Pointe du Hourdel, Picardie, 24 déc. 19

Au départ le but de ce court voyage était de découvrir la Baie de Somme mais les plans ont changé en cours de route et de la Baie de Somme nous ne verrons « que » les eaux vert pâle de l’estuaire – la Pointe du Hourdel- mais ce fut une découverte sympathique et l’occasion d’apercevoir  plus d’une trentaine de phoques (presque pour la 1ère fois pour moi qui pense en avoir photographié un dans l’estuaire du Golfe du Morbihan).

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Ce phare de 18 m, achevé en 1950, est une verticalité blanche remarquable –  au simple sens qu’on la remarque – dans ce paysage plat.

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Je dois honnêtement dire que ça ne m’a fait ni chaud ni froid ( enfin plutôt chaud tiède que froid tiède quand même) d’apercevoir des phoques, bien que j’aie de cet animal une idée qu’il vit loin de France et quoique je sache qu’il vit aussi en mer d’Iroise, autour de Molène notamment. Les phoques surveillent du coin de l’oeil les gens qui les regardent puis se mettent (les phoques, pas les gens, quoique.. intérieurement.. certains.. peut-être..) à osciller pour avancer et se glisser dans l’eau.

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Nulle besoin d’avertissement pour les phoques..

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De l’autre côté du large estuaire on voit le Crotoy  et les 2 tourelles de la villa « le souvenir » construite en 1897 (aujourd’hui un hôtel)

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De l’autre côté en regardant vers le sud-ouest on voit un blockhaus gisant basculé, fiché dans la vase, propre et net, comme une étrange chose posée là sans utilité, comme tombée du ciel : une matérialité d’un passé renversé qu’avec le recul on peut qualifier de ridicule et de dérisoire. Je ne sais comment décrire en quelques mots la situation qui a conduit à ce qu’un tel objet de béton soit encore 80 ans après présent en ces lieux (et en bien d’autres).. Une majorité de gens ayant, dans des circonstances économico-politiques particulières, un puissant sentiment de frustration enivrée par un homme délirant ayant su catalyser ces sentiments ?

J’ai joué sur ces blockhaus dans mon enfance. Mes fils y ont joué, moins que moi. J’étais d’une génération où aussi la guerre était présente. On jouait à la guerre. J’ai aimé le métal brûlant du tank qui était sur la dune, entrer dedans et me prendre pour un soldat (mais je ne savais pas si c’était un soldat allemand, trop abstrait, ou un soldat français, tout autant abstrait). Je pense que ce qui me plaisait c’était juste l’objet, énorme, beaucoup mieux qu’un jouet, qu’une fausse voiture au manège, sans pensée autre que celle-là. Le lourd métal était mieux que du plastique et c’était déjà un petit exploit que d’oser monter dans cette carcasse aux arêtes potentiellement coupantes. D’où le plaisir. On jouait aux Indiens et aux vachers, pardon, aux cow-boys, parce que la société nous parlait de cela. On voyait des films à la télé qui montraient cela .. Il leur fallait bien, aux adultes,  en parler aussi, ou surfer dessus ? La violence est-elle innée en l’Homme, en l’homme ? Et chez les filles ? Ou est-elle introduite en eux par la génération de leurs parents qui a vécu cela et en a été soit victime soit actrice ? Je me demande s’il serait mieux de les détruire, de les faire exploser, comme on  nettoie un lieu d’une « fête » qui a mal tourné, ou de laisser s’accorder le temps de leur destruction naturelle par les éléments – la mer, le vent, le sable – avec celle des mémoires, de moins en moins vives, de plus en plus rares, des personnes qui ont connu, vécu cette époque. Je ne suis pas sûr mais je penche, comme cette masse de béton, pour une destruction de ces éléments. Pour stopper un cancer, ne détruit-on pas les métastases ?

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Rien de surprenant ici pour un Breton habitué à côtoyer des vestiges du  » Mur de l’Atlantique »..

