Un orage sur Rennes, 17 avril 2020, fin de jour

Des nuages, et même des orages étaient annoncés. J’adore les orages, les tempêtes, les canicules, les grands gels, les pluies diluviennes.. tous les phénomènes météo extrêmes. Je sais, ce sont là propos de personne qui peut se mettre à l’abri, un toit, une voiture, des vêtements chauds ou imperméables.

De cet orage je n’ai pas tout photographié, loin de là. Pas capté d’éclairs spectaculaires – il y en a eu – malheureusement. Mais de beaux nuages. J’adore les nuages d’orage. Et les mots pour les nommer vont tellement bien ensemble n’est-ce pas ..

Le ciel s’est chargé peu à peu, l’air de rien, au cours de l’après-midi. Tout autour de la ville les grondements ont commencé à se faire entendre, toujours sublimes, toujours premiers comme les matins. En fin d’après-midi un nuage s’est ouvert et a lâché son seau d’eau.

orage, pluie, Rennes, 17 avril 2020, 18h

18h. L’eau tombe drue sur les toits des garages, remplit les gouttières, inonde les rues et déborde des caniveaux. La réalité habituelle n’est plus : elle est submergée ! Quel bonheur, quelle plaisir ! Néanmoins (j’adore ce mot étrange aussi. Néant moins.) pas facile de capter et donner des images de la pluie. Souvent, bien que dense, elle ne se voit pas assez à l’image. Autant elle est visible par nos yeux, autant elle se dérobe aisément à nos appareils de « prises de vues ». En vidéo le mouvement se voit mieux et son son – ? – son bruit est présent.

orage, pluie, Rennes, 17 avril 2020, 17h57

L’eau tombe sur les toits-terrasses, forme des bulles et des feux d’artifice liquides.

orage, pluie, Rennes, 17 avril 2020, 18h12

10 (12) mn plus tard, la pluie a cessé (d’être). l’orage poursuit sa route dans l’espace vers l’est. Le ciel bleu, éternel, naturel, immuable, toujours là est visible par une trouée, à l’ouest, dans les nuages de l’orage. Si on savait ! J’en ai pris conscience quand j’ai pris l’avion et que je voyais que notre pitoyable plancher des vaches était recouvert de nuages tandis que l’avion dans lequel je me trouvais errait dans un espace pur, vierge, sans élément perturbateur. Et j’étais alors fasciné,  et surpris, un peu dépité que les autres passagers ne regardent pas ce miracle. Des gens trouvent ça banal d’être à des milliers de mètres au-dessus de la terre et de pouvoir la contempler, comme s’ils étaient Icare..

orage, pluie, Rennes, 17 avril 2020, 18h16

18h26. L’orage est passé. Ses grondements, ses éclairs, toute cette eau ne nous concerne déjà plus, hélas ! le plaisir est passé. A l’ouest – d’où vient en général la pluie –  le soleil dans le ciel bleu éclaire magnifiquement la trainée de l’orage. Les toits des garages sont déjà, 20 mn après, presque secs (et « heureux » de la douche ? Les toits – a fortiori de garage – ont-ils une âme ?..)

orage après, Rennes, 17 avril 2020, 18h26

20h49. Ouf , l’orage n’a pas lancé sa foudre sur nous, l’eau n’a pas créé d’inondation, la vie suit son cours. Dîner. Après je vais jeter un œil à une fenêtre, par habitude de regarder le ciel, surtout quand il a été beau comme aujourd’hui. Je me dis que ce n’est pas possible qu’il ne reste rien de cette splendeur.. et voilà ce que je vois là-bas à l’est..

orage après, Rennes, 17 avril 2020, 20h49

(20h49:58) .. un vaisseau amiral, un grand solitaire, un égaré, un retardataire, un paumé, un marginal, une incongruité dans le firmament éclairée par le soleil couchant.. Vite sur le toit !

orage après, Rennes, 17 avril 2020, 20h50

20h50:10. Ayant vu cette splendeur, avant de monter, je jette un œil vers le nord, pour voir comment ça se présente.. Visiblement – c’est le cas de le dire – il y a des choses intéressantes aussi de ce côté-là : l’orage a laissé quelques beaux vestiges, à moins qu’une sorte d’arrière-garde revancharde ne traine en souhaitant voir le coucher du soleil.. (je n’y connais rien en nuages..)

orage après, Rennes, 17 avril 2020, 20h50-47

20h50:47. Je retourne côté jardin, parce que je n’en crois pas mes yeux (le photographe est un être fébrile. Après tout c’est fréquent en ce moment..), vérifier si la puissante splendeur aperçue tout à l’heure est toujours visible..

orage après, Rennes, 17 avril 2020, 20h51-34

21h51:34. Elle s’est fardée (et je lui ai tenu ses pinceaux..) , la splendeur, mais ce n’est pas pour me déplaire.

Vu du toit, ces 2 oreilles de Mickey prennent corps de cet oiseau disparu, le Dodo je crois, qui serait très ébouriffé. Le fantôme du Dodo en somme. J’ai vraiment des références culturelles déplorables.

orage après, Rennes, 17 avril 2020, 20h55-30

Au nord c’est fascinant aussi, car la bonne ville de Rennes est au premier plan.

orage après, Rennes, 17 avril 2020, 20h55-10

 

 

 

 

Sur le Cap Fréhel (suite), 6 févr.19

Ça y est on y est. La pluie. 2 ou 3 véhicules sur le parking plus 2 gars qui y travaillent avec des engins de terrassement. Tout est imbibé. On patauge dans les travaux commencés à l’automne dernier et visant à supprimer le parking qui amenait les véhicules jusque juste devant les phares qui seront à nouveau entourés de landes. Les phares sont bien là, dressés dans leurs pierres qui semblent indestructibles mais qui pourtant ont été détruites, par l’armée allemande à l’été 44.

 

Le vieux phare Vauban est toujours là depuis 1702. Il est aussi rond que celui d’après guerre est carré. Une quinzaine de mètres de haut. Il avait été édifié pour « prévenir des attaques des Anglais » et remplit son office jusqu’en 1845, date de construction à côté d’un nouveau phare, octogonal, qui sera donc détruit début août 44.

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Depuis notre séjour sur la Côte de granit rose je vois facilement les gueules de monstres de pierre. Ces trois là sont particulièrement antédiluviens, patibulaires et gigantesques ! Leur face au museau écrasé et leur mâchoire monstrueuse garde cet air renfrogné à être figés ainsi, à voir toujours le même paysage, supporter toutes les tempêtes de lames et sur son échine ces 2 lourdes tours construites par les humains.

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J’aurais préféré passer plus de temps sur le cap où je n’ai retrouvé aucune de mes sensations et émotions d’enfant, y faire davantage d’images, mais cette pluie et le jour qui finit ont eu raison de nous. J’en garde cependant l’impression d’un lieu puissant, rude et sans concessions, ce qui n’est pas pour me déplaire.