qu’un con fini, mais sait-on jamais ?) chez moi et limite donc mes sorties. Regarder par les fenêtres devient une activité encore plus fréquente et, pourquoi pas, photographier ce qu’on voit par la fenêtre : les personnes qui passent, les voisins confinés qui sortent, les files d’attente devant les commerces.. Finis les grands espaces naturels, ouverts sur l’horizon. Place aux clichés confinés.

confinement, passant, mars 2020, 18h07

18 mars. Officiellement décrété le 17 mars, dès le 18 (et même avant) des personnes, plus prudentes ou plus inquiètes, car se pensant ou se sachant fragiles  (ou simplement pensant ou sachant être contagieuses), portent un masque. Leur nombre croitra. A un certain moment, le masque sera un objet rare. Pour le photographe de rues le masque est intéressant car en réduisant la qualité « identifiable » des visages, il réduit les risques liés au « droit à l’image », qui interdit de publier une photo de quelqu’un qui soit reconnaissable (c’est un peu plus compliqué que cela mais en gros c’est ça) sans son consentement écrit. L’un des problèmes autour du droit à l’image est, je trouve, qu’il ne précise pas vraiment « reconnaissable par qui ? ». En général (donc pas toujours) chacun peut se reconnaître sur une photo car chacun reconnaît ses propres vêtements et sait qu’il se trouvait à tel endroit à tel moment, mais le droit à l’image ne s’applique-t-il pas seulement si les personnes sont reconnaissables par d’autres.. qui, pour les re-connaître, doivent d’abord les connaître ?

confinement, jumelles rolleuses, 18 mars 2020, 18h07

En limitant notre liberté de mouvement, le confinement, « en même temps » (comme dirait l’autre), l’élargit ;  en vidant, presque, les rues de voitures, il la libère pour, par exemple, 2 petites filles qui remontent rapidement une rue en rollers, en pensant qu’elles sont davantage en sécurité, ce qui n’est qu’en partie vrai car le nombre d’automobilistes qui profitent des rues presque vides pour y rouler à grande vitesse, a augmenté. La sécurité pour les piétons est alors proche de l’illusion. On peut juste supposer qu’ils verront ou entendront arriver un véhicule plus facilement. La liberté est alors vraiment un sentiment, une sensation, pas forcément une réalité objective..

confinement,scooter, 24 mars 2020, 14h34

24 mars.

confinement, téléphone à la fenêtre, 8 avril 2020, 13h31

confinement, ennui, 9 avril 2020, 18h34

9 avril. On s’ennuie un peu quand même, mais il paraît que l’ennui favorise la réflexion et l’imagination..

confinement, bronzette, 25 mars 2020, 13h29

25 mars. S’il n’y avait pas eu le confinement, cette personne serait-elle allée profiter des premières chaleurs ensoleillées du printemps en dehors de chez elle, dans un parc, en terrasse ou à la plage ?

confinement, file d'attente, 4 avril 2020, 11h45

4 avril. Le choix d’aller dans tel ou tel commerce est individuel (ici une boucherie et, vu la morphologie des clients, la viande ne fait pas grossir). Le prix à payer – outre celui de ce qu’on va acheter – est l’attente dans une file plus ou moins longue selon le nombre de personnes et au dessin variable et un peu mystérieux. Sur cette place, la file part parfois sur la gauche, parfois sur la droite (jusqu’à l’immeuble du fond) et atteint vite une longueur impressionnante car les gens laissent beaucoup plus que le mètre recommandé – en France, aux USA c’est 6 feet, soit 1m80) entre eux.

confinement, square public, 5 avril 2020, 18h

5 avril, 18h. Quand on n’a pas de logement, ou qu’on ne veut (peut) pas y rester, il y a toujours un coin tranquille, plus ou moins à l’abri des regards (croit-on) où tuer le temps. Cet homme a passé toute l’après-midi dans ce square public, à ne rien faire de particulier, à part siroter et penser, sans doute..