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Cailloux et cætera, Cayeux s/Mer, 23 déc.19

Ambiance hivernale bord de mer venteux frisquet dans une station-balnéaire-modeste-désertée-et-fermée. Courte pause à Cayeux en commençant par Brighton. « New Brighton » ou « Brighton-les-Pins » est une zone située au nord de Cayeux s/Mer et lotie par d’entreprenants Anglais à la fin du XIXè s. Le phare qui s’y trouvait  ayant été détruit comme tant d’autres sur l’ordre de l’autre fou le 31 août 1944, un nouveau phare (dans le style du précédent pour la tour mais sans la construction à sa base qui lui faisait une silhouette à l’aspect plus solide et progressive)  y fût construit, achevé en 1951. 28 m (ou 32 selon les sources) de haut – ce qui est déjà une belle hauteur et en fait le phare le plus haut de la région – il ne fut automatisé qu’en 1999. Hitler, à qui nombre ont obéi – en plus de ses ordres délirants de meurtres massifs – nous a accessoirement (au regard de l’assassinat de millions de personnes) privé d’une partie de notre patrimoine et de plaisirs visuels architecturaux.

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L’ancien phare se trouvait tout près de la mer mais l’actuel, du fait de l’accumulation de galets et de sable, se retrouve à 400 m de celle-ci (enfin c’est ce que j’ai crû voir). Un beau sémaphore se trouvait à côté, détruit lui aussi..

Le phare et le sémaphore de Brighton, avant destruction en 1944, carte postale, 1er quart 20e siècle (coll. part.).

« Cayeux » vient de « caillou » et c’est peu de dire qu’il y en a des galets.. Au XIIè s ce fut bien sûr lapidé par des paysans que fut tué le seigneur local, qui abusait.. Sur les digues , le ramassage à la main des galets constituait à la fin du XIXe siècle l’une des rares activités « industrielles » (par la sueur et la peine , oui c’était bien industriel) du coin. Convoyés jusqu’au port de Saint-Valery-sur-Somme, ces silex arrondis bleus et blancs étaient transportés en Grande-Bretagne. Avant la Seconde Guerre mondiale, des ouvriers portaient et déplaçaient plusieurs tonnes de ballots de galets par jour.

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Il y avait des ramasseurs de cailloux à peu près partout où il y avait des cailloux (du Havre, à Dieppe..) mais Cayeux a semble-t-il une particularité : il est, dit-on, le seul gisement d’Europe de galets de mer  pour son taux de silice qui atteint 99 %. Encore aujourd’hui deux entreprises continuent à exploiter les silices de mer. L’une d’elles calcine (avec quelle énergie ?) les galets à 1 600 °C pour les réduire ensuite en poudre blanche, très résistante, utilisés dans les travaux de voirie comme dans la fabrication des pâtes abrasives.. L’autre entreprise sélectionne des galets sans défaut, de taille semblable, employés pour la décoration urbaine ou comme agents de résistance dans les broyeurs.. Les derniers ramasseurs, une dizaine parait-il, sillonnent la grève par tous les temps, sauf pendant les périodes de gel qui collent les pierres ensemble. Pensent-ils « chouette il gèle ! » ou « mince il gèle » ? Je n’en ai pas vu, pourtant il ne gelait pas. La trève des ramasseurs ? Cela me fait penser à d’autres forçats d’aujourd’hui,  pousseurs de vélos chargés de sacs de 60 kg de coques dans la Baie du Mt St Michel. Par vent de nord-ouest, la mer apporte son lot de cailloux polis – sans être payée – qu’elle peut ramener au large – la stupide – dès le lendemain, sur un coup de tempête. Sur un coup de tête en somme, l’inconséquente !

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À Cayeux la nature est plate alors les hommes y ont construits quelques verticalités, maisons, églises, phares et cet amer que j’ai pris pour un monument commémoratif de la guerre ou de « l’industrie » ( à dos d’hommes) du caillou.. Faudrait demander à Daniel Buren s’il n’a pas été influencé par cette structure pour ses colonnes au Palais Royal.. Cet amer a été construit sur l’emplacement d’un phare détruit en 44 appelé « phare sud ».

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De belles vagues et du vent ce jour-là à Cayeux, mais je ne sais pourquoi mon p’tit doigt me dit qu’il y en a souvent et depuis longtemps..ou qu’ils ont décidé de ne consacrer qu’un tout petit peu d’argent dans le budget drapeaux..

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