Lyrisme des Vagues, St Valery-en-Caux, 23 déc.19, vers midi

Les incessantes vagues atteignent le rostre arrondi de la jetée nord et se divisent en 2. La moitié roule dans le chenal du port, l’autre longe l’autre quai et c’est elle que nous allons accompagner des yeux . Le volume de chaque vague divisé en 2, chaque moitié, loin de perdre sa force, sa puissance, son énergie, en se scindant donne naissance à 2 vagues semble-t-il encore plus fortes, épaulées par des sœurs.

La vague nouvelle se met à rouler le long des murailles, les débordant si elle voulait, lèche les pierres scellées d’un baiser en passant, poursuit sa roulade ondulante vers la promenade où elle se sait espérée,  collée aux parois minérales et s’appuyant sur elles.

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Elle se fait espérer, attendre, désirer et dans sa plénitude accomplie s’élève à l’instant de son attaque du brise-lame, et ce n’est pas sa fin – car elle s’en retournera en tirant une modeste révérence  – mais son apothéose cambrée dans le soleil blanc..

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Elle menace, promet des frissons glacés, se multiplie, vaporise son iode..

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.. se rapproche un peu plus à chaque élan et souffle son air de sel, progresse dans son numéro de danse de diamant..

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.. enfin s’élève un peu plus, s’ébroue contre le roc et inonde la scène des applaudissements frissonnants des spectateurs trempés.

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Modeste & élégant, St Valery-en-caux, 23 déc.19

Que dire de ce phare ? Qu’il est modeste, par sa hauteur, et élégant, par son architecture. Qu’il est vraiment du XIXè siècle car pas détruit par l’armée allemande en août 1944.. Qu’il est le feu tribord d’une entrée de port très étroite (30 m dans sa partie la moins large..) et pas simple à aborder..

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Prévenants ces Normands qui ont planté des piques anti-oiseaux au sommet de pieux en bois, matériau heureusement largement utilisé dans le coin (les estacades à Fécamp..). C’est toujours encore un peu un mystère pour moi le pourquoi de la lumière différente selon les régions. On est pas si loin de ma Bretagne et pourtant la « lumière », les couleurs, les teintes, me semblent différentes. Est-ce à cause des différences de longitude et de latitude, donc d’inclinaison des rayons de soleil ou cette lumière différente serait-elle une « vue de l’esprit » ? Pourtant il ne me semble pas que je verrais de tels pastels délicats, ténus, estompés en Bretagne, comme si le blanc, le clair des hautes falaises de craie diffusait la lumière sur la mer crémeuse comme un cappuccino à la crème entière de Normandie, à la manière d’immenses réflecteurs.. Boudin a dû réfléchir à cela, et peut-être écrire..

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Quant au feu (rouge ?) bâbord de l’entrée du port, je n’en ai jamais vu d’aussi minimaliste, épuré, presque « l’idée » d’un feu à la matérialité la plus absente possible..

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Le chenal artificiel est pourtant fort réduit et ondulant de mascarets à chaque vague différents. Il ne s’agit pas de le louper ni de faire le modeste en rasant les hauts murs de pierre. J’imagine que les bateaux rentrent tous en surfant.. St Valery-en-Caux, LE spot de surf normand ?

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Quelle belle idée aussi de ne planter aucun lampadaire sur la jetée, rien qui ne vienne interrompre sa longue horizontalité hormis la chandelle du phare planté au bout comme un but de promenade.. Verticalité des falaises gris-blanc, du phare, horizontalité de la jetée, ondulations liquides et mouvantes de l’eau verdâtre crêtée du blanc des écumes au soleil.. La beauté nait ici de complémentarités minimales..

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« la perle (rose orangé) du Pays de Caux », Veulettes s/Mer, 23 déc.19

Avant de remonter vers le nord, rapide descente proche de notre hébergement vers Veulettes s/Mer, surnommée « la perle du Pays de Caux », pour voir la centrale nucléaire du Paluel située juste (1,5 km) à côté. En fait on ne fera qu’apercevoir ses 4 dômes au-delà de ses clôtures et parkings car, de Veulettes on ne la verrait qu’en longeant la côte, ce qu’on n’a pas pris le temps de faire.

De Veulettes nous n’avons vu que le coin du Pont Rouge qui enjambe un large ruisseau qu’on est censé appelé « fleuve », ce que je ne fais toujours qu’avec réticence, où se trouvent 80 « cabanes » ( que j’ai trouvées plutôt moches donc pas photographiées) où des familles pauvres – pardon : « défavorisées », c’est le terme officiel – venaient, après guerre, profiter de la mer, à distance des belles demeures en dur de ce « fief » de la famille (« favorisée » ?) Servan-Schreiber ( Emile, fondateur des Echos de l’Exportation – devenus les Echos – qui l’a administrée de 47 à 67, suivi par son épouse Denise Brésard jusqu’en 83 ..). Y a-t-il eu une influence avec l’installation de la centrale à proximité ? Je n’ai pas trouvé Veulettes spécialement beau mais j’ai quand même trouvé une perle – si ce n’est « la » perle – rose orangé, dégonflée et en plastique..