J’ai appris plus tard que des personnes dormaient dans ce square.

confinement, jour de marché, 8 avril 2020, 9h05

8 avril. 9h05. Ne pas se lever tard car c’est jour de marché et que ses entrées  – pas seulement le nez et la bouche -sont filtrées et l’attente, là aussi, plus ou moins longue..

confinement, emploi du temps, 9 avril 2020, 18h09

9 avril. Comment employer le temps ? Marcher dans des avenues désertées, jouer avec son enfant dans le moindre espace vert entre des bureaux.. ou leur faire faire leurs premiers tours de roues sur les trottoirs dégagés..

confinement, 1ers tours de roues, 9 avril 2020, 18h20

un dimanche matin d’hiver dans le quartier Hoche/St Melaine, Rennes, 16 déc.18

rue de la palestine, rennes, 16 déc.18, 11h38 (1 sur 1).jpg

rue de la borderie, rennes, 16 déc.18, 11h14 (1 sur 1).jpgCette image demande une explication. Ce n’est pas la photo d’une voiture urbaine, moderne et bleue. Ou pas seulement. De la mousse à raser, bleue aussi, se trouve sur le rebord de cette fenêtre aux volets à moitié ouverts. Et alors ? La rue de la Borderie relie le « XVIè arrondissement » de Rennes – le quartier chic aux hôtels particuliers (certes aujourd’hui assez souvent divisés an appartements, chics aussi) – à l’une des entrées du Centre, à savoir la place Hoche. Or il se trouve qu’il a été décidé que des mineurs étrangers isolés sans papiers seraient retenus dans un « centre de rétention » et que celui-ci – une ancienne gendarmerie – a été situé là, au milieu du quartier chic de Rennes, en plein centre de la ville, d’où les barreaux aux fenêtres, car ce lieu est finalement un centre de détention et que certains mineurs étrangers sont, selon les dires d’une passante bourgeoise qui s’est fait un plaisir – ou un devoir ? – de nous expliquer cela, sans qu’on demande quoi que ce soit, sont « turbulents » voire « délinquants » et ont joué à répandre de la mousse à raser.. bleue.rue de la borderie, rennes, 16 déc.18, 11h10 (1 sur 1).jpg
Un peu plus bas – car elle descend légèrement – de la rue de la Borderie..
place hoche, rennes, 16 déc.18, 10h54 (1 sur 1).jpg
Sapin-cochon. Vous ne trouvez pas ?

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Scénettes du quai de la Houle, 20 nov.17, entre 16h30 et 17h

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C’est là entre les restos et les vendeuses d’huîtres que surgissent de la cale  les tracteurs trainant les bateaux et les charrettes chargées de poches d’huîtres.

 

la photo suivante a quelque chose de particulier, je l’ai « sentie », sans (sa)voir pourquoi cette scène m’attirait (c’est assez rare donc précieux), probablement  les 3 teintes, les ocres et les bleus, teintés de gris,  les horizontales et verticales qu’une partie du cerveau capte avant la zone de la conscience. Quand je l’ai regardée tranquillement après elle me plaisait encore plus car elle est composée d’éléments hétéroclites disposés d’une manière qui me semble harmonieuse : une longue-vue touristique capuchonnée de plastique bleu, un phare en granit, 2 dos d’homme en cuir noir, un buste en bronze de face, une barge boueuse, comme un mur,  en alu, une grosse roue de la même couleur et puis au loin, la mer d’un bleu pâle, étale, à elle-même égale..

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Midi, Nice, 27 juil. 2017

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11h55, attente du p’tit bonhomme vert
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11h56, attente  d’un bus
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12h00, sieste méridienne
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12h00, pause déjeuner but business as usual
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12h03, pause déjeuner
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12h07, pose photo
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12h13, fait chaud, grosse fatigue sur la Coulée Verte
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12h19, ça vient ces cartons ?
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12h33, fin de nuit et début de séjour
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12h36, fin du marché
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12h49, Russe blanc et noir américain
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13h00, j’ai les cartons & le peintre fatigué
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13h36, plus belle que moi tu meurs
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13h40, attente de clients
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13h45, rendez-vous devant la banque
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13h55, plus belle que moi 2
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13h55,Plus belle que moi 3
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14h34, plus beau que moi tu meurs

 

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Chacun son Poteau, Barcelone, 10 août 2011, 18h35

chacun son poteaux, barcelone,  août11 (1 sur 1).jpg
Dans un premier temps je n’avais pas retenu cette image – sympathique sans plus – jusqu’au jour où je m’aperçus que 2 des personnes semblaient tenir dans une de leur main un lampadaire et que le troisième avait une antenne qui semblait lui sortir de la tête, ce qui d’habitude est rédhibitoire mais qui là prenait un sens intéressant.. En fait cette photo est incroyable et aurait été difficile à réaliser volontairement.