Ps (mars 2020) : je ne savais pas encore – personne ne savait à cette date – que je venais de me retrouver (je l’ai même touché !) en contact avec un truc énorme mortel ! Non, pas une bouée radioactive, mais celui qu’on identifierait et nommerait 3 mois plus tard Le Corona Virus !

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A cet endroit les falaises font 50 m. Derrière se trouve la centrale nucléaire.

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Là, de l’autre côté de Veulettes, vers le sud,  les falaises font environ 70 m de haut.. Je ne sais pourquoi cette photo semble une peinture. Je n’ai pourtant pas modifié les couleurs ou le contraste, juste accentué les nuages..( qui, vu le sens du vent,  ne sont pas radioactifs..)

2 mn après.. le ciel est repassé aux gris..

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Laissons les goélands s’exciter dans la baie, quittons Veulettes et allons voir de quoi a l’air le phare de St Valery-en-Caux-sans-accent-aigu-sur-le-e (c’est bien compliqué comme nom..)

 

 

 

 

 

Mauvaise Passe, Fécamp, 22 déc.19

Alors voilà : l’entrée du port de Fécamp est, comme à St Valéry-sur-Caux et au Tréport, étroite : 70 m de large, ce qui interdit toute erreur dans l’attaque et le choix du moment de la marée. De plus une barre se forme parfois devant.. Elle est par contre idéale pour les piétons car les solides jetées en dur (pierres taillées, béton..) sont complétées par de belles estacades en bois, comme au Tréport, ce qui multiplie les points de vue, mais j’avais 3 raisons de ne pas les emprunter ce jour-là : interdiction signalée d’y aller et n’étant pas du coin j’ignorais quel était au juste le danger (marée montante ? projection de galets qui jonchaient par endroits la jetée ?), obligation de choisir un point de vue par manque de temps, pas envie de prendre le risque qu’une vague plus haute me trempe, ni moi ni mon matériel non étanche.

Des personnes, peut-être du coin, n’avaient pas mes réticenses..

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Les 2 feux ont été construits en béton et en 1952. Le feu tribord ou sud (vert) fait 10 m de haut, le bâbord ou nord (rouge), 14 m.  Avant la seconde guerre mondiale, il y avait là 2 phares ronds, bâtis en pierres taillées, plus beaux, selon moi (très proches par l’aspect des phares actuels de St Valéry-en-Caux et du Tréport) mais ils ont été détruits, comme la plupart des phares,  par l’armée allemande en août 44 juste avant l’arrivée des alliés. Les conséquences d’une guerre telle que celle-là sur les lieux a été énorme..

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Un beau phare a été à une époque semble-t-il envisagé sur la Pointe du Fagnet – le nom de la jetée au pied du Cap Fagnet –  en 1836 et aurait ressemblé, en plus étroit, à celui de Carteret, dans le Cotentin :

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Pendant ce court séjour en Normandie, j’ai été frappé par l’importance des groupes d’oiseaux qui m’ont paru beaucoup plus nombreux qu’en Bretagne (en tous cas qu’en Morbihan). On en distingue un ci-dessous.

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Ce que j’espérais commençait à se produire : le soleil passait sous les nuages et sa lumière orangée commençait à éclairer les pierres sur un fond de ciel sombre..

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Je suppose qu’on a construit ces jetées s’avançant dans la mer et formant un chenal étroit pour être sûr d’avoir toujours suffisamment de hauteur d’eau dans la passe alimentée aussi par la rivière (ou plutôt fleuve) joliment nommée la Valmont.

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La chance du débutant serait-elle assez généreuse pour offrir, dans cette atmosphère humide éclairée par des rayons puissants,  un arc-en-ciel au nord ?

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Oui !! Et, tant qu’à offrir, pas 1 mais 2 arcs-en-ciel !

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A partir de ce moment ce ne fût que pur bonheur de photographe.. qui a bien du mal à choisir parmi ces images faites en une dizaine de minutes..

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La photo est par définition incapable de restituer le bruit sourd, le grondement racleux créé par les puissantes et roulantes vagues charriant des tonnes de galets qu’elles amassent contre la jetée sud en un tas plus haut que le parapet..

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la « plage » à Fécamp, 22 déc.19

Les quelques personnes ( + de 20 « abonnés » ! ) qui jettent un œil plus ou moins régulièrement sur mon blog – et que je remercie au passage – auront peut-être compris – si elles ont vu l’article précédent sur ce phare en bord de Seine – que j’ai fait un court voyage vers le Nord ( depuis ma Bretagne !) et même passé un fleuve aux berges fort industrialisées (la Seine, l’eau était fraiche).. Je suis donc allé en Normandie (et même en Picardie !) dont j’avais oublié la beauté très contrastée (entre bocages charmants et plateaux remembrés désolés où poussent presque autant d’éoliennes que de betteraves, la Normandie et plus précisément la Haute-Seine (ex « Seine Inférieure ») puis la Somme – où je n’ai fait aucune sieste – la Haute-Normandie que j’ai trouvé fort belle, par ses maisons, ses valons, et fort humide, voire inondée, disons carrément débordante de toute l’eau qu’elle pouvait, la terre comme une éponge gorgée qui rejette sa flotte sur les routes transformées en pistes tropicales (à part la température). J’ai appris d’ailleurs après mon retour que près de 60 communes avaient des problèmes d’eau potable à cause de toute cette eau débordant chargée de terre.

Je voulais voir tous les ports importants mais le temps manquait. J’ai quand même « découvert » Fécamp, qui m’a beaucoup plu, comme le ciel (bien que je n’en ai pas vu grand chose hormis la « plage » et l’entrée du port).  Fécamp m’a paru être un lieu fort intéressant : un « vrai » port (bien que les trois mats terre-neuvas aient depuis longtemps disparu) et une vraie belle ville aux rues étroites et aux multiples beaux bâtiments. Et dans quels « décors » ces ports (St Valéry-sur-Caux, Dieppe, le Tréport..) se trouvent ! Un peu répétitifs, peut-être, mais tellement surprenants et spectaculaires pour un Breton du Morbihan ! Ces falaises blanches verticales de plusieurs dizaines de mètres de haut sur plus de 100 kms de long !

Traversant Fécamp, nous nous sommes directement rendus en bord de mer ( une habitude, quasiment un réflexe culturel). La journée se terminait. L’air était frais mais pas froid. Le vent soufflait un peu, un peu plus qu’un peu.. En cette fin de dimanche avant Noël des gens se promenaient et venaient voir la mer.. attirés comme moi par l’entrée du port et ses 2 feux, que j’avais aperçus sur quelques photos..

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Une barrière étaient fermée, indiquant que le passage, vers l’un des feux, était interdit, mais plusieurs personnes l’enjambaient ou passaient à côté pour emprunter la jetée jonchée de galets et se diriger vers le feu vert tribord, ce que je n’osai faire, connaissant mal les risques car n’étant pas du coin.

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Quelques habitués, certainement, qui doivent se retrouver là tous les jours – anciens marins ou pêcheurs peut-être – s’abritaient du vent derrière un pavillon, chacun sa place dans une hiérarchie implicite (je suis prêt à le parier), le plus massif  et imperturbable – le caïd quoi – au centre. Ils ne regardaient même pas la mer, devaient s’échanger les menus potins du port en zyeutant les passants.. dont moi, qui les ai photographiés sans qu’ils s’en aperçoivent ou en soient certains.

Ce qu’on appelle « la plage » là-bas est bien étrange pour un breton du Morbihan (et de la plupart des coins de Bretagne), pour qui une « plage » est de sable et non de galets, gris, de silex poli et innombrables. J’appris plus tard que plus haut sur la côte, à Cayeux s/Mer, on les exploit(ai)ent carrément et qu’on peut donc, probablement et contrairement à la Bretagne, en ramasser..

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Le pauvre soleil d’hiver allait bientôt disparaître derrière les falaises à l’ouest. J’aurais aimé aller sur les jetées jusqu’aux pieds des deux feux de l’entrée du port mais j’espérais – pressentais presque – qu’arpenter plutôt la « plage » de galets me permettrait peut-être, avec la chance du débutant (à Fécamp), de les voir, ces 2 feux/phares – donc de les photographier – éclairés par le puissant projecteur jaune et chaud de ce pauvre soleil d’hiver qui, ne s’étant pas beaucoup montré de tout le jour,  en avait peut-être encore quand même sous la pédale.., ce qui se produisit 4 minutes plus tard :

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l’Aiguille & la Porte d’Aval, Etretat, 2 mars 10, 16h18

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l'Aiguille 2, Etretat, 2 mars 11 (1 sur 1).jpgL’arche d’aval et la fameuse aiguille que Maurice Leblanc prétendait creuse dans son roman d’Arsène Lupin… Il aurait dit aussi, en 1909,  qu’elle mesurait 80 mètres de haut… Soit il ne l’avait pas mesurée, ce qui est probable, soit elle a beaucoup diminué, car elle doit mesurer aujourd’hui 60 mètres au maximum, ce qui est déjà pas mal